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La dimension internationale de l’éducation populaire

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Le titre de cette partie indique qu’il s’agira à terme d’étudier dans ce parcours "International", outre l’éducation populaire "ailleurs", à la fois : A) La dimension internationale dans les mouvements d’éducation populaire (actions, projets) et B) La dimension internationale de l’éducation populaire ; soit en quoi l’international questionne l’éducation populaire.

Ressources

 Revue Pratiques de Formation – Analyses. Numéro 49 : Les pratiques contemporaines de l’éducation populaire - (juin 2005)

 Réinventer l’international. Réflexion sur une démarche d’éducation populaire. CNAJEP, Publication de l’INJEP, n°56. 2002 (coordonné par Alexia Morvan)

 Itinéraires, le voyage entre expérience et formation. Ouvrage collectif, Peuple et Culture, juin 1997 (en ligne : http://www.peuple-et-culture.org/IM…)

 Réflexion sur les pratiques jeunesse à l’international. Cités Unies France. Mai 2003. (en ligne : http://www.cites-unies-france.org/h…)

Interview Alexia Morvan (document disponible) Interview Denis Adam (document disponible) Interview Denis Rambaud (document disponible) Interview Jean Bourrieau (document disponible) Interview Anthony Brault (document disponible)

Rubrique actualité Document n°5 : Rapport d’étape de l’OPR rédigé par Franck Lepage en 2001 : "Le travail de la culture dans la transformation sociale. Une offre publique de réflexion du ministère de la Jeunesse et des Sports sur l’avenir de l’éducation populaire", 1er janvier 2001. (document disponible)

Quelques mouvements français et des liens vers leur "secteur" International :  Peuples solidaires http://www.peuples-solidaires.org

 OFAJ : Office franco-allemand pour la jeunesse crée en 1963 http://www.ofaj.org

 STAJ : Service Technique pour les Activités de Jeunesse Solidarités internationales et Interculturel http://www.staj.asso.fr/dev/index.htm

 CEMEA : Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active. "Département des Relations Européennes et Internationales" http://www.cemea.asso.fr/citoyennet… / http://www.cemea.asso.fr/plaquettei…

 FICEMA : Fédération internationale des CEMEA http://www.cemea.asso.fr/ficemea/pl…

 Ligue de l’enseignement Secteur "Europe et Solidarité internationale" http://www.laligue.org/laligue/rubr…

 Peuple et Culture "Secteur International" http://www.peuple-et-culture.org/ru…

 FFMJC : Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture Mission "Relations Internationales" http://www.ffmjc.org/rubrique.php3?…

 Fédération Léo Lagrange "Activités européennes et internationales" http://www.leolagrange-fnll.org/01p…

 Culture et Liberté "Echanges internationaux" http://www.culture-et-liberte.asso…. /

 ATD Quart Monde (mouvement international) http://www.atd-quartmonde.org/

A) La dimension internationale dans les mouvements d’éducation populaire De nombreux mouvements d’éducation populaire travaillent sur la dimension internationale ; ce travail prend des formes variées qui ont évolué avec le temps. La plupart ont développé et développent des échanges internationaux, des voyages d’études, des actions de solidarité internationale, des chantiers internationaux de jeunes, du volontariat international, de l’aide au développement, etc. Il existe donc une préoccupation traditionnelle de l’éducation populaire pour l’international ainsi qu’une grande diversité d’actions. A travers quelques points de vue d’acteurs et des récits d’expériences, cette partie permettra une première approche de la diversité des actions et des réflexions dans le domaine de l’international.

Quelques points de vue et récits d’expériences

 Donner du sens au projet et impliquer tous les participants pour une citoyenneté active

"Il existe une grande diversité de pratiques : échanges de jeunes, camps de vacances à l’étranger, centres de vacances internationaux, sessions “Connaissance de la France”, séjours linguistiques, chantiers internationaux de jeunes, actions d’aide au développement, manifestations culturelles internationales, échanges d’animateurs, échanges de professionnels…

Ce qui nous intéresse, en tant que mouvement d’éducation populaire, c’est la dynamique créée autour de ces projets pour renforcer une citoyenneté active et créer des espaces de solidarité entre les peuples. Ce type d’échanges internationaux, qu’ils soient à caractère culturel, éducatif ou humanitaire, est un élément indispensable permettant la rencontre et donc une meilleure connaissance mutuelle, ils sont pour notre association et toutes les associations d’éducation populaire des dispositifs essentiels pour une construction européenne active et citoyenne des questions sociales, culturelles et économiques.

