1) Que peux-tu dire de ton expérience dans les milieux de l’éducation populaire et de ses liens avec ta pratique actuelle ?
Les fédérations, je les ai ressenties comme des gens "finis", morts intellectuellement et politiquement, des gens aussi "responsables mais pas coupables " que les journalistes le sont de l’évolution misérable de leur profession.
Dans l’association STAJ (Service technique pour les activités de jeunesse), j’ai découvert le mythe de l’éducation populaire mais je n’ai jamais rencontré son incarnation dans des pratiques régulières, installées, si ce n’est dans la formation BAFA et BAFD où se transmettent certaines valeurs…, mais on pourrait appeler ça tout autant de l’humanisme. J’ai découvert donc un mythe et parfois des gens et des actions où je pouvais imaginer que c’était ça. Globalement, c’est une association de classes moyennes, de babos et de militants bien entre eux. Ils apprennent à gérer le pouvoir, la fonction d’employeur, c’est une manière d’éducation populaire également.
Ce que je fais est de l’éducation populaire au premier degré, populaire au sens d’accessible à la population dans sa diversité, populaire également au sens de orienté vers des classes populaires, des activités qui trouvent plus particulièrement un écho dans les quartiers de grands ensembles, même si ce travail est plus récent. La parole donnée, recueillie, libère quelque chose dans le regard des gens et leur parole mise en public apporte autre chose. Je n’ai pas encore de mots précis pour en parler mais je l’éprouve à chaque intervention. Cela ne dure qu’un temps mais c’est particulièrement palpable chez tous ceux dont les paroles pèsent peu d’ordinaire : jeunes, tout vieux, gens de quartier, …
Sur le lien entre mouvements d’éducation populaire et mon travail, j’ai gardé de ma formation un concept (qui est en fait un concept de pédagogie et d’éthologie peut-être) que j’utilise pas mal : l’interaction spontanée entre les personnes et leur milieu : je crée de l’activité spontanée en apportant dans un milieu ordinaire des dispositifs nouveaux ; je créé des interactions.
2) Penses-tu qu’il y ait des méthodes spécifiques à l’éducation populaire, lesquelles ?
Aucune méthode, toutes les méthodes. Il n’y a pas de disciplines dans l’éducation populaire, il y a ou non l’intelligence de trouver les outils adaptés aux projets et contraintes. Des gens sans imagination et sans conviction vont vite conclure que leur public (élèves, jeunes, adultes) n’est pas un "bon" public.
Tes actions dans la rue en sont-elles une émanation ?
Non, pas particulièrement.
3) Te réfères tu à l’éducation populaire pour décrire tes actions ?
Oui, je fais partie