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Pas-de-Calais

Les enjeux d’une démarche d’évaluation partagée

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Pas facile d’évaluer une politique éducative territoriale. L’exercice s’annonce encore plus compliqué si l’on y associe l’ensemble des acteurs d’un paysage éducatif en pleine recomposition. Compliqué, mais pas insurmontable, fait-on savoir à la direction départementale du Pas-de-Calais. Surtout si l’enjeu est plus démocratique que technique.

Mathieu Dujardin est conseiller d’éducation populaire et de jeunesse (CEPJ) à la direction départementale de la jeunesse et des sports du Pas-de-Calais. Il travaille particulièrement sur les questions d’évaluation , de développement local et de qualification des pratiques dans le domaine des politiques éducatives et de jeunesse. D’octobre 2004 à juillet 2007, il a été au cœur d’une évaluation expérimentale des projets éducatifs locaux ou territoriaux (PEL, PET), mobilisant les collectivités locales et les fédérations d’éducation populaire. Mathieu Dujardin a également coordonné le numéro 23 des cahiers de l’Action, pour permettre aux lecteurs de cette collection éditée par l’Injep de bénéficier d’un retour d’expériences et d’enrichir leurs pratiques.

Injep : En déployant tant d’énergie à travailler à l’élaboration collective d’un outil d’évaluation, ne risque-t-on pas d’oublier l’objet de l’évaluation : les politiques elles-mêmes et leurs bénéficiaires ?

Mathieu Dujardin : Le risque d’une dérive technocratique, contre productive est inhérent à toute tentative d’appropriation de l’évaluation. Néanmoins, c’est parce que nous avons décidé de « penser » collectivement l’évaluation que la question centrale des valeurs et des bénéficiaires s’est retrouvée au cœur de nos préoccupations. Associer les citoyens à l’élaboration et à l’évaluation des politiques publiques n’est pas une tendance lourde chez les décideurs. Et pourtant, il s’agit d’abord d’une question démocratique, d’un enjeu de société. Effectivement, réunir « tout le monde » sur un même plan et construire démocratiquement un objet commun révèle une réalité vieille comme le monde : à court terme, toute démarche autoritaire est plus efficace que la démocratie. Sur le long terme, c’est évidemment faux !

Injep : Qu’entendez-vous par « tout le monde » ?

Mathieu Dujardin : J’entends l’ensemble des acteurs qui interviennent, participent, ou devraient intervenir et participer d’une manière ou d’une autre aux politiques éducatives dans un territoire. Bien sûr, il y a les agents de l’État et des collectivités territoriales, les acteurs associatifs, les élus, les caisses d’allocations familiales, mais aussi les usagers, c’est-à-dire, les jeunes et leurs familles. Chacun d’entre eux est porteur d’une capacité d’expertise, que ce soit à travers l’habitus ou les pratiques professionnelles et sociales, qu’il nous faut faire émerger, prendre en compte, mobiliser

Injep : La qualification des usagers vous semble-t-elle, à cet égard, essentielle ?

Mathieu Dujardin : L’expertise citoyenne passe-t-elle par la qualification des citoyens, au risque d’en faire des experts comme les autres ? Vaste débat ! Je n’ai pas d’avis tranché sur cette question. Nous avons réussi à réunir près de 80 acteurs différents. Nous avons organisé pas moins de 20 séminaires de régulation, développé un outil informatique dédié, conçu des guides méthodologiques, construit et déconstruit des référentiels car nous pensons que la diversité des regards et le croisement des pratiques est à même de refléter les réalités. Or, pour ce faire, il importe de faire travailler les gens ensemble en les traitant sur un pied d’égalité et en retenant quelques principes : se faire confiance, ne pas avoir peur de se tromper, l’idée que chacun doit apprendre de l’autre, enfin, le fait que les acteurs publics essaient de se dégager de leur posture de représentant de l’institution qui les emploie.

Injep : Vous avez nommé la démarche d’évaluation DEMEVA. Pourquoi cet acronyme ?

Mathieu Dujardin : DEMEVA, signifie tout simplement « démarche d’évaluation ». À la fois démarche d’évaluation et processus de construction de ladite démarche, ce sigle renvoie à une méthodologie rigoureuse, mais aussi à une volonté de modéliser, de transférer l’objet à d’autres territoires. Ce double processus consiste à intégrer dans un projet éducatif local une « compétence d’évaluation », et, dans le même temps, à insérer ce projet éducatif local au sein d’un réseau de territoires coopérants par l’intermédiaire d’outils, d’objectifs, de méthodologie communs.

Injep : Pourquoi avoir souhaité retracer cette démarche d’évaluation dans un ouvrage édité par l’Injep ?
Mathieu Dujardin : La rédaction de ce livre a permis de nous décentrer, de réinterroger le parcours. Une prise de distance qui autorise de pointer les difficultés, les freins, mais aussi les succès et d’ouvrir des perspectives. Je puis affirmer, par exemple, que la question même de l’évaluation est trop souvent abordée à travers une grille de lecture qui déforme la démarche elle-même. Trop d’acteurs y voient une mécanique de contrôle, descendante, extérieure au territoire, l’épée de Damoclès d’une sanction financière, alors que la dimension pédagogique et la valorisation de l’erreur devraient être au centre des enjeux. C’est pourquoi la relation de confiance entre les pouvoirs publics et les professionnels de jeunesse, notamment, ceux qui oeuvrent au sein d’une structure associative, est une condition quasi indispensable si l’on souhaite associer l’ensemble des acteurs à une initiative destinée, ne l’oublions pas, à servir l’intérêt général.

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Sur l’ouvrage


L’évaluation est aujourd’hui une dimension incontournable de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques publiques. Mais de quelle évaluation parle-t-on ? Comment faire pour que les acteurs d’un territoire s’en approprient le sens et la démarche ? Et qu’elle soit au service du projet ou de la politique ? La direction départementale de la Jeunesse et des Sports (DDJS) du Pas-de-Calais, avec ses partenaires associatifs et des collectivités, a mis en place à partir de 2004 un processus original de construction coopérative d’une démarche d’évaluation DEMEVA. Cet ouvrage retrace cette expérimentation, son cheminement, ses errements et en tire des enseignements théoriques et opérationnels. Et il ouvre une réflexion autour d’une question clé : quelle évaluation voulons-nous ? Les acteurs de l’État, des collectivités ou des associations y trouveront des échos à leurs préoccupations et des pistes de travail.

Mise en ligne le jeudi 25 juin 2009
Modifiée le jeudi 25 juin 2009

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