Si le sens du projet et sa méthodologie ont été pensés, travaillés avec les jeunes et l’ensemble des acteurs, si l’animateur a conscience (du fait de son expérience ou de sa formation) des pièges que pose ce type de projet, et lorsque tous les participants ont accepté d’être prêts à la rencontre en ayant fait un travail personnel et collectif sur leurs préjugés et leurs attentes, si enfin l’on se met dans la posture d’être prêt à apprendre de l’autre et sur soi-même, alors le projet sera formateur et porteur de sens pour tous : il aura un sens pour les jeunes des deux cultures et constituera une chance pour qu’à long terme il y ait transformation sociale. Cela demande des efforts, un travail collectif et une grande ouverte d’esprit qui ne s’improvisent pas."

Fabrice Mongiat, Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMÉA), Département des Relations Européennes et Internationales. Extrait d’une contribution dans "Réflexion sur les pratiques jeunesse à l’international", Cités Unies France. Mai 2003 http://www.cites-unies-france.org/h…

 L’international dans la vie associative : l’exemple de Culture et Liberté

"L’international dans la vie associative : à l’exemple de l’association Culture et Liberté" Joël Jamet (Culture et Liberté) Disponible en ligne : http://www.ifwea.org/french/joel_ja…

(Extraits)

"Culture et Liberté, mouvement d’Education Populaire, loi de 1901, a été créé en 1970, une "naissance turbulente" selon le titre d’un ouvrage lui étant consacré. Dans les années 70, parallèlement aux activités "nationales" d’animation et de formation, des activités internationales ont été proposées aux militants et aux adhérents. Le premier objectif était de proposer au public du milieu populaire des possibilités de découvrir des pays au mode de développement économique, social, culturel et politique original et différent (Tanzanie, Algérie, Haute-Volta, Inde, Mexique…). La découverte de ces pays permettait par l’approche pragmatique et concrète des réalités de mesurer la nature des mécanismes qui prévalaient dans les rapports économiques et sociaux et d’apprécier la situation géopolitique dans le cadre des rapports Nord-Sud. Ces voyages généraient aussi des formes de solidarité. L’autre objectif de ces voyages internationaux était de situer les voyages comme un complément, un prolongement de nos activités de formation. Un exemple significatif pour illustrer cet objectif : Culture et Liberté proposait également beaucoup de stages dans le cadre de la formation permanente et continue. Nous proposions ainsi des stages "autogestion" qui se déroulaient surtout à Nantes. Or, un pays européen, la Yougoslavie, pratiquait alors à l’échelle du pays l’autogestion comme mode de développement économique ; plusieurs stages ont eu lieu à Belgrade, avec alternance d’apports théoriques et visites/discussions avec des acteurs locaux. Une particularité également importante à signaler est l’existence de réseaux ou de personnes ressources dans les pays pour nous conseiller dans les programmes. Nous allions jusqu’à infléchir le programme des voyages en fonction de la profession des participants ou de leur centres d’intérêt. Ces voyages eurent du succès (8 à 10 destinations chaque été), mais la réalité "nationale" en eut raison et ce type d’activités fut suspendu définitivement. De fait, la dimension internationale se heurte dans beaucoup d’associations à un certain nombre de difficultés pour trouver sa place ou tout simplement pour exister. Elle figure généralement en fin de temps imparti dans les ordres du jour des réunions régulières des associations, même si la situation commence tendanciellement à s’améliorer.

Plusieurs raisons ont longtemps concouru à cet état de choses :

  • l’attitude de nombre d’acteurs associatifs, rivés sur le quotidien de leurs actions nationales, sans penser peut-être qu’elles pourraient s’enrichir précisément de cette dimension internationale
  • manque de sensibilité à l’international de façon générale, même si dans la pratique on se dit très attentif à l’Europe par exemple…
  • connaissances linguistiques insuffisantes obérant toute velléité d’échanges
  • appréhension pour toutes ces différentes raisons d’imaginer une quelconque coopération internationale

