Pratiquez-vous la formation à distance aux CEMEA-Pays de Loire ?
Encore très peu, et en tout cas pas en tant que tel.
Nous avons construit récemment un site Internet (http://cemeanantes.free.fr/eva) afin de maintenir un contact avec nos stagiaires des formations BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animation) et BAFD (brevet d’aptitude aux fonctions de directeur de centre de vacances et de loisirs). C’est un site de ressources « collaboratif », c’est-à-dire qui peut être également alimenté par les stagiaires eux-mêmes. Nous y plaçons des supports de formations, des infos pratiques, des photos souvenirs, des chants, un agenda des rencontres d’anciens stagiaires, des offres d’emploi, etc.
En matière de « formation à distance », si l’on peut utiliser ces termes, notre travail actuel concerne plutôt la création d’un CD-Rom contenant l’essentiel des documents distribués lors des formations BAFA et BAFD, car nous distribuons énormément de documents lors de ces formations.
Votre réflexion sur le format des documents qui vont figurer sur ce CD-Rom est assez originale·
La question s’est effectivement posée de choisir un format pour ces documents : Word ou pas Word ? Il se trouve que nous nous orientons peu à peu vers l’utilisation de systèmes et logiciels libres de type Linux et AbulEdu (nous y reviendrons) dans nos formations. Il nous fallait donc choisir un format libre, de type OpenOffice. Mais cela soulève un autre problème : les stagiaires ont plus souvent Word chez eux qu’OpenOffice ! Il faut donc leur fournir OpenOffice sur notre CD. Mais comment faire s’ils ne souhaitent pas l’installer sur leur ordinateur (car c’est ce qui se passe, même s’ils ne nous le disent pas toujours, d’ailleurs) ? Nous avons opté pour un « CD live » qui règle ce problème : il contient les logiciels nécessaires à la lecture des documents, mais ces logiciels ne s’ouvrent que pour le temps de la lecture et se referment lorsque le CD est éjecté. Nulle obligation de les installer de façon permanente sur le disque dur.
Ce choix d’opter pour des logiciels libres est, on le voit, motivé par le bon sens. Mais est-ce seulement une discrète initiative des formateurs, ou cela correspond-il à un intérêt fort des CEMEA Pays de la Loire au niveau pédagogique et « politique » ?
C’est une volonté pédagogique « politique » et stratégique partagée par nos responsables régionaux.
Quand et comment l’introduction de logiciels libres a-t-elle commencé aux CEMEA Pays de la Loire ?
Il y a cinq ans environ, nous avons eu à créer entièrement notre équipement informatique : acheter des ordinateurs, des imprimantes, etc., les mettre en réseau et y installer des logiciels bureautiques. La réflexion a d’abord été économique mais aussi politique. J’ai proposé de choisir AbulÉdu, un système logiciel libre permettant de mettre en réseau un ensemble d’ordinateurs qui ne sont pas forcément de dernière génération [1]. AbulÉdu fournit aussi un ensemble de logiciels libres destinés à des usages bureautiques et éducatifs.
Aujourd’hui, nous nous interrogeons systématiquement sur nos choix de logiciels. Deux exemples récents :
- Nous nous apprêtons à passer, pour nos formations vidéo, à des logiciels libres afin de permettre à nos stagiaires d’utiliser ces outils sans difficultés chez eux ou dans un cadre professionnel,
- Afin de ne plus nous heurter aux incompatibilités entre nos différents outils d’agenda, de messageries, etc., nous venons d’adopter pour chaque membre de l’équipe Pays de la Loire un groupware [2] libre, eGroupWare.
Collaborez-vous avec des directions jeunesse et sports par rapport à votre expérience avec les logiciels libres ?
Oui. Des correspondant de la DDJS trouvent notre parcours intéressant à faire connaître auprès d’autres associations qui s’interrogent sur les outils informatiques qu’ils utilisent. Il est vrai que nous oeuvrons beaucoup et depuis des années dans le champ de l’éducation aux médias, et les logiciels libres ne sont que le prolongement de tout cela.
La réflexion sur les logiciels libres est-elle menée également au niveau national par les CEMEA ?
Au niveau national, l’expérience est différente de celle que peuvent avoir des associations régionales comme celles de Poitou-Charentes, d’Aquitaine, de Paris ou des pays de la Loire.
Comme le prouvent les débats liés à notre nouveau projet associatif, les CEMEA sont acquis politiquement à cette cause. Il nous reste (comme ailleurs) à surmonter par endroits cette crainte de l’inconnu et du changement souvent liée à une certaine méconnaissance. Les logiciels libres sont encore parfois perçus comme un outil purement technique, avec éventuellement l’aspect « réservé aux spécialistes » qui l’accompagne.
