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Journée du refus de l’échec scolaire 2011 : contribution de l’INJEP

Par Jean-Claude Richez, coordonnateur de la mission observation/évaluation de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP)

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Pour la quatrième édition de la Journée du refus de l’échec, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) a invité, le 21 septembre, ses partenaires à réfléchir sur les effets néfastes de la pression scolaire sur les familles. Dans son intervention, le coordonnateur de la Mission observation/évaluation de l’INJEP se fonde sur les enquêtes FONDAPOL et PISA pour dénoncer cette « surpression » scolaire aux conséquences tout à fait négatives. Selon Jean-Claude Richez, celle-ci conduirait notre institution scolaire au bord de l’implosion et pèserait lourdement sur la perception qu’ont les jeunes de leur avenir.

"L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) est associé depuis son lancement à la Journée du refus de l’échec scolaire. Nous y participons à un double titre, à la fois comme Institut de la jeunesse et Institut d’éducation populaire. Comme Institut de la jeunesse parce que l’échec scolaire pèse lourdement sur la socialisation des jeunes, leur parcours professionnel, leur passage à la vie adulte, leur intégration dans la société et représente pour celle-ci un coût considérable.

Comme Institut d’éducation populaire parce que l’échec scolaire signifie trop souvent un échec en général pour le jeune. La réussite en France continue à être confondue avec la réussite scolaire et fait l’impasse précisément sur la place des familles, des associations et de l’éducation populaire, de façon plus générale de l’éducation non formelle (dans un cadre associatif) et informelle (en dehors de tout objectif éducatif explicite).

En tant qu’Institut de la jeunesse et de l’éducation populaire, de notre position d’observatoire, sortir des seules logiques « d’éducation scolaire » nous apparaît comme un enjeu décisif aussi bien pour les politiques éducatives et de jeunesse que pour les familles et les jeunes eux-mêmes.

Les familles face à la pression scolaire

La pression scolaire peut être paradoxalement contre-productive dans un processus éducatif, comme l’ont montré les travaux de chercheurs qui ont mis en avant cette spécificité française d’un système éducatif élitiste et méritocratique qui peine à remplir ses ambitions démocratiques. Pourquoi ? Parce que cette pression existe dans la mesure où l’école classe dès le plus jeune âge les élèves en fonction de leurs performances et que ce classement tout au long du parcours scolaire va influer sur le destin professionnel et social des enfants tant le poids du diplôme en France est important. Cette « surpression » scolaire qui s’exerce sur les familles comme sur les enfants a des conséquences tout à fait négatives et conduit notre institution scolaire au bord de l’implosion. Elle pèse lourdement sur la perception qu’ont les jeunes de leur avenir comme l’a mis récemment en évidence une enquête de la Fondapol . Elle se traduit pourtant par le lent fléchissement des performances de notre système scolaire comme le constatent régulièrement les enquêtes PISA . Il va de soi que cette pression s’exerce sur les familles : comment ces dernières pourraient-elles échapper au souci de voir leurs enfants réussir à l’école pour réussir dans la vie, quand on sait qu’aujourd’hui plus qu’hier l’échec scolaire risque d’être un échec social ? Alors que l’éducation devrait être globale, ouverte fondée sur des interactions entre une grande diversité d’acteurs éducatifs dont essentiellement les familles, alors que devraient être privilégiées des logiques d’expérimentation pour des enfants amenés à vivre dans un monde en pleine transformation, des parcours diversifiés ponctués par des « droits à l’erreur », à des essais non définitifs, des modes d’apprentissages formels, mais aussi informels et non formels, on voit des familles enfermées dans des logiques de sur-scolarisation, y compris dans les loisirs de leurs enfants, avec des inégalités générées par un système envahi par le marché.

La pression scolaire est facteur d’angoisse et non d’envie d’apprendre ; elle enferme les enfants et les familles dans la peur de l’avenir, mais elle contribue aussi à délégitimer et exclure les acteurs éducatifs essentiels que sont les familles et les associations, ainsi que le secteur de l’éducation populaire. À travers ce processus, les ressources éducatives en dehors du cadre scolaire ne sont pas prises en compte, elles sont minorées, voire ignorées. C’est un comble dans une société de l’information et de la communication qui contribue à une très large dissémination des ressources éducatives et à la multiplication des acteurs éducatifs dans la sphère privée mais aussi publique. Ces ressources nombreuses renforcent l’importance des dimensions informelles et non formelles de l’éducation.

Refuser aujourd’hui l’échec scolaire, c’est notamment faire une place plus grande aux familles, dans notre système éducatif, dans une véritable logique de co-éducation. C’est reconnaître que l’enfant n’apprend pas seulement à l’école, mais que l’expertise d’usage des familles en matière de transmission, de regard sur le monde, de connaissances, même si elles ne répondent pas aux seuls critères académiques, sont légitimes Mieux associer les familles, c’est d’abord les reconnaître comme acteurs légitimes du système éducatif au-delà de la seule sphère privée. On ne peut pas tenir le discours sur la démission des familles et, dans le même mouvement, ne pas leur reconnaître de compétence éducative. Prendre en compte les familles, c’est aussi faire une part aux enfants non seulement comme sujets de l’éducation, mais aussi comme acteurs ainsi que l’indique la Convention internationale des droits de l’enfant dont la France est signataire. Les enfants sont parties prenantes des compétences éducatives des familles. C’est à eux que revient ce désir de comprendre le monde, ce désir de grandir, de trouver leur place dans la société : c’est pourquoi on ne peut penser l’éducation sans eux.

Diminuer la pression scolaire sur les familles, c’est d’une certaine manière renforcer la « pression éducative » sur celles-ci en prenant mieux en compte leur rôle éducatif dans des logiques d’éducation partagée. Il y a aujourd’hui nécessité de refonder notre système éducatif en prenant enfin en compte le fait qu’il repose sur trois pôles : l’école, les familles, les associations et, en particulier, les associations d’éducation populaire. C’est aussi savoir utiliser au mieux les ressources de nos territoires, de l’ensemble des acteurs et des ressources éducatives dans une logique de villes éducatrices, de territoires apprenants."

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Mise en ligne le jeudi 29 septembre 2011
Modifiée le mardi 4 octobre 2011

Mot(s) clé(s): Pédagogie
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