Mais souvent, l’"international" est présent dans les organisations par le travail mené auprès de minorités ethniques, de réfugiés ou demandeurs d’asile. C’est en tout état de cause la première interculturalité, celle qui se déroule dans son pays propre. Une seconde se poursuit de façon marginale, grâce à quelques "hussards" qui, malgré les difficultés, s’ingénient à maintenir les liens avec l’"étranger", persuadés que toute culture naît et se perpétue du mélange, de la rencontre et des chocs culturels. A l’inverse, l’isolement la fragilise et à terme, elle court à son étiolement. Parfois, le hasard des rencontres permet des contacts prolongés et des développements internationaux fructueux. Culture et Liberté fut ainsi sollicité pour adhérer à la "Fédération Internationale des Associations pour l’Education des Travailleurs" (FIAET ou International Federation of Workers Educational Association ; 105 organisations réparties dans 64 pays de par le monde et 7 organisations internationales http://www.ifwea.org). Le Conseil d’Administration vota pour l’adhésion en 1996. Depuis 1997, Culture et Liberté assume la présidence de la branche européenne (Euro-WEA, 45 organisations dans 25 pays européens). De nombreux projets de coopération et de programmes européens sont nés de l’appartenance à ce réseau. Au début pourtant, cette présidence ne paraissait pas évidente et on avait peu d’éléments de perspective. Peu à peu des partenariats européens furent proposés à Culture et Liberté, assurés d’abord par l’association nationale sur le "Congé-formation en Europe" ou le projet "Memory". En parallèle, l’association Culture et Liberté-Brest menait un programme européen HORIZON sur la formation de jeunes détenus et de sortants de prison pour la réinsertion sociale et professionnelle. Plus tard Culture et Liberté-Sarreguemines commençait un projet EQUAL de "Lutte contre les discriminations et les inégalités face à l’emploi". Actuellement, Culture et Liberté-Toulouse participe, avant de devenir acteur à part entière d’un projet GRUNDTVIG "Mémoires de vie et traditions culturelles". Je m’attarderai sur le cas de Culture et Liberté-Lille avec laquelle nous menons en partenariat, deux programmes européens GRUNDTVIG axés sur les travailleurs immigrés et demandeurs d’asile dans 6 pays européens. Lille propose depuis de nombreuses années des actions d’alphabétisation et de lutte contre l’illettrisme en direction des travailleurs immigrés et demandeurs d’asile. Il y a donc un savoir-faire certain, une volonté latente de mener des actions internationales (…) et ce fut sans trop de mal que l’association décida de s’engager dans le projet. Toutefois, cet engagement était assorti de conditions :

  • le projet doit être cohérent et correspondre à un créneau d’activités que nous menons déjà au niveau national pour cette première expérience,
  • il nous faut nous assurer qu’une personne pourra dégager du temps pour répondre correctement aux attentes et pour cela nous (ré)organiser en interne
  • il ne faut pas que le projet nous fragilise financièrement
  • il faut nous assurer d’une aide au niveau national

Les conditions ont été réunies et l’on peut d’ores et déjà pointer quelques résultats :

  • la personne en charge du projet a vu son poste de travail évoluer en termes de temps.
  • l’association a acquis au niveau de l’agglomération une autre dimension (internationale justement).
  • les membres de l’association trouvent une illustration concrète de ce que peut être une action internationale et cela peut convaincre les plus tièdes de son utilité.
  • les acquis du projet européen ont influencé la pédagogie en vigueur dans l’association et une formation de formateurs devrait se mettre en place.
  • les éléments du module de formation qui seront élaborés à la fin du projet pourront être utilisés par toutes les personnes de Culture et Liberté (et au-delà) dans leurs actions de formation.
  • l’association conforte sa place dans le réseau Euro-WEA et devient identifiée comme association de référence pour ce type d’action.

Ceci ne peut qu’entraîner d’autres projets européens complémentaires et c’est ce qui s’est produit. Il me paraît important de souligner quelques points relatifs à la pédagogie, à la méthodologie et surtout à l’importance de la confrontation des pratiques dans le cadre de ces projets internationaux :

