La vidéo a représenté une perspective intéressante pour ces acteurs qui n’avaient pas forcément accès à la télévision et n’étaient pas "introduits" dans ce milieu. La vidéo a dont été en quelques sorte un substitut de la télévision pour réaliser des actions pédagogiques : production de films, partage d’expérience, analyse audiovisuelle, intervention sociale etc. Les années 80 ont vu se développer un mouvement important de vidéo communautaire et plus largement de ce que l’on a appelé la "communication sociale". Ce mouvement était d’autant plus important qu’il contrebalançait l’échec des radios libres et télés locales.
Témoignages autour de la vidéo participative
A LIRE CI-DESSOUS :
Extrait de l’interview de Michel Erlich
"J’étais dans le mouvement de la communication sociale des années 80. En 1974, j’étais à New York, j’ai observé le mouvement communautaire. C’était l’époque des télés câblées, du mouvement de la vidéo, j’étais aussi un peu au Québec. Tout cela n’existait pas en France. (…) La vidéo me semblait être un bon outil d’intervention sociale et un outil d’analyse critique. (…) Je deviens aussi réalisateur pour des associations, c’est une utilisation militante, pour la cause du peuple. C’était une époque assez animée et militante. Fin des années 70, je suis en Algérie quelques années. Quand je reviens dans les années 80, le monde a changé. Je travaille dans la formation de travailleurs sociaux, je fais de l’initiation à l’audiovisuel, j’utilise toujours les outils techniques pour l’intervention sociale, dans une logique de création. Je fais ça pendant 10 ans. Dans les années 80, il y a eu les télés et radios locales, mais ça s’est vite terminé. (…) En 81/82, je participe aux "Ateliers de la communication sociale", il s’agit de structures expérimentales. Il y a un appui de l’Etat, un budget. Je fais de la vidéo légère, je travaille avec la prison de Fresnes pendant 4/5 ans. A l’époque, c’était facile de trouver de l’argent pour ces expériences innovantes. Après, les acteurs ont changé. Moi, j’ai toujours été en marge, jamais encarté quelque part, sauf à Jeunesse et Sports ! J’ai souvent été au croisement de plusieurs mouvements.
Dans les années 80, la vidéo est donc un enjeu important pour les associations. Aujourd’hui, pour utiliser autrement que dans une logique marchande, pour faire face aux grands groupes et être dans des logiques alternatives, c’est vraiment difficile à mettre en œuvre. Je pense aux EPN, Points Cyb etc. ; on sert d’agent de développement, d’intermédiaires vers le secteur marchand, ce n’est pas du contre pouvoir. L’éducation populaire, normalement, c’est du contre pouvoir. A côté du système libéral, l’éducation populaire est petite. Ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le faire, mais sans une volonté forte de l’Etat, elle ne peut qu’être un petit laboratoire. On est dans une période de confinement de la pensée alternative. L’Etat aurait pu faire des choix différents.
L’apprentissage du regard critique par rapport aux médias et aux images est quelque chose de permanent dans l’éducation populaire. L’école devrait aussi le faire, mais il n’y a pas de lieux. Il y a une première logique, c’est l’accès à la culture. L’autre, c’est de dire qu’il y a un trop plein d’accès en France et que le problème n’est pas là. L’offre n’est pas le problème, ce qu’il faut faire c’est l’éducation critique. La méthode a peu changé, c’est la participation. La philosophie d’Internet correspond bien à l’éducation populaire, il ne s’agit pas d’une culture centrée sur un lieu mais en réseaux."
Michel Erlich
La vidéo apparaît dans un contexte spécifique et participe d’un renouvellement des rapports entre l’Etat et les citoyens. L’extrait ci-dessous issu d’un article sur la vidéo participative en décrit l’évolution.
A LIRE CI-DESSOUS :
"Comme toute machine à communiquer, la vidéo naît dans un contexte de déséquilibre : la volonté de prise de parole et de participation conteste, autour des années 70, la mise sous tutelle de l’audiovisuel par l’Etat centralisateur. Le débat autour de la souveraineté appelle une redéfinition et une restructuration de l’Etat dont l’enjeu est l’émergence d’un nouveau rapport entre Etat et citoyen. Le rôle que joue la communication dans la redistribution des pouvoirs et des contre-pouvoirs au sein de la société et dans la recomposition des territoires comme unités de sens pour des identités collectives devient une question primordiale.
A la fin des années 70, la réhabilitation du sujet, les besoins d’information et de communication se doublent d’une aspiration profonde : l’exercice de la citoyenneté dans le cadre d’une démocratie décentralisée, nourrie de l’espoir en de nouvelles formes de communication sociale, de nouveaux modes d’approche de la réalité et de nouvelles techniques de mobilisation du savoir collectif.
Grâce à une évolution technologique rapide, les techniques de l’audiovisuel s’allègent, deviennent accessibles financièrement à un plus grand nombre, leur usage se déprofessionnalise : la vidéo comme moyen d’expression populaire, d’échange et de communication démocratique apparaît un outil privilégié et bouleverse l’ordre établi. Son appropriation sert l’émergence de savoirs insus qui favorisent un renouveau de la vie démocratique par une prise de parole publique."
La vidéo en animation et éducation populaire
La vidéo, d’abord appropriée par les militants des mouvements sociaux, devient un moyen d’animation et de formation dans les milieux socioculturels. De nombreuses expériences vont être menées dans une logique spécifique d’animation socioculturelle et d’éducation populaire.
