Crées au lendemain de la guerre (1945), les stages de réalisation forment un dispositif singulier mêlant pratique et réflexion, et utilisant l’art et la culture dans un esprit d’éducation populaire. Il s’agit d’une initiative émanant des instructeurs nationaux d’éducation populaire (appelés aujourd’hui les CEPJ) et soutenus depuis 1945 par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Parcours ETAT
Les stages de réalisation symbolisent le rapport à l’art et la culture spécifique de l’éducation populaire. En effet, les stages de réalisations s’adressent à des futurs acteurs : intervenants (animateurs, travailleurs Une pratique artistique typique de l’éducation populairesociaux, médiateurs…) et consistent à réaliser un travail culturel sur une durée précise de manière collective, le stage de réalisation se caractérise donc par sa singularité et sa non–reproductibilité. C’est une sorte de laboratoire permanent d’innovations pédagogiques pratiquant tous les domaines, mais principalement le théâtre. La pratique amateur y rejoint la pratique professionnelle dans une expérience collective visant à construire un espace public, les stages de réalisation ont donc un objet politique, l’art n’était qu’un support à la construction collective. Historiquement, la pratique des stages de réalisation s’inscrit donc dans un processus de transformation du rapport créateur/consommateur culturel ; en invitant le consommateur à créer et produire du sens à son tour. Ces stages mêlent l’animation de proximité, la collecte de mémoire (voir par exemple les histoires de vie), l’attention aux milieux et aux gens avec lesquels on construit l’œuvre.
2438On peut peut-être regretter (comme Franck Lepage dans son ouvrage "Les stages de réalisation (1945-1995). Histoire et modernité d’un dispositif original d’intervention culturelle du Ministère de la Jeunesse et des Sports, Injep, mai 96, n°25) l’absence de praxéologie et le peu de visibilité des stages de réalisation. Ces stages, restent dans un cercle restreint, c’est comme d’autres méthodes d’éducation populaire, un travail non spectaculaire, un travail de fourmi, peu visible en dehors des sphères concernées. Pourtant, comme le note encore Franck Lepage ; ces stages réunissent des visées de démocratisation culturelle (rapprocher le peuple de la culture) et de démocratie culturelle (valoriser et donner un statut culturel aux productions du peuple)
2438Extraits de l’ouvrage Les stages de réalisation (1945-1995). Histoire et modernité d’un dispositif original d’intervention culturelle du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Franck Lepage.
"En ouvrant (au peuple) un droit à la réalisation (artistique), le ministère de la Jeunesse et des Sports va bien au-delà d’un simple acte de Un acte philosophique et politiqueformation. Il pose un acte philosophique et politique majeur : il érige une posture d’illégitimité radicale. Réduire la réalisation à un simple dispositif de formation, c’est réduire la portée politique de cet acte et amoindrir la philosophie du ministère. De même, réduire la question du peuple à celle des amateurs revient à enlever toute signification à cette posture fondamentale. Si les stages de réalisation ont un statut singulier dans l’histoire et l’action de ce ministère, c’est parce que ce statut est irréductible à une simple action de formation. Au-delà de sa signification pédagogique éminente, il fonctionne comme une transgression, et comme tel, institue du peuple, de l’espace public, de la république."
"Le nombre de ces stages comme la quantité ou la qualité artistique de leur production, sont moins importants que leur existence elle-même. Réaffirmer le pacte républicain et construire un espace publicNous dirons qu’il s’agit d’un dispositif emblématique dont une des fonctions symboliques (non exprimée) est de réaffirmer le pacte républicain : le droit du peuple à…Cela revient aussi à définir un espace public."
"Dans les pratiques d’éducation populaire, la formation à l’art n’est pas le lieu d’un concours mais celui d’une rencontre, c’est-à-dire de la construction d’un espace public."
"En 1945, un corps d’agents para-publics (non-titulaires) se met en place à la faveur d’une crise majeure (la guerre et la disparition de la république) porté par des philosophies humanistes ou républicaines (Mounier, Ferry) autour d’un projet de désaliénation de l’individu et de reconstruction d’espace public qui suppose l’invention d’opérations Parcours ETATculturelles originales pouvant mettre en œuvre de la critique, c’est-à-dire de la liberté et de l’organisation, séparée de l’Etat, (…) mais garantie par l’Etat, c’est-à-dire mise en place au nom d’une mission de service public. Ce corps d’élite (…) abrité par un ministère (Jeunesse et Sports) invente des modalités de subversion du rapport créateur culturel/consommateur culturel, c’est-à-dire où le peuple est invité à participer à la définition du sens. Son objet de travail est celui de la pratique par une population d’un certain nombre d’outils ou de disciplines culturelles, pratique par ailleurs objet d’une professionnalisation - c’est-à-dire d’une confiscation – dans le cadre d’un autre ministère (la Culture) à partir de la cinquième république."
Ressources
Parcours méthodes Zoom n°2 : Exemples de stages de réalisation
Témoignage : "Stage de réalisation, éducation populaire et outils de formation à distance"
http://www.injep.fr/Stage-de-realis…
2438 L’éducation populaire ou la culture en actions. Les stages de réalisation, 50 ans d’aventure artistique, Marly le Roi, Document INJEP, hors série no 5. 1997
2438 Franck Lepage. Les stages de réalisation (1945-1995). Histoire et modernité d’un dispositif original d’intervention culturelle du Ministère de la Jeunesse et des Sports, Document INJEP n° 25, 1996.
Revue Cassandre n°63 "Education populaire, avenir d’une utopie" automne 2005 : [ENCART sur les stages de réalisation pages 20-22]