  • cela nous permet de prendre du recul par rapport à nos propres pratiques nationales qui ne sont pas toujours suffisamment questionnées,
  • cela nous oblige à une formulation beaucoup plus précise de notre pensée dans notre propre langue, car le quotidien national est entaché d’implicites, qu’il faut supprimer dans notre relation avec les autres, sous peine de n’être pas compris.
  • la prise de conscience des différences et des similitudes, les synergies qui en résultent sont autant de vecteurs de FORMATION qui enrichissent les pratiques pédagogiques.
  • il s’agit à chaque fois d’une forme de décloisonnement de sa pensée, permettant une relativisation de son quotidien,
  • c’est indubitablement une amélioration de ses connaissances linguistiques et culturelles,
  • c’est aussi une incitation à l’apprentissage linguistique et une stimulation de l’apprentissage interculturel, car c’est aussi l’apprentissage d’autres formes de travail et d’approches pédagogiques,
  • et c’est aussi une autre relation au temps et à l’autre, car l’écoute n’est plus la même, elle requiert plus d’attention, force à la tolérance et à une certaine forme d’humilité, car en définitive la relation cet apprentissage est plutôt le rapport que "je" entretiens avec les autres qu’autrui sur autrui proprement dit. Toutes ces considérations devraient convaincre que les échanges figurent parmi les vecteurs essentiels de la communication entre les peuples. Plus encore, ils contribuent à notre identité en la fertilisant par les questionnements qu’ils suscitent. En effet, une rencontre nous renvoie nécessairement à nous-mêmes. L’éducation populaire a un rôle spécifique à jouer dans les échanges internationaux. Nous ne sommes pas des ambassadeurs (même si…), nous n’avons rien à vendre : nous avons des choses à échanger en temps que témoins de ce que nous vivons. Nous échangeons aussi pour construire, en mettant les partenaires sur un même pied d’égalité, mais les conditions de l’égalité se fabriquent et pour cela il faut produire du sens. Et cela prend du temps, précisément ce temps qui permet d’analyser et de comprendre. Le travail international, au-delà de la création de réseaux génère des solidarités de plus en plus indispensables et la réciprocité des apprentissages est la meilleure école d’éducation populaire où l’on est tour à tour formé et formateur. C’est pourquoi, il faut que nos associations favorisent encore plus les échanges qui, avec l’Europe et son élargissement prévu, s’imposeront à nous de toute façon. S’y préparer, c’est apprendre en fait à mieux connaître et comprendre l’autre dans son altérité. Notre identité n’en sortira que plus renforcée ; elle ne se fond pas dans l’international, elle l’enrichit tout en s’en nourrissant."

 Peuple et Culture et la pédagogie du détour

Peuple et Culture, Corinne Baudelot http://www.peuple-et-culture.org/ar… "Globalement, cette spécialisation présente donc le risque d’un cloisonnement entre le développement d’activités internationales et les autres champs d’action d’une association, alors que le projet de Peuple et Culture vise avant tout, dans une "pédagogie du détour", à faire exister des espaces-temps privilégiés d’apprentissage interculturel et de coopération internationale à l’intérieur même des autres thématiques, qu’il s’agisse d’action culturelle, de formation, d’accompagnement de projets ou de développement solidaire.

Rubrique international Zoom n°3 : "Itinéraires et réseaux : l’expérience internationale de Peuple et Culture"

Zooms sur quelques projets à dimension internationale / interculturelle

Rubrique international Zoom n°4 : Les I-Jumelages, projet de l’association Vecam qui allie coopération internationale et TIC

Rubrique international Zoom n°5 : Les Peupliers à palabres, projet initié par l’INJEP pour la participation des jeunes citoyens originaires de l’Afrique subsaharienne.

Rubrique international Zoom n°6 : Le projet SCATE ; des cerces d’études à l’international ; co-formation et autoformation dans des réseaux à dimension internationale

Voir également : Parcours Médias Cas pratique n°1 : "Webtrotteurs des quartiers", réseau qui s’étend aujourd’hui sur 6 pays.

 A lire également : "Les cercles d’études internationaux" ; Témoignage de Joël Jamet (Culture et Liberté) sur l’expérience de ces cercles d’études internationaux au sein de la FIAET (Fédération internationale des associations pour l’éducation des travailleurs) qui s’appuient sur Internet. Dans l’ouvrage "Réinventer l’international. Réflexion sur une démarche d’éducation populaire". CNAJEP, Publication de l’INJEP, n°56. 2002 (coordonné par Alexia Morvan) pp.83-90

B) La dimension internationale de l’éducation populaire Au-delà des actions et des projets, l’international questionne l’identité, les habitudes et les pratiques de chacun. A travers quelques points de vue, cette partie abordera les différents aspects de l’international comme dimension de l’éducation populaire.