A LIRE CI-DESSOUS :
"La vidéo pénètre progressivement dans les institutions et les centres socioculturels : INA, INRP, INEP, Vidéo Promotion jeunesse, Maisons de la culture, VAL (Vidéo Animation Languedoc) et devient un moyen privilégié d’animation, de formation et d’expression. Les thèmes traités par le public des centres culturels et maisons de jeunes reprennent, en les édulcorant, les sujets traités par les militants, mais avec une logique différente de libération des tensions et d’intégration sociale. La vidéo devient ainsi un instrument privilégié d’animation, de formation et d’expression, voire d’autoscopie."
Parmi les nombreuses expériences menées avec la vidéo dans les milieux de l’éducation populaire, nous pouvons évoquer l’expérience Vidéo Promotion Jeunesse menée par l’INEP (ancien INJEP) et l’association Média et Vie sociale dans les années 80. VPJ était une opération subventionnée par le ministère du temps libre jeunesse et sports et co-gérée par l’INEP et l’association Média et Vie Sociale.
>>>Parcours médias Zoom n°3 : Vidéo Promotion Jeunesse
A la Ligue de l’enseignement, Guy Gauthier ancien responsable de l’UFOLEIS et du service culture et communication a publié "Vers la vidéo-animation" dans Les Cahiers de l’audiovisuel (service audiovisuel de la Ligue de l’enseignement) en 1975.
Les vidéos des quartiers
Si la pratique vidéo en animation et éducation populaire a été importante dans les années 80, elle n’a pas disparu mais certainement évolué. Cette pratique est aujourd’hui de plus en plus reliée à d’autres médias et à des revendications citoyennes et politiques dans un contexte de concentration des médias de masse.
Depuis quelques années, les expériences de vidéo liées à des pratiques d’animation et d’expression au niveau local, les télés locales et associatives se multiplient. Elles sont notamment représentées au niveau national par la Fédération nationale des vidéos des pays et des quartiers (FNVDPQ) : fédération qui existe depuis 1986. La FNVDPQ est un acteur important dans le milieu des "médias du tiers secteur" et cherche à valoriser le rôle de ces médias à côté des médias de masse.
La position singulière de ces médias et leurs revendications sont bien résumées dans le dernier "Appel de Marseille pour les médias du tiers secteur" du 8 mai 2006, disponible en ligne : http://vdpq.free.fr/site_VDPQ/docum…
A LIRE CI-DESSOUS : : Extrait "Appel de Marseille pour les médias du tiers secteur" du 8 mai 2006 :
"Les Rencontres de Marseille ont permis de dresser le constat suivant : à côté des secteurs privé et public, il existe un vaste tiers secteur des médias constitué d’une multitude de médias non alignés, à but non lucratif, indépendants des pouvoirs publics, des puissances financières, des partis politiques et des obédiences confessionnelles. Que ce soit dans l’univers de la radio, de la télévision, de l’internet ou de la presse écrite, les médias du tiers secteur sont porteurs d’une même exigence de liberté d’expression, d’information et de création. Associatifs, coopératifs ou mutualistes, ils se définissent selon les cas comme des médias démocratiques, alternatifs, participatifs, libres, solidaires et/ou citoyens. La diversité assumée de leurs objectifs, de leurs contenus, de leur fonctionnement, de leur mode et de leur zone de diffusion, de leurs approches du local et de la proximité en résonance avec le niveau planétaire, et de leur rapport à leur public, participe de la richesse même de ce tiers secteur des médias."
"Les médias du tiers secteur sont des outils irremplaçables au service de la démocratie participative, de la solidarité sociale et territoriale, et du débat d’idées. Ils se revendiquent du droit des citoyens à l’information, à la culture, à la libre expression et à la critique. Ils sont un antidote nécessaire à la pensée dominante assénée par les grands médias, au formatage des identités et des esprits, à la marchandisation de l’information et de la culture. Face à la concentration des médias entre les mains de quelques grands groupes financiers, ils inscrivent leur engagement dans le processus plus large des "Etats Généraux pour une information et des médias pluralistes". Ils contribuent ainsi à la transformation de l’ensemble du paysage médiatique, par une appropriation démocratique de son devenir. Et ils proclament, comme beaucoup d’autres, que l’information et la culture doivent redevenir des biens publics, ce qui passe notamment par la refondation du service public."
Le site de la FNVDPQ : http://vdpq.free.fr
La Maison de l’Image de Strasbourg
Ouverte depuis mai 1999, la Maison de l’Image réunit deux partenaires, la Ville de Strasbourg et l’association Vidéo les Beaux Jours. Son projet s’inscrit dans la politique culturelle de la Ville de Strasbourg. Cette structure culturelle d’éducation à l’image est à la fois :
- un centre de ressources et de réflexion critique sur la culture de l’image
- un lieu de sensibilisation et de pratique audio-visuelle et multimédia ouverte à tous les publics
- un espace de diffusion des œuvres cinématographiques et audio-visuelles (fiction, documentaire, art vidéo)
- une salle de projection vidéo/cinéma de 44 places
- une vidéothèque de près de 2000 films à consulter sur place
- un Espace Culture Multimédia un lieu de réalisation équipé de matériel vidéo numérique ouvert aux porteurs de projet
- des ateliers d’initiation et de formation aux techniques et aux langages de l’image (vidéo, cinéma, 3D, web).
Ressources
"Historique des médias associatifs audiovisuels" par Guy Pineau http://www.acrimed.org/article1900.html
Historique de la Fédération nationale des vidéos des pays et des quartiers (FNVDPQ) http://www.acrimed.org/article1330.html
Appel de Marseille pour les médias du tiers secteur du 8 mai 2006 http://vdpq.free.fr/site_VDPQ/docum…
Lettre Culture et proximité n°5 (1997). Dossier central sur les télés libres : vidéos des pays et des quartiers http://www.culture-proximite.org/me…
Site de la FNVDPQ : http://vdpq.free.fr
>>>Parcours médias Zoom n°3 : Vidéo Promotion Jeunesse
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