Lydie Machal-Marchetto est consultante et formatrice. Son savoir-faire en ingénierie de formation et conseil auprès d’entreprises, administrations et instituts de formation, s’appuie sur une expérience de plus de 15 ans. Elle intervient au CNAM de Paris à l’institut International de Management (IIM) et à l’INJEP dans le Cycle Conseil et développement en politiques de jeunesse.
INJEP : Avez-vous déjà appris quelque chose à distance ?
Lydie Machal-Marchetto : Je n’ai jamais suivi de cours à distance. J’ai recherché de l’information sur internet, je me suis renseignée sur les formations à distance proposées par le CNAM mais je n’ai pas persévéré. Je pense que le face à face reste encore fondamental dans nos processus d’apprentissage. Il y a la dimension affective de la relation entre l’apprenant et le formateur qui joue un rôle essentiel dans la motivation et l’effort à fournir pour apprendre. L’outil internet peut certainement faciliter l’apprentissage, mais cela suppose des connaissances de base. J’associe l’apprentissage à distance à l’achat d’un livre que l’on se procure après avoir découvert quelque chose ou pour initier sa connaissance sur quelque chose. C’est le premier niveau d’approche à distance. Mais avec Internet, on peut de plus poser des questions et obtenir des réponses. C’est le second niveau. J’établis une distinction entre informer et instruire. Informer signifie que la personne connaît déjà des choses et souhaite développer ses connaissances. Instruire signifie que la personne est vierge en la matière ou presque. L’objectif est qu’elle se transforme au contact de la matière. Un risque avec Internet lorsque l’on reçoit de l’information est que l’on se trouve souvent dans une situation où l’on est informé sans avoir été instruit auparavant. Instruire c’est donner du sens à l’information, c’est permettre de la contextualiser, c’est favoriser l’intégration. J’imagine d’ailleurs que dans cette hypothèse d’approfondissement des connaissances, il peut y avoir interactivité.
INJEP : En votre qualité de formatrice, pensez-vous qu’il soit possible de mettre en ligne des contenus de formation ?
L.M. : Avant toute chose, je m’interroge sur les objectifs à atteindre. Si l’on s’adresse à des personnes qui ne peuvent se déplacer en présentiel, je dis oui. Mais l’apprentissage supposant l’interactivité, il est indispensable que le formateur puisse s’assurer de quelle manière les stagiaires s’approprient les contenus. Sinon, il ne fait plus de la pédagogie, il n’y a plus observation de l’apprenant pour suivre son évolution.
INJEP : On peut donc penser que la mise en ligne de contenus et la formation en présentiel sont des modalités complémentaires ?
L.M. : Actuellement je prolonge une formation que j’assure au CNAM en présentiel par des exercices que j’adresse par courriel aux stagiaires. Le problème c’est la disponibilité. Les stagiaires prennent contact avec moi à tout moment et je ne suis pas assez disponible. C’est une préoccupation centrale pour un formateur. Il doit, en effet, permettre au stagiaire de construire son savoir, en évitant une posture de surplomb. Le formateur est une enzyme. Son rôle est de favoriser la réaction entre « deux produits » : le stagiaire et la matière. Il catalyse des savoirs potentiels. S’effectue alors une transformation grâce à l’influence du formateur, tout de suite ou plus tard. D’où la faible pertinence des évaluations classiques en fin de session.
INJEP : D’un point de vue économique, cela pose-t-il certains problèmes pour un formateur ayant une activité libérale, de mettre des contenus de formation en ligne ?
L.M. : Mettre en ligne des contenus suppose encore plus de travail qu’en présentiel, ce qui représente un coût de réalisation et par conséquent devrait impliquer une rémunération. Dans une profession libérale, le temps passé doit être rémunéré. C’est très différent du support de cours qui accompagne le discours du formateur mais ne se substitue pas au face à face. Mes supports de cours « présentiels » sont une synthèse des points clés à retenir et/ou un rappel de mes apports en salle. Ils sont uniquement informatifs.
INJEP : Ne peut-on imaginer que ce temps passé soit facturé au commanditaire ?
L.M. : Á l’instar du livre, la rémunération devrait varier avec le nombre de lecteurs, de manière proportionnelle, mais ce n’est pas le cas, elle est forfaitaire. Par analogie avec le livre, chaque consultation devrait générer un paiement. C’est la même difficulté dans mon activité de conseil. Je pense à une expérience où j’ai assuré une mission de conseil. Le dossier que j’ai rédigé à l’issu de ce chantier était un véritable outil de travail à posteriori pour le client. Il n’a pas été rémunéré en tant que tel. Par ailleurs, il a été exploité ultérieurement par plusieurs structures analogues suite à la diffusion de nombreuses copies. Alors, oui ! Que le commanditaire considère et rémunère le temps passé à la conception de supports en ligne et à la relation à distance avec les stagiaires, cela doit commencer par là.
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