 Penser l’international au quotidien : intégrer la dimension internationale de manière globale

"Penser l’international au quotidien, c’est s’ouvrir aux démarches menées autour de mêmes thématiques dans d’autres pays : comment l’insertion sociale des jeunes en difficulté est abordée au Danemark ; comment les problèmes de discrimination sont traités en Allemagne ; comment la question du “ foulard islamique ” est questionnée en Grande-Bretagne… Penser l’international, c’est aussi, quel que soit son champ d’intervention, élaborer des programmes de formation, d’activités comportant un apport international : échanges, jumelages de compétences, visites d’expertise… Cela signifie, pour les responsables associatifs, intégrer la dimension internationale parmi les données permanentes dont ils tiennent compte dans les réflexions qu’ils mènent et dans les projets qu’ils mettent en oeuvre."

Jean Bourrieau, extrait d’une contribution dans "Réflexion sur les pratiques jeunesse à l’international", Cités Unies France. Mai 2003. En ligne : http://www.cites-unies-france.org/h…

 La dimension internationale comme accès au politique

La dimension internationale comme accès au politique (Analyse issue du Rapport d’étape de l’Offre publique de réflexion sur l’éducation populaire, 2001)

"La dimension internationale est un moyen pour décloisonner et donc repolitiser l’éducation populaire, donner une conscience critique sur le projet du capitalisme. Elle doit privilégier la compréhension des mécanismes mondiaux de mutations de nos sociétés et de leurs tendances croissantes à l’inégalité (nord-sud, nord-nord,…), et avant tout des raisonnements économiques. Lire et agir sur les rapports démocratiques qu’entretiennent les secteurs privé/public, c’est-à-dire ensemble analyser et comparer internationalement les façons de penser et gérer le collectif, les politiques publiques (santé, école, travail, logement…) permet de redécouvrir l’universel dans le local et de travailler les contradictions y compris internationales du développement dans ses relations entre culture, social, économique et politique.

L’international est dans ce cas un prétexte pour se poser des questions globales avec une application en laboratoire restreint. L’objectif est d’évaluer le sens des choix de société pour être en capacité culturelle et politique d’intervenir sur les décisions qui nous concernent collectivement. Dés lors la dimension internationale de l’éducation populaire ne se réduit pas à la seule modalité de “l’échange ” et encore moins "du voyage humanitaire" (où l’urgence remplace l’action collective), elle est présente à tous les niveaux en France, et ailleurs dans chaque pays. Elle sert à :

  • interroger les réactions identitaires, déconstruire le piège des racismes replis sur soi ou ségrégations,
  • évaluer les modèles de sociétés notamment européens, informer et délibérer des choix publics de l’Europe,
  • créer en coopération internationale les conditions des transformations sociales au sud comme au nord.

Comprendre les interdépendances économiques et politiques internationales (quel impact a concrètement la mondialisation sur la vie de tous ?) pour analyser les conditions démocratiques d’une amélioration du bien commun au sud comme au nord pourrait être la mission de l’éducation populaire dans sa dimension internationale."

Points de vue : interviews Extrait de "l’autobiographie politique" d’Anthony Brault (document disponible) "Je vais animer 4 chantiers internationaux de bénévoles (c’est le rôle des volontaires long terme pendant juillet et août). Un chantier, c’est 12 jeunes du monde entier de 17 ans et plus, réunis pour 3 semaines dans un village avec pour objectif officiel de réaliser un travail utile pour la commune ou une association de la commune. Les motivations sont diverses : visiter autrement un pays, se rendre utile en y travaillant, s’autogérer sur la vie quotidienne, faire du tourisme à pas cher, vivre une expérience à minima multiculturelle, voire s’offrir une expérience amoureuse internationale. Une fois mon objection terminée, je décide de profiter de l’occasion d’être totalement libre et sans loyer pour faire un voyage. Je souhaitais depuis longtemps faire un expérience interculturelle forte (aller chez des très pauvres) mais où ? J’ai pris les billets les moins chers pour aller très loin. J’avais le choix entre le Brésil et l’Inde. J’ai dû faire pile ou face. Je suis parti 2 mois en Inde. Ce voyage va me permettre de comprendre que la question de l’international n’est pas "comment aider les pays du sud ?" mais bien "comment les forces progressistes au Nord peuvent s’enrichir, pour leurs luttes propres, des expériences menées au Sud et réciproquement ?". Je vais y découvrir un capitalisme des plus exacerbé (des points internet dans les villages les plus reculés, du coca en vente dans des endroits où il y a peu ou pas d’eau…) avec une soumission des classes populaires à leur condition par le système des castes.

