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Les enjeux des politiques territoriales de jeunesse

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Les politiques de jeunesse traversent l’ensemble des actions publiques menées par les collectivités. En être conscient c’est s’assurer de la nécessité et de la pertinence d’une politique de jeunesse ambitieuse. Enjeux.

Réduire la fracture démocratique, donner plus de cohérence à l’action publique, mieux éduquer, stimuler les secteurs associatif et de l’animation, développer la participation et l’action culturelle, mener une politique de prévention efficace… Les enjeux des politiques de jeunesse au sein des collectivités territoriales sont si nombreux qu’on se demande quel service n’est pas traversé par cette question centrale. « Les questions de jeunesse ne se limitent pas seulement aux loisirs et à l’animation. En matière d’aménagement du territoire, d’équipement, de transport, l’approche « jeunesse » se justifie aussi, explique Maxime Paul, adjoint à la Jeunesse de la ville de Brest. Certains élus ne le comprennent pas encore. Pourtant c’est une évidence de dire que les jeunes sont les premiers concernés par les transports urbains, par exemple, en tant qu’écoliers, étudiants et futurs actifs. » La sociologue Joëlle Bordet, citée dans le mensuel « Maires de France » ne dit pas autre chose en expliquant que les problèmes de violence urbaine touchent particulièrement les villes moyennes parce que « de nombreux jeunes de ces villes [qui] vivent un sentiment d’exclusion de la scène publique, n’ont pas accès à l’offre urbaine, ni à la mobilité ».

QUESTION DE COHÉRENCE

Pour Muriel Parcelier, anciennement chargée de la Jeunesse, de l’Intégration, de la Santé et de la Vie associative à la mairie de Bordeaux, la mise en place d’une politique spécifique en direction des jeunes, relève d’abord du souci de cohérence et du bon sens. « Sur les questions relatives à la santé, à la culture, à la participation… les collectivités sont légitimes. C’est encore plus vrai avec les renforcement des compétences liées aux lois de décentralisation. Dès lors, il est indispensable aux politiques et aux techniciens de se doter d’une vision globale sans quoi chaque service va travailler de son côté de façon incohérente. Dans ce but, nous avons cherché à flécher les parcours des jeunes, de la petite enfance jusqu’à l’entrée dans la vie active, en passant par l’école et l’université, en essayant d’intégrer toutes les composantes, tous les écueils de ce parcours complexe qui va de la petite enfance à l’âge adulte. C’est ensuite seulement que nous avons pensé aux leviers pour faire intervenir nos services dans des domaines aussi vastes que le soutien scolaire, la participation des jeunes, la lutte contre l’exclusion, la prévention des toxicomanies… », expose-t-elle.

RENOUER LES LIENS ENTRE JEUNES ET POLITIQUES

Autre enjeu de taille : l’enjeu démocratique. Selon Patrice Vergriete, adjoint à la Jeunesse de la ville de Dunkerque, « la rupture entre les jeunes et les institutions démocratiques n’est pas une menace, mais une réalité ». Il jure ne voir ces derniers « ni dans les formations politiques, ni au conseil municipal, ni dans les instances de représentation locales comme les conseils communaux ou les ateliers de vie de quartiers. Concrètement, dans une ville comme la mienne, près d’un tiers de la population n’a pas accès aux décisions publiques ». Patrice Vergriete constate également que les 16/18 ans « ne possèdent aucune clé du jeu institutionnel et démocratique ». L’élu juge qu’une grande partie de son travail « consiste à les aider à exprimer une demande, à structurer collectivement leurs propositions, à comprendre le poids du nombre et la notion de rapport de force institutionnel ».

TOUT PASSE PAR LA PARTICIPATION

Parce qu’elle permet de mieux mesurer les effets de son engagement, la démocratie locale constitue un formidable outil d’apprentissage du « vivre-ensemble » pour des jeunes avant tout dominés par la défiance vis-à-vis du politique. Encore faut-il réunir les conditions pour que les échanges avec les élus ne soient pas biaisés par l’émergence d’une petite nomenklatura peu représentative. « Il ne faut pas hésiter à faire le tour des centres d’apprentissage et des PAIO afin d’impliquer des jeunes, peut-être moins armés pour exprimer une volonté collective que ceux qui sont passés par l’enseignement supérieur, mais tout aussi légitimes. Quitte à pousser parfois à un certain ‘‘turn-over’’, et à risquer de gripper des actions à long terme », reconnaît Muriel Parcelier.

