Origines de l’entraînement mental
Méthode de formation intellectuelle mise au point par Joffre Dumazedier en 1942, fondateur du mouvement Peuple et Culture. Elle est destinée au départ à la formation des militants associatifs. Elle sera développée au sein du mouvement Peuple et Culture, puis diffusée plus largement et évoluera en conséquence. Avant d’être une méthode, l’entraînement mental comme d’autres méthodes de formation, a été une pratique sociale. Entre la conception de cette pratique par Joffre Dumazedier et l’ouvrage de Jean-François Chosson qui l’a popularisée ("L’entraînement mental" publié en 1975), 30 ans se sont écoulés. Joffre Dumazedier s’inspire des pédagogues modernes, mais aussi de Valéry et Alain, auteurs qui proposent d’appliquer au domaine de l’esprit les principes de l’éducation physique. Il est aussi influencé ; comme d’autres, par la lecture du livre de Lefebvre Henri : "Critique de la vie quotidienne" paru en 1945, qui contient en germe les principes de l’entraînement mental.
Conçu comme un art de penser, une méthode d’autoformation, qui vise à réduire l’écart entre savoirs ordinaires et savoirs savants, l’entraînement mental correspond aux volontés exprimées dans le Manifeste de Peuple et Culture publié en 1945 : "Il ne s’agit pas de donner à l’esprit des connaissances mais de développer ses facultés (…) nous développerons cette musculature par un véritable entraînement mental".
Joffre Dumazedier a conçu cette méthode en observant la démarche de Bénigno Cacérès, charpentier, autodidacte et écrivain, cofondateur de Peuple et Culture.
Applications et diffusion de l’entraînement mental
Ainsi, la première formalisation de l’entraînement mental en 1946 est clairement destinée aux militants associatifs. Il s’agit d’un ouvrage collectif (épuisé) : "26 fiches d’entraînement mental", édité par l’association Peuple et Culture qui regroupe une série d’exercices centrés sur les problèmes rencontrés par les militants. L’objectif de ces exercices est d’acquérir les mécanismes de la description, de la définition et de l’organisation de l’action.
D’autres séries de documents viendront formaliser encore les méthodes de l’entraînement mental ; les fiches réalisées à partir de séances de formation de cadres au Maroc (en 1964, document ronéoté, non publié, Peuple et Culture) et un document d’accompagnement rédigé par Joffre Dumazedier en 1963 ("Réflexions sur l’entraînement mental", Peuple et Culture).
De là, vont se dessiner plusieurs tendances :
- Rejet total de ces méthodes en invoquant l’importance essentielle du vécu du groupe et de l’affectif,
- Tendance à faire découvrir aux participants d’un groupe les démarches à suivre par eux-mêmes sans didactisme,
- Tendance à se focaliser sur l’expression du corps ("Libérons les corps"),
- Tendance orthodoxe qui se refuse à la confusion des genres et continue la pratique traditionnelle de l’entraînement mental.
Enfin, Jean-François Chosson (qui a été président de Peuple et Culture de 1989 à 1995) a publié deux ouvrages de référence sur l’entraînement mental, le premier en 1975 ("L’Entraînement mental") dans un contexte économique et social favorable (la croissance). L’auteur affirme que de ce fait, l’entraînement mental version 75 "procède de la tendance dominante, à savoir la société programmée grâce aux vertus de la planification scientiste". Son ouvrage plus récent ; "Pratiques de l’entraînement mental" est paru en 2002 et fait le point sur les évolutions de ces méthodes (ouvrage qui a servi de support à ce chapitre).
Dans cet ouvrage, Chosson a établi, sur la base de 50 entretiens avec des formateurs de l’entraînement mental sept catégories de praticiens – formateurs :
- Le militant : désire transformer le monde et se réfère à une idéologie forte
- Le décideur : utilise l’entraînement mental pour négocier des consensus
- L’animateur : aide un groupe à clarifier ses objectifs
- Le rhétoricien : forme en sessions courtes des groupes à l’expression orale ou écrite
- Le conseiller de méthodes : explicite et s’appuie sur les théories des sciences sociales
- Le "savant" : auteur de rapports, d’études, conceptualise une problématique
- L’enseignant : formalise la démarche de groupe, utilise la pédagogie des représentations
L’entraînement mental aujourd’hui ?
En 1989, Bénigno Cacérès dans le premier numéro de la lettre de Peuple et Culture fait le bilan des méthodes inventées par Peuple et Culture et se montre critique par rapport au fait que ces méthodes ont progressivement été abandonnées par le mouvement et qu’elles se diffusent ailleurs. L’année d’après (1990), le mouvement remettra en place quelques unes de ces méthodes et fera son université d’été la même année sur "les pratiques actuelles de l’éducation populaire".
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