Je vais comprendre à quel point je suis athée mais aussi à quel point la question n’est finalement pas religieuse ou culturelle mais politique. Il m’a suffit pour ça de discuter avec des personnes engagées dans la reconnaissance des intouchables ou pour les droits des femmes. Bref, TF1 et l’hindouisme, mêmes constats, mêmes effets. Ces personnes et moi livrons le même combat et sommes convaincus de la même nécessité : que les marchandises arrêtent de circuler (rendre la souveraineté alimentaire à tous les peuples) et que les idées, c’est-à-dire les femmes et les hommes, puissent, elles, se mettre à circuler."

Extraits de l’interview d’Alexia Morvan (document disponible) "Les associations françaises (non spécialisées dans l’aide au développement), notamment d’éducation populaire (c’est le cas de la Ligue de l’Enseignement en 1996), qui mènent des actions de coopération Nord-Sud, utilisent le terme "d’éducation à la solidarité internationale ou à la citoyenneté internationale" pour qualifier leurs actions d’échanges culturels entre des populations du Nord et du Sud. Je trouve dans ces approches à la fois des réponses provisoires à mes recherches d’engagement et à mes réflexions sur des actions à mener pour le changement vers plus de justice, tout en restant insatisfaite de ne pas trouver suffisamment la liaison entre une critique du "sous-développement" dans les pays pauvres et une critique du "mal-développement" dans les pays riches. Liaison sans laquelle il me semble que l’éducation à la solidarité internationale ou à la citoyenneté internationale, restent des approches très bien-pensantes, qui donnent une bonne conscience à leurs défenseurs sans rien changer aux termes de la domination.

Du côté des relations internationales, au sein de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture, trois orientations sont projetées à partir des actions que mènent les associations adhérentes et après avoir réuni un collectif d’associations à ce sujet :

  • un questionnement sur nos modes de vie et de développement (au travers des actions de solidarité internationale, de l’économie qui nous entoure),
  • le décodage des décisions européennes (via les échanges de jeunes, les médias, les députés européens) et,
  • comprendre les réactions identitaires, déconstruire le racisme ordinaire (dans la vie des quartiers, analyser ensemble les problèmes à partir de situations concrètes).

En janvier 1998, j’anime la commission internationale du CNAJEP jusqu’en décembre 1999. Nous lançons une réflexion sur les fondements et pratiques de l’international dans les associations membres du CNAJEP pour :

  • explorer, critiquer, rendre visibles et discutables nos différentes pratiques,
  • constituer un ouvrage de référence sur l’international dans l’éducation populaire (destiné à nos réseaux respectifs, à nos partenaires institutionnels ainsi qu’aux plateformes interassociatives nationales et internationales) et
  • surtout changer nos modes d’actions, faire naître des propositions, des chantiers collectifs d’éducation populaire (interassociatifs) et modifier les relations avec les institutions qui nous entourent.

(…) Une des approches concrètes des relations internationales dans l’éducation populaire (à l’oeuvre dès les années 1950-60) est une stratégie Nord-Sud d’essaimage (schématiquement on exporte nos modèles français d’organisation éducative et sociale "jeunesses") : il s’agit de créer les mêmes organisations (maisons de jeunes, clubs scouts, guides…) dans des pays francophones (colonisés). On en trouve encore des traces importantes, un grand nombre de maisons de jeunes en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Guinée pour ne citer que ces exemples.

Trop rares je trouve, sont les initiatives à égalité (ou avec réciprocité) dans la dimension internationale de l’éducation populaire. A ce titre je trouve que l’organisation de la Fédération Internationale des associations pour l’éducation des travailleurs, à laquelle participe la Fédération Nationale Léo Lagrange et l’association Culture et Liberté, cité p.83 dans le livre "Réinventer l’international", et leur expérience des cercles d’étude internationaux sur la mondialisation, reflète une approche très originale et me semble-t-il très fertile pour l’éducation populaire aujourd’hui et demain, en tous cas se rapproche de mes valeurs d’éducation populaire appliquées à l’international (pédagogie de l’égalité politique, visée de transformation sociale)."

Mise en ligne le lundi 4 février 2008
Modifiée le lundi 3 septembre 2007

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