Des opportunités et pourtant…
L’internet, le multimédia et les technologies d’information et de communication engendrent à leur tour de nouveaux espoirs dans les milieux de l’éducation populaire. Ils représentent une possible réponse aux échecs passés (radios libres, télévision…) ; à ce qui n’a pas pu être fait avant. Pour autant, l’éducation populaire s’est-elle saisie de tous les possibles liés aux nouvelles technologies ? Quelles opportunités et nouvelles possibilités offrent les technologies d’information et de communication (TIC) à l’éducation populaire ? Quelles sont les initiatives dans ce champ ? Quel rôle pour l’éducation populaire ? Quelle spécificité ?
A LIRE CI-DESSOUS : "Réconcilier TIC et éducation populaire", entretien avec Philippe Cazeneuve en ligne : http://www.rhone-alpes.centres-soci…
"Les TIC sont à la fois un outil de développement du réseau associatif et un outil support d’animation. Ces deux objectifs distincts doivent être pilotés séparément. Toutes les structures d’éducation populaire peuvent tirer profit des TIC pour mieux travailler en réseau et faire circuler l’information auprès de plus de personnes, plus vite et à moindre coût.
Mais seules les structures engagées dans des projets d’éducation aux médias, d’information jeunesse et d’insertion professionnelle, de culture scientifique et technique… trouvent tout naturellement un intérêt à intégrer les TIC comme support d’animation avec leurs publics.
Monter un espace multimédia pour mettre des jeux vidéo en libre accès ne présente aucun intérêt pédagogique, y compris pour des enfants de familles populaires n’ayant pas d’ordinateurs à la maison.
Rappelons qu’Internet s’est développé initialement comme un réseau d’échange de savoirs entre chercheurs. On voit naître en France et dans le Monde des mouvements qui militent pour le développement d’un Internet non marchand, citoyen et coopératif.
Dans l’ensemble, les grands mouvements d’éducation populaire sont assez absents du débat qui se développe dans la société civile sur ces questions."
L’internet pourrait sembler avoir été inventé pour le travail d’éducation populaire ; tant comme support d’animation que comme moyen d’information et de communication. Pourtant, cette question reste encore rarement mise en avant dans les milieux de l’éducation populaire, à quelques mouvements près.
Ainsi, en 1999, Claude Dutheil, responsable informatique de l’Ifad, Institut Peuple et Culture constatait dans la lettre de Peuple et Culture n°21 :
A LIRE CI-DESSOUS : "Nouvelles technologies et éducation populaire, quels enjeux ?", Lettre de Peuple et Culture n°21, juillet 1999. Article de Claude Dutheil "L’éducation populaire à un problème avec Internet" http://www.peuple-et-culture.org/IM…
"L’éducation populaire a un problème avec Internet. Alors que nous pratiquons le fonctionnement en réseau comme d’autres respirent, alors que les structures de nos organisations sont tout sauf pyramidales, alors qu’Internet pourrait sembler avoir été inventé pour nous bien plus que pour les entreprises (car il n’est pas adapté à leurs systèmes de fonctionnement hiérarchisés), c’est nous qui calons."
Education populaire et TIC : quelques croisements
La question de l’éducation populaire croisée avec celle des TIC reste rarement mise en œuvre ; voici toutefois quelques évènements qui ont été consacrés à ce croisement :
- quelques publications
2483 (Centres sociaux, ATD Quart monde, Peuple et Culture, Ligue de l’enseignement, Cemea) - le colloque organisé par la Fédération des maisons des jeunes et de la culture (FFMJC) "Démocratie, lien social et création à l’ère des NTIC" en mars 2002
- quelques évènements notamment autour d’Hourtin sur le croisement médias ou société de l’information et éducation populaire (Ligue de l’enseignement)
Et plus récemment :
- le colloque "L’éducation aux images et l’éducation populaire : un enjeu social ?", Cemea, Strasbourg, février 2005
- les rencontres en Rhône-Alpes organisées par la Maison TIC en 2005 : "Accès pour tous aux TIC, entre illusion et réalité" avec un atelier "Education populaire et TIC" ,
- la journée "Education populaire et formation à distance" en mars 2006 à l’[Injep-Q2321],
- la journée Roumics "Education populaire et TIC" en juin 2006 organisée par ANIS
- les rencontres à Poitiers : "Internet, un monde à s’approprier, un outil pour s’approprier le monde… vers de nouvelles formes d’actions collectives et d’éducation populaire ?" en octobre 2007
Education populaire et TIC : quelques expériences
La ville de Strasbourg : une pionnière dans le lien éducation populaire /TIC
Il faut ici évoquer l’expérience pionnière de la ville de Strasbourg (à l’initiative de Catherine Trautmann) menée de 1995 à 2001 qui fait figure de projet pilote en la matière. Il s’agissait d’un programme entièrement axé sur l’interaction entre les TIC / et les médias et des démarches d’éducation populaire avec l’idée de "réactualiser les formes de l’éducation populaire". La municipalité de Strasbourg avait ainsi développé des "ateliers du savoir et de la création" : soient, plusieurs cybercentres, une Maison de l’Image, le CRICA (centre de ressources des initiatives culturelles et artistiques), une Université hors les murs et une télévision de proximité.
