Pendant trois ans, à l’initiative du MJSVA, l’Injep a assuré le suivi d’une expérimentation autour des loisirs éducatifs des 11-15 ans sur neuf sites différents avec le concours sur chacun de ces sites d’un référent « jeunesse et sports ».
La première année, chaque opération avait bénéficié d’un soutien financier exceptionnel de lancement de 8000 euros pour chacun des projets retenus. L’expérimentation s’est prolongée sur trois ans avec une implication variable mais continue de l’ensemble des acteurs réunis dans un « comité national de pilotage » : élus locaux, services municipaux, associations, services déconcentrés de jeunesse et sports comme de l’administration centrale du Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative et naturellement de l’Injep.
Cinq réunions d’échange, extrêmement riches, se sont tenues au niveau national entre les différents acteurs, complétées par des visites sur la plupart des sites par l’Injep. Une enquête a également été réalisée par questionnaire auprès de chacun d’entre eux et des entretiens plus approfondis ont été menés avec des jeunes sur deux communes. L’échantillon retenu comprenait volontairement des collectivités de taille et de nature différentes.
En arrière fond de cette expérimentation, le constat dressé unanimement : celui de la crise des structures d’accueil destinées à la tranche d’âge des 11-15 ans. Ils ne se reconnaissent plus dans les activités que leur proposent les centres de loisirs traditionnels qu’ils ont jusque là fréquentés et les structures destinées aux jeunes en général, ne les prennent pas en compte. Ils désertent alors massivement les équipements publics de proximité et les activités qui leur sont proposées.
Au-delà de ces considérations notons qu’en terme de politique publique, cette tranche d’âge, en gros celle des « années-collège », échappe très largement aux dispositifs qui s’adressent soit aux plus petits, « les enfants », soit aux plus grands « les jeunes ». C’est ainsi, par exemple, qu’ils échappent à un dispositif comme les projets éducatifs locaux qui touchent surtout des élèves des classes primaires.
Tout se passe comme si ces années représentaient une sorte de point aveugle des politiques publiques. Trou noir qui recoupe celui des sciences sociales : jusqu’à une date récente les travaux de sociologie traitaient peu de cette question.
« l’adolescence n’est pas une maladie » !
L’ouvrage récent de François de Singly, « Les adonaissants » apparaît ici comme pionnier. L’essentiel de la recherche était laissé à la psychologie avec même une forte médicalisation des problématiques comme si on continuait à considérer, malgré les mises en garde du grand psychanalyste Winicott que « l’adolescence n’est pas une maladie » !
À travers cette expérimentation, l’ambition du « comité national de pilotage » était de disposer d’une analyse plus précise des attentes des 11-15 ans en matière de loisirs et de dégager des pistes pour y répondre. Le groupe partait du constat commun que, même si les difficultés ne commencent pas à onze ans, cet âge est un moment de rupture. C’est une période de construction, de dépassement de soi qui passe souvent par des attitudes de provocation, de révolte et se traduit par la réticence à fréquenter une structure, voire à leur rejet.
Les attitudes très consommatrices et de « zapping » sont le lot courant des adolescents à l’image d’ailleurs de notre société. Ils manifestent également une grande difficulté à s’impliquer dans un projet, à aller jusqu’au bout, même s’ils ont été associés à son élaboration alors qu’un peu partout l’impératif du projet devient la règle.
De façon générale, ils semblent manifester une grande difficulté de fidélisation que ce soit à un lieu, à un groupe si ce n’est celui des pairs, à une idée. Une revendication essentielle : avoir un lieu de rencontre, uniquement pour eux (elles), sans contrainte.
Jean-Claude Richez, responsable Uref/Injep
Télécharger la note de synthèse de l’expérimentation "l’accueil des 11-15 ans dans le temps de loisirs".
Ce dossier a été réalisé par l’Unité de la recherche des études et de la formation de l’Injep (Chantal de Linares et Jean-Claude Richez) avec le concours du MJSVA (Sylvie Martinez et Robert Faruggia)ainsi que David Millerot (CEPJ) et Jean-Marie Bataille et grâce aux acteurs des différents sites. Ce document n’engage naturellement que la responsabilité de l’Uref-Injep à qui a été confiée une mission de suivi de l’expérimentation.
Contact : richez[at]injep.fr
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