Histoire de vie collective et éducation populaireLa pratique des histoires de vie (ou récits de vie) vise à faire exprimer des histoires individuelles par ceux qui les vivent. Ces histoires ont aussi une dimension collective, elles retracent la vie d’un village, d’un groupe, d’une ville, de territoires, de communautés. Cette pratique n’est pas véritablement née grâce à l’éducation populaire ; mais elle a beaucoup à voir avec elle (avec certaines autres méthodes et avec ses finalités) et les acteurs de l’éducation populaire s’intéressent à cette pratique depuis quelques années en lien avec des ateliers d’écriture, du théâtre, de la production audiovisuelle et des démarches liées au travail sur la mémoire/ l’identité/le collectif/la culture.
Ces histoires de vie peuvent être exprimées par le biais de l’oral, par l’écrit, le théâtre, ou tout autre média (vidéo, audio, photo…). Parcours MEDIASDans cette démarche, les savoirs s’approprient par la production, la concrétisation et la restitution de cette histoire de vie collective : écriture, enregistrement audio, théâtre…
Positionnement : "Au travers de l’expression "histoire de vie" nous sommes sensibles à une culture qui se pense et se dit "du bas", qui sort des tréfonds du social et du quotidien pour dessiner des lignes de sens ; produire des traces" ; introduction à l’ouvrage Histoire de vie collective et éducation populaire, les entretiens de Passay" L’Harmattan, 2000.
La pratique des histoires de vie collective soutient une posture qui est la défense du "faire avec" dans une visée de démocratie culturelle ; les Construire son histoire de vie : enjeu de démocratie culturelleacteurs construisent eux-mêmes leur histoire de vie (avec éventuellement des "passeurs", "accompagnateurs") ; ils en sont les auteurs. La logique de construction/création collective qu’elle met en œuvre tient de l’éducation populaire comme travail de la transformation sociale en agissant sur les groupes, la mémoire, l’identité et en visant à l’action sur son environnnement. Elle s’oppose à des logiques exclusivement consommatoires et crée une forme de culture populaire / culture de résistance ; avec tout l’enjeu de permettre au final une action sur le milieu et de dépasser la "chronique" ou le témoignage sans effet. Elle se rapproche ainsi de pratiques émancipatrices et conscientisantes prônées par l’éducateur brésilien Paulo Freire.
2439"Expressions de culture populaire et perspectives éducatives" article de Pierre Simiand dans "Histoire de vie collective et éducation populaire, les entretiens de Passay" L’Harmattan, 2000.
(Après avoir évoqué l’expérience d’écriture de vie de Marthe, une octogénaire qui a rédigé son histoire en provençal, récit que l’auteur qualifie de témoignage d’éducation populaire, l’auteur fait le lien avec celle-ci)
"Le lien est direct entre histoire de vie et éducation populaire. L’éducation populaire, c’est tout d’abord une transmission de savoirs, de savoir-être, de savoir-faire, de savoir-vouloir. Ceci se joue en fonction de savoirs vécus. Si tu ne fais pas appel au vécu des gens tu ne vas pas rendre ces gens-là eux-mêmes formateurs. Alors que c’est le but. C’est l’évidence. Je pense que c’est pour cela qu’il y a tant de personnalités riches chez les acteurs de l’éducation populaire. L’éducation populaire c’est une action publique qui part de la singularité."
2439"Démarche d’éducation populaire en histoire de vie collective" article de Marie Jo Coulon dans "Histoire de vie collective et éducation populaire, les entretiens de Passay", L’Harmattan, 2000.
"La démarche d’éducation populaire nécessite de l’inventivité pédagogique en histoire de vie collective comme ailleurs pour que cette expérience commune dépasse la simple chronique et permette une action sur le milieu. En éducation populaire, l’élaboration se pense ensemble et le projet se cogère."
"La démocratisation culturelle passe par la création et non exclusivement par la consommation de produits culturels. (…) En France, ces productions par et avec les gens sont très souvent perçues comme des sous-produits culturels, mais c’est le soubassement de l’éducation populaire."
" Il va s’agir ici, non de banaliser cette notion de résistance mais de l’inscrire dans une démarche lucide où le risque pris, tout petit qu’il soit, va parfois, dans un second temps, engendrer des solidarités plus larges. La pédagogie de l’éducation populaire consiste à autoriser et accompagner cette prise de risque. Elle ne se situe pas dans la réparation sociale mais dans la transformation sociale."
"Dans ce cadre-là, la première des résistance est la résistance au consensus systématique, à la lecture univoque et affadie du passé."
Mémoire des quartiersPour Marie Jo Coulon, certaines pratiques de l’éducation populaire regoignent l’histoire de vie collective : enquêtes de milieu, témoignages… pratiques qui sont utilisées pour mettre au jour des situations et les décrypter. L’histoire de vie collective modifie les rapports et les regards au sein d’un groupe ; il s’agit donc bien d’un processus de formation/ comme processus de transformation. La fonction de valorisation et de réhabilitation (des auteurs, des expériences, du témoignage, d’une culture) dans les histoires de vie collective ou en collectivité est bien évidemment un élément important dans la diffusion de cette pratique.
ATD Quart Monde utilise la pratique de l’histoire de vie mais dans une dimension plutôt individuelle, l’histoire de vie y fait exister la personne/la famille (du Quart Monde). Le mouvement ATD Quart Monde conserve les histoires de vie dans un endroit appelé "le Sommier" et en publie certaines.
La pratique des histoires de vie collective est à rapprocher d’initiatives attenantes à la mémoire collective (recueil, élaboration, production, transmission), notamment celles de type "mémoire de quartiers" qui peut passer par une réalisation audiovisuelle ou artistique par les habitants ; éventuellement en partenariat entre ville/habitants/artistes/associations.
Ressources
- Revue Pour n°181 "Mémoires partagées, mémoire vivante" mars 2004
- "Histoire de vie collective et éducation populaire, les entretiens de Passay" L’Harmattan, 2000. Coulon Marie Jo et Le Grand Jean-Louis
- "Emancipation et connaissance, Les histoires de vie en collectivité". Patrick Brun. L’Harmattan, 2001.
- Patrick Brun, Thèse de doctorat en Sciences de l’Education sous la direction de Gaston Pineau : "Connaissance émancipatoire et histoire de vie en collectivité. Les pratiques du mouvement ATD Quart Monde", Université de Tours, 10 juin 1997.
- Journée d’étude internationale le 9 juin 2006 : "Mémoire, territoire et perspectives d’éducation populaire", organisée par le Laboratoire Experice, Université Paris 8.
Lien : http://calenda.revues.org/nouvelle6…