>>>Parcours médias Zoom n°5 : Strasbourg, l’éducation populaire et les TIC
Ouverte depuis mai 1999, la Maison de l’Image réunit deux partenaires, la Ville de Strasbourg et l’association Vidéo les Beaux Jours. Son projet s’inscrit dans la politique culturelle de la Ville de Strasbourg. Cette structure culturelle d’éducation à l’image est à la fois :
- un centre de ressources et de réflexion critique sur la culture de l’image
- un lieu de sensibilisation et de pratique audio-visuelle et multimédia ouverte à tous les publics
- un espace de diffusion des œuvres cinématographiques et audio-visuelles (fiction, documentaire, art vidéo)
- une salle de projection vidéo/cinéma de 44 places
- une vidéothèque de près de 2000 films à consulter sur place
- un Espace Culture Multimédia un lieu de réalisation équipé de matériel vidéo numérique ouvert aux porteurs de projet
- des ateliers d’initiation et de formation aux techniques et aux langages de l’image (vidéo, cinéma, 3D, web).
Concernant les mouvements d’éducation populaire
Les Centres sociaux ont développé des espaces publics numériques et la question des logiciels libres, Peuple et culture a développé une réflexion sur les TIC, La Ligue de l’enseignement a développé une réflexion sur la société de l’information, Les Foyers ruraux ont développé un projet d’université permanente rurale en ligne des échanges et des savoirs (Auprès), ATD Quart Monde qui a depuis longtemps développé des projets utilisant des ordinateurs, des réseaux, s’est investi dans le SMSI (Sommet mondial pour la société de l’information) et développe des projets autour de l’Internet (Internet de rue), les Cemea développent une réflexion sur le multimédia dans une optique multi-écrans et des cédéroms et dévédéroms pour l’éducation aux médias, et s’intéressent aux logiciels libres, Vecam développe une réflexion sur la réappropriation citoyenne des enjeux de la société de l’information.
Les Cemea : multimédia, éducation aux médias, écrans, jeunes
Un mouvement très actif dans l’éducation aux médias
Les Cemea (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active), mouvement d’éducation nouvelle et association d’éducation populaire, sont très actifs sur la question des médias et des écrans, principalement autour de l’axe enfants/jeunes. En 1990, les Cemea avec les Francas ont créé l’association En Jeu Télé (Enfants Jeunes et Télévisions). Actuellement, un site internet est entièrement consacré à cet axe : le site "Enfants Ecrans Jeunes et Medias" http://www.cemea.asso.fr/multimedia…. Les Cemea font partie du collectif interassociatif "Enfance et médias" : le CIEM créé en 2001 à l’initiative de l’UNAF et de la Ligue de l’enseignement (collectif regroupant 25 associations). Les Cemea participent également au Prix médias jeunesse.
Enfin, concernant le multimédia, les Cemea développent des outils pédagogiques pour l’éducation aux médias et éditent des publications sur ce thème. En 2003, les Cemea en partenariat avec l’INA (Institut national de l’audiovisuel) et le Clémi (Centre de liaison de l’enseignement et des moyens d’information) ont crée un dévédérom : "Apprendre la télé : le JT" destiné à accompagner le travail des enseignants, éducateurs, animateurs ou formateurs dans le cadre de l’éducation aux médias, à la citoyenneté ou d’une formation à la maîtrise des langages. Ce dévédérom décortique les formes et contenus des journaux télévisés à l’aide d’une médiathèque et de parcours pédagogiques. Les Cemea avaient auparavant développé notamment le cédérom Cinéstudio sur le cinéma et le dispositif Ecrans mômes. Ecrans mômes est un dispositif d’animation éducative construit avec des parcours de différentes situations sur différents écrans : écran de télé consommateurs, écran de caméra orienté de type je fabrique moi-même mes images, écran cinéma, écran d’ordinateurs…
Particularité des Cemea sur l’éducation aux médias
A LIRE CI-DESSOUS : Intervention de Christian Gautellier, Cemea - Colloque "L’éducation aux images et l’éducation populaire : un enjeu social ? Strasbourg, le 3 février 2005
"Une particularité de nos travaux est de poser la question de l’éducation à l’image, aux médias, sur l’ensemble des types d’écran, l’ordinateur à travers l’utilisation de cédérom, l’usage autour d’Internet, l’écran des consoles de jeux vidéo, l’écran de télévision, et aussi l’écran aujourd’hui du téléphone portable, voire même de l’ancrer, d’où le terme média, y compris aux pages des livres, des magazines, des journaux…de resituer toutes ces pratiques de lecture et d’écriture. Un des parti-pris de nos méthodes, de notre approche d’éducation nouvelle, cela va être de mettre les enfants en situation de lecture critique et de producteur, de créateur de contenus à travers des démarches d’expression."