"Les 16-18 ans ne possèdent aucune clé du jeu institutionnel et démocratique"

Cette démarche de reconnaissance et de dialogue avec la jeunesse n’a pas seulement une vocation éducative. Elle permet de mesurer les tensions dans les quartiers et de désamorcer les crises. À Dunkerque, la mairie s’est dotée de forums-jeunes, structures informelles permettant un dialogue direct entre les jeunes des quartiers et les élus. « Dans un quartier de ma ville, se souvient Patrice Vergriete, de nombreux jeunes ont exprimé une exaspération devant la recrudescence vraie ou supposée des contrôles de police. Nous avons organisé une rencontre avec le commissaire pour que les positions de toutes les parties soient exposées et débattues ». Hasard ou coïncidence ? Les quartiers de Dunkerque sont restés à l’écart des émeutes urbaines qui ont secoué les villes françaises en novembre 2005. De plus en plus conscients de l’importance de leurs missions, nombre d’élus et de techniciens territoriaux, à l’instar de Patrice Vergriete et de son adjoint Patrick Colmann, jurent que « la participation constitue la pierre angulaire de toute bonne politique de jeunesse ». L’idée semble faire son chemin ailleurs puisque selon les estimations de l’association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej) 1 600 conseils d’enfants et de jeunes seraient actifs en France. La même source indique que quelque 30 conseils généraux et 10 conseils régionaux des jeunes seraient également opérationnels. Maxime Paul souscrit à cette analyse. En revanche, il « conseille aux élus qui partent de rien » de poser d’abord les fondements de leur politique, « en se laissant la possibilité de corriger le tir ensuite. Le risque est évidemment de générer des désillusions fortes chez les jeunes si la collectivité n’est pas en capacité de répondre aux attentes ».

ENJEUX SOCIAUX

Si de nombreuses voix s’élèvent pour mettre en garde contre une vision d’une jeunesse envisagée seulement comme problème, et non comme ressource pour elle-même et toute la société, reste que la demande sociale des jeunes n’a pas baissé. C’est même cette demande qui est à l’origine de la plupart des politiques de jeunesse que l’on voit se développer aujourd’hui. « Ne nous cachons pas derrière le petit doigt, le sort des jeunes n’est guère plus enviable que celui des retraités dans les années 70. Un sur cinq est touché par la pauvreté, avec, pour conséquences, la perte d’autonomie et la rupture du pacte intergénérationnel… », rappelle Patrice Vergriete. Même son de cloche à Brest où l’on fait valoir que les réflexions sur le traitement du chômage massif des jeunes, leur accueil et leur orientation, ont eu au moins l’effet positif de convaincre progressivement de l’intérêt d’une politique de jeunesse élargie à l’ensemble des moins de 30 ans, quels que soient leur niveau d’étude ou leur place sur l’échiquier social.

LOGEMENT ET DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Outre les actions menées par l’intermédiaire des leviers « classiques » de l’action municipale en la matière (centres sociaux, réseaux d’information jeunesse, missions locales, associations d’insertion), Brest a fait le pari de porter le feu à l’échelle de son agglomération. Objectif : mener une politique sociale cohérente pour les jeunes, « là où ils vivent », sur l’ensemble du pays de Brest. Comment ? En permettant d’abord aux communes intégrées dans le contrat de ville de l’agglomération de dégager un certain nombre de préoccupations communes sur des thèmes tels que l’alcoolisme, les transports, le logement, le développement territorial. Vient ensuite le temps de la traduction de ces volontés en objectifs et en moyens. « Façon de tester la réelle volonté politique des communes partenaires et de pointer les contradictions », s’amuse Maxime Paul. Il se souvient de municipalités rurales qui refusaient les contraintes de la loi Gayssot (elle prévoit que 20 % du parc immobilier des communes soit constitué en logements sociaux. NDLR.) et montraient du doigt Brest et son attractivité pour expliquer les entraves à leur développement territorial. « Pour que les jeunes restent chez eux, il aurait fallu que Brest cesse de construire des logements modestes, plaisante Maxime Paul. Nous avons dû rappeler fermement nos positions, dire : « Non, avec l’emploi le logement est le principal pilier de l’autonomie des jeunes. Qui dit développement territorial, dit logement à prix modérés ».

ET LA CULTURE ?

