Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire boutique english français

L’éducation populaire à l’épreuve des nouvelles technologies

Imprimez cet article  | Partagez cet article  ›› 
L’Injep et ses partenaires se sont associés à une rencontre des acteurs de l’éducation populaire pour échanger expériences et analyses sur les technologies de l’information et de la communication. Et leurs impacts sur les pratiques et les métiers.



Du 25 au 26 octobre 2007, la Fédération régionale des Maisons de jeunes et de la culture Poitou-Charentes (FRMJC), la Fédération française des Maisons de jeunes et de la Culture et l’Injep ont organisé à Poitiers une rencontre d’acteurs sur le thème des opportunités nouvelles en matière d’éducation populaire offertes par l’Internet.

Intitulée « Internet : un monde à s’approprier, outil pour s’approprier le monde… Vers les nouvelles formes d’actions collectives et d’éducation populaire ? », cette manifestation a également bénéficié du soutien de la direction régionale de la Jeunesse et des Sports, du centre régional d’information jeunesse (CRIJ) de Poitou-Charentes, de la Fédération des centres sociaux de Vienne, des Francas et du mouvement d’éducation à l’image et aux médias, Apte.

Pour les quelque 120 participants issus du monde associatif et des mouvements de jeunesse, il s’agissait d’analyser l’impact de la révolution numérique sur leur secteur d’intervention, de confronter les pratiques et de déterminer les enjeux éducatifs.

Menu non exhaustif des thèmes abordés au cours de cette rencontre : nouvelles formes d’actions collectives, cyberdépendance, construction collective de l’intelligence et partage des savoirs, éducation à l’image et aux médias, cybercitoyenneté…

Richesse des sujets, richesse des débats. Tous témoignent de la volonté des organisateurs de ramener les dérives et les dangers des TIC à leur juste proportion, de souligner la part écrasante des expériences concluantes, des voies tracées, des aubaines et des espoirs soulevés par cette « troisième culture ».

« Une troisième culture qui rivalise avec la production et la diffusion de savoirs institutionnels et annonce « l’avènement d’un tiers-état culturel (…), début d’une révolution mentale » , annonce le mensuel Sciences Humaines. C’est un fait : la jungle prolifique du Web mêle blogs personnels, journaux en ligne, brûlots politiques, sexe, philosophie, débats citoyens, vidéos, musiques, manuscrits antiques et photos du petit dernier. Le beau, le laid, l’intime, le public, mercantilisme et altruisme s’offrent sans nuance sur les moteurs de recherche, rompant avec les barrières et les représentations morales du savoir enseigné. Du coup, face aux enjeux, notamment éducatifs, la tentation est grande pour le professionnel de jeunesse de camper un rôle de protecteur.

Approche sécuritaire des TIC

« Il ne s’agit pas d’abandonner toute vigilance et de se livrer aux louanges sans réserve des technologies de l’information et de la communication, mais j’ai tendance à penser que trop d’acteurs de jeunesse, de vie associative et d’éducation populaire envisagent spontanément les technologies de l’information et de la communication sous le seul angle du danger, des dérives néfastes, des mécanismes à mettre en place pour protéger les mineurs, explique Chantal Dahan, responsable du pôle Culture à l’Injep. Cette approche sécuritaire occulte les initiatives extraordinaires prises par certains. Surtout, elle ne permet pas d’appréhender sereinement les potentiels de cette civilisation numérique qui se construit jour après jour, et modifie radicalement les usages des acteurs associatifs, des jeunes et de ceux qui les accompagnent. »

Ainsi l’association Les yeux d’Izo, basée à Poitiers, a diffusé sur son site 100 documentaires correspondant aux 100 jours de la campagne présidentielle. Cent documentaires signés par des réalisateurs, dessinateurs et amateurs exprimant une autre vision de la politique tout en sensibilisant les citoyens sur le rôle et l’impact de l’image sur l’opinion publique. Les technologies de l’information et de la communication ont été également investies par la Maison pour tous de Châtellerault dans le projet d’échanges de jeunes et de partage des cultures entre la France, l’Espagne, l’Argentine et le Chili. Un site Internet a ainsi été créé pour prolonger les échanges et informer les familles du périple de leurs enfants au pays de Borgès.

Autre exemple : Wiki-brest. À la fois encyclopédie, atlas, recueil de carnets, auditorium numérique, il a regroupé sous l’égide de la Ville de Brest pas moins de 400 contributeurs, habitants, associations, enseignants, bibliothécaires, pour constituer un document exceptionnel de 600 pages. Avec 600 000 visites au bout d’un an d’existence, Wiki-brest s’est imposé comme un creuset de production et de diffusion des savoirs à l’échelle du territoire.

Citons enfin, le projet de lutte contre la cyberdépendance du centre d’information jeunesse (CIJ) d’Angoulême ou le travail de promotion des logiciels libres, comme outils d’éducation populaire et de construction de savoir collectif, réalisé par les associations Goto 10, Scideralle et April.

« Démocratie cognitive » pour les uns, « sous-culture », pour les autres, une chose est sûre : le Web bouleverse les sociétés humaines, comme elles ne l’ont jamais été depuis l’invention de l’écriture et de l’imprimerie dans leur temps. Les jeunes sont aux premières loges face à cette lame de fond. Il est urgent que les professionnels qui les accompagnent en prennent la mesure. Et qu’ils intègrent véritablement l’outil dans leurs pratiques éducatives.

Mise en ligne vendredi 1er février 2008

Mot(s) clé(s): Éducation populaire