Enfin, les Cemea Pays de la Loire ont adopté une politique volontariste concernant les logiciels libres et font remonter cette question au niveau national ; avec l’idée que la question des logiciels libres est une question politique.
Ressources CEMEA
Site des Cemea : http://www.cemea.asso.fr
Site "Enfants Ecrans Jeunes et Medias : http://www.cemea.asso.fr/multimedia…
Site (mémoire) ZAPP / En Jeu télé : http://www.cemea.asso.fr/zapp/index.htm
Dévédérom "Apprendre la télé : le JT" : http://www.cemea.asso.fr/spip.php?a…
Dispositif "Ecrans mômes" : http://www.cemea.asso.fr/pdf/ecrans…
>>>Parcours médias Document n°1 : Les Jeunes et les médias : position des Cemea
ATD Quart Monde : informatique, Internet et société de l’information

Le mouvement ATD Quart Monde ne fait pas partie de l’histoire institutionnelle de l’éducation populaire, mais ses actions sont proches des idéaux d’émancipation et de démocratisation de cette notion. ATD Quart Monde se caractérise surtout par la volonté de ne pas faire pour, mais de faire avec. Certains de ses militants voient là une divergence avec les acteurs de l’éducation populaire, tout en demeurant sensibles à la notion d’éducation populaire.
Le mouvement ATD Quart Monde a développé dès les années 80, sur le modèle des bibliothèques de rue, des ateliers informatiques de rue. Depuis, l’association a conçu des sites web, un cdrom réalisé avec des enfants ("L’enfant sans nom") et s’est investi dès le départ dans les négociations au Sommet mondial pour la société de l’information (SMSI) en prônant "une société de la connaissance pour tous" (en 2003).
Les revues du mouvement ont consacré plusieurs numéros aux réseaux d’information et de communication : "Passeport pour l’informatique" dès 1986, "Des @utoroutes pour tous" en 1997 et "Internet au service de qui ?" en 2003
Plus récemment, ATD a lancé le projet "Internet de rue" qui vise à "recréer du lien social à partir des TIC, en allant au-devant des familles les plus pauvres ".
A LIRE CI-DESSOUS : Extraits de l’interview de Jean-Pierre Pinet (ATD Quart Monde)
"Dans notre action "Internet de rue", ce que nous nous cherchons à faire c’est d’ouvrir d’abord le dialogue avec les gens que nous rencontrons. Nous avons cette attitude qui est un peu du "personnalisme". C’est-à-dire partir de la personne en tant que telle, dans son environnement pour bâtir une action. Nous n’avons pas au départ de projet prédéfini, si ce n’est de comprendre et tenter de répondre aux demandes des personnes."
Quel est le but du projet Internet de rue ?
"Le but affiché, c’est de vouloir recréer du lien social. C’est-à-dire que nous rencontrons des personnes, des familles avec cet outil, comme auparavant nous le faisions avec des livres ou des tableaux d’arts, ce n’est pas en soi pour permettre un usage de l’outil mais pour qu’à partir de là ces personnes puissent rebondir. L’idée c’est d’aller au-delà de l’outil et de permettre aux personnes elles-mêmes de recréer le lien avec d’autres ou avec des administrations, avec des espaces publics numériques. Ce qui est vraiment important c’est de comprendre en quoi cet outil permet de lutter contre les exclusions. C’est vrai que l’ordinateur en lui-même ne va rien changer. La machine ne change rien mais ce qu’elle permet peut changer quelque chose."
Ces particularités ressortent également dans vos actions avec les technologies d’information et de communication ?
"Oui, on retrouve un peu ces caractéristiques-là dans l’action que nous menons au niveau des NTIC, nous essayons d’agir avec les personnes pour les aider dans l’action qu’elles-mêmes mènent pour se libérer : nos discussions, c’est de savoir avec les gens ce qu’il veulent devenir, comment ils peuvent s’en sortir et quel chemin prendre. Nous n’arrivons pas avec un projet tout fait mais nous essayons de répondre à leurs attentes."