Une intervention publique dynamique en matière de jeunesse, c’est aussi un moyen de donner vie à une volonté politique sur des questions telles que l’Europe ou la culture. « Beaucoup de services jeunesse restent prisonniers des logiques de prévention. En étant acteurs de projets à dimension culturelle ils apportent un nouveau souffle à leurs actions », note Vincent Lalanne, vice-président de l’association nationale Culture et Départements regroupant des responsables culturels départementaux. « Quoi de mieux, par exemple, qu’un projet autour de la danse associant filles et garçons pour traiter des questions de mixité ? », interroge-t-il. Par ailleurs, la culture permet de répondre en partie à l’une des problématiques clés qui agitent les services Jeunesse, à savoir, la question de la reconnaissance du savoir-faire des jeunes et de leurs compétences. « Une compagnie de Hip-Hop participant au festival de danse de Lyon à côté des esthètes de la danse contemporaine, c’est certes un travail effectué autour des cultures émergentes qui contribue à révéler des talents, mais c’est d’abord une pratique de valorisation des jeunes », avance-t-il. Enfin, les pratiques culturelles, par nature, se situent en dehors des enjeux ‘‘politiciens’’ qui provoquent la méfiance, voire, la suspicion des jeunes. « Un artiste qui conduit un projet d’animation autour de l’art contemportain ou des métiers d’ingénieur du son dans un quartier ne s’intéresse à rien d’autre qu’à son domaine d’intervention. Ses exigences cantonnées aux terrains esthétique et technique apportent naturellement une clarification des rôles et des objectifs de toutes les personnes engagées dans le projet, des jeunes à l’élu en passant par les techniciens et les animateurs. Cela est sain et bien compris par les jeunes », explique Vincent Lalanne.

EUROPE

Avec le soutien de Bruxelles, les collectivités disposent également d’un instrument de taille pour mener leurs politiques territoriales en direction des jeunes. Implantée à l’Injep, l’agence française du Programme européen Jeunesse (Afpej) qui gère en France, le volet « jeunesse » de la Commission européenne, anime de nombreux partenariats avec les collectivités, en lien avec les 26 correspondants « Europe » en poste dans chaque direction régionale et départementale de la Jeunesse et des Sports. C’est ainsi que la ville de Grenoble a pu stimuler « GUIDeurope », un guichet départemental d’information sur l’Europe, créé à l’initiative de la Commission européenne et du ministère français délégué aux Affaires européennes, en accueillant une jeune volontaire bulgare, dans le cadre du service volontaire européen (SVE), l’un des volets du programme piloté par l’Afpej. « Nombre de municipalités ignorent qu’elles peuvent être structures d’accueil au même titre que les associations. C’est dommage, car, en ce qui nous concerne, les résultats de cette initiative ont dépassé nos attentes, explique Annick Sibelle, responsable des relations internationales à la ville de Grenoble. Nous avons eu ainsi l’occasion de concrétiser à l’échelon local notre volonté de participer à l’avancement de la construction européenne en stimulant l’information sur l’Europe, les liens avec les associations locales à vocation européenne et en dynamisant nos relations avec les villes jumelles ». Des avancées qui ne sont pas imputables au seul travail de cette jeune volontaire, sa venue à Grenoble ayant également permis de synthétiser les volontés, d’ouvrir des perspectives, d’enclencher des dynamiques, dont la plus notable est la création de la Maison de l’International. L’animation de celle-ci serait confiée, entre autre, à des volontaires du SVE. Des opportunités qui autorisent d’envisager sereinement des projets ambitieux comme l’organisation de la Journée de l’Europe et une rencontre internationale des villes jumelées au chef lieu de l’Isère. Autre conséquence : une « synergie avec le service jeunesse autour de l’Europe et de la mobilité des jeunes ».

POLITIQUES ET TECHNICIENS AU DIAPASON

Autre synergie impérative : celle qui doit s’opérer entre le service jeunesse et l’élu en charge de ces questions. À la fois choix politique et outil de rationalisation des politiques territoriales, les politiques de jeunesse restent en effet hautement tributaires de la volonté de la majorité aux commandes. « Faire avec et pour les jeunes d’un territoire, prend souvent les allures d’un pari risqué, reconnaît Patrick Colmann. On entre dans un domaine d’action qui n’est pas toujours maîtrisable et dont les retombées positives ne se mesurent pas forcément à l’aune des échéances électorales ». En clair : une politique de jeunesse, c’est ingrat, risqué politiquement et, surtout, cela exige une implication totale des élus. « Un service de jeunesse, ce n’est pas la voierie. Pour que ça marche, il faut de la volonté et du courage politique derrière ». Paroles de technicien. « Oui mais les enjeux sont trop importants pour qu’on les néglige. C’est juste indispensable », soutient Patrice Vergriete. Paroles de politique.

Mise en ligne le mardi 14 novembre 2006
Modifiée le jeudi 4 janvier 2007

Mot(s) clé(s): Collectivité territoriale
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