Or, les membres des CEMEA à Nantes ne sont pas devenus des professionnels du logiciel libre ! Ils en apprécient surtout la simplicité d’utilisation. Une séance m’a suffi pour initier chaque collègue à eGroupWare.
Le congrès annuel des CEMEA qui s’est tenu du 25 au 29 août 2005 a franchi un cap ?
Ce congrès, chargé de travailler sur le projet associatif pour 2006-2009, a en effet vu, pour la première fois, des groupes de travail plancher sur les logiciels libres, et l’on peut lire dans les conclusions du congrès que « Les CEMEA doivent s’approprier et promouvoir les techniques et pratiques innovantes. De ce point de vue, l’utilisation des logiciels libres est à développer. L’accessibilité, la notion de savoirs partagés, la gratuité, la qualité des outils développés, sont autant de valeurs présentes dans ces nouvelles pratiques. Elles nous semblent en cohérence avec les nôtres et méritent notre attention ».
La réflexion ne peut qu’avancer et a déjà intégré le projet éducatif et citoyen des CEMEA.
L’atelier « Agir sur les logiciels libres » et le forum sur le même thème lors du congrès d’Amiens en août 2005 ont montré que ce sujet n’était pas l’apanage d’un cercle restreint d’initiés non conformistes, mais bien d’un objet de travail conforme aux valeurs des CEMEA et à nos besoins actuels.
Les choses bougent. On réfléchit déjà, au niveau national, à passer à un logiciel libre de gestion des formations et des stagiaires, et, par ailleurs, à former tous nos permanents à OpenOffice.
Pour les CEMEA, jeunes + éducation aux médias = logiciels libres ?
Voici un extrait de notre futur projet associatif qui sonne comme un plaidoyer pour notre engagement au sein du mouvement du logiciel libre : « Pour répondre aujourd’hui aux enjeux de l’éducation, comme le dit Philippe Meirieu, il faut accompagner l’enfant pour le faire passer de la pulsion d’achat individuel qui permet de satisfaire ses caprices en piochant dans les ressources d’un monde magasin, à la capacité de se doter d’un projet qui permet de chercher et de fabriquer des objets, en les inscrivant dans une démarche qui fait sens, dans un projet collectif…
… Face à cela, nous constatons une prise en compte trop restreinte de la question des jeunes et des médias de la part des associations de jeunesse dans leur ensemble. Elle est souvent traitée de manière non politique, c’est à dire hors d’une réflexion critique sur la culture et l’éducation, et reste souvent « cantonnée » comme une activité parmi d’autres, dans une vision instrumentale ou fonctionnelle, avec comme seul objet des techniques à maîtriser. Cette question doit devenir une priorité pour les associations de jeunesse et d’éducation nouvelle et populaire, donc pour les CEMEA.
Face au rouleau compresseur de la marchandisation, les mouvements et associations d’éducation populaire, ont-ils pris la mesure de l’ampleur des actions à mettre en place en terme d’alternative et de résistance ? »
Les CEMEA doivent prendre conscience de l’ambition du projet à définir qui fera passer chacun de l’enfermement dans un « monde objet » à l’engagement dans un « monde projet ».
Peut-on envisager qu’un jour les CEMEA décident de mettre en ligne, sous licence libre, des contenus de formation (et de quels types) comme vous le faites sur votre site de ressources à Nantes ? Ils seraient précurseurs parmi les grandes fédérations d’éducation populaires.
Je n’ai aucun doute à ce sujet. A l’image de ce que nous mettons en oeuvre autour de « CD live », nous mettrons dans un très proche avenir des contenus de formations en ligne.
Nos actions ont pour vocation d’agir sur la société pour la transformer en profondeur. La diffusion de nos propositions et de nos réflexions se fait principalement au travers de nos formations et de nos publications. Dès lors, quel intérêt pour nous de ne pas utiliser l’opportunité que représentent les nouveaux médias ?
Reste la question de l’utilisation faite des documents mis à disposition. A cet égard, les licences Creative Commons(http://fr.creativecommons.org) apportent une réponse à des détournements possibles. Pour ce qui est par exemple du « CD live », la restriction portera systématiquement sur l’interdiction d’une utilisation à des fins commerciales. Outre cette restriction, l’utilisation en sera laissée entièrement libre à condition d’en citer l’auteur.
N’est-ce pas un progrès par rapport au « photocopillage » ?
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