"Sur un plan plus général, le mûrissement du mouvement ATD est influencé par les NTIC ; c’est-à-dire que depuis plusieurs années l’accent est mis sur des liens de coresponsabilité, sur un travail en réseau de façon interne mais aussi avec d’autres partenaires. (…) Nous avons commencé à nous intéresser à l’informatique dans les 80. C’était les tout débuts de l’informatique, il fallait moderniser le mouvement et faire en sorte que les personnes que nous rencontrons puissent maîtriser ce nouvel outil. De là, différentes actions se sont développées, avec les enfants, avec des adultes, dan différents pays et quartiers, mais aussi pour notre fonctionnement propre."
"Un autre aspect dans lequel nous avons investi, c’est le sommet mondial sur la société de l’information . Nous avons voulu participer à cette concertation internationale pour y rappeler l’existence des plus pauvres et leur volonté de participer."
Ressources ATD Quart Monde
Site d’ATD Quart Monde : http://www.atd-quartmonde.org
Site du projet Internet de rue : http://reso.blogs.com/crealiens
Interview de Jean-Pierre Pinet
Les Centres sociaux : espaces publics numériques et logiciels libres
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF) a consacré plusieurs numéros de sa revue "Ouvertures" à l’internet et au multimédia : depuis les années 90 : "L’insertion et les TIC" en 1993, "Voyage sur internet " en 1998, et "Usages sociaux du multimédia" en 2003.
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de Paris, avec le développement de nombreux espaces publics numériques, est investie depuis quelques années dans l’informatique pour tous. Par ailleurs, le coordinateur espaces publics numériques de cette fédération cherche à faire partager en interne les problématiques liées aux logiciels libres et au travail en réseau avec l’idée sous-jacente d’une intelligence collective.
Le centre social de Belleville à Paris ouvert en 1997 a été le précurseur sur ces questions. Dominique Dardel, responsable de l’espace public numérique (EPN) du centre social BelleVille anime de nombreuses actions de sensibilisation à l’usage participatif des nouvelles technologies. Les TIC y sont utilisées de manière transversale à l’ensemble des activités.
Ressources CENTRES SOCIAUX

Site de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France : http://www.centres-sociaux.asso.fr/
Site des Espaces publics numériques des centres sociaux de Paris : http://epn.centres-sociaux-paris.org/
Autres acteurs associatifs
APTE

APTE, association créée en 1986 basée à Poitiers, se revendique comme "mouvement d’éducation populaire aux médias". APTE s’intéresse aux médias du quotidien (télévision, radio, internet) et s’adresse à tous les publics et travaille dans tous les champs, dont l’éducation populaire. Il s’agit de la seule organisation nationale d’éducation aux médias travaillant avec l’école, les parents, le domaine de l’insertion et le domaine socioculturel.
Activités d’APTE :
- conception de dispositifs pédagogiques ("Watching the media", "Fais voir"…)
- conseil et accompagnement (lutte contre l’illettrisme, parents, centres sociaux, espace culture multimédia…)
- formation (dans le cadre du DIF)
- conférences et ateliers
- médiation artistique et culturelle
Ressources APTE
Site de l’association APTE : http://www.apte.asso.fr
Medias cité
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L’association Médias-cité a été créée en 1998 et vise à développer les usages multimédias pour tous.
"Objectif : l’accès pour tous aux usages multimédias, donc à une démarche active vis-à-vis de la société de l’information. Méthode : lever les freins pour rendre possible les projets multimédias à vocation culturelle, éducative, artistique et d’éducation populaire. Forme : mutualisations des ressources, mise en réseaux, partages de savoir-faire, actions transversales, actions collectives et d’utilité sociale"
Ressources Médias cité
Charte de Médias cité : http://www.medias-cite.org/article….
Site de Médias cité : http://www.medias-cite.org
VECAM

L’association Vecam, née en réaction au G7 sur la société de l’information en 1995, développe des réflexions originales allant dans le sens d’une réappropriation citoyenne des enjeux liés à la société de l’information.
Vecam souhaite "mobiliser les technologies de l’information et de la communication au service de la transformation des sociétés" . Vecam a soutenu le développement des Webtrotteurs des quartiers et développé le projet I-Jumelages.
Ressources Vecam
Site de Vecam : http://www.vecam.org
Site du projet I-Jumelages : http://www.vecam.org/i-j
Site des Webtrotteurs des quartiers : http://www.webtrotteurs-quartiers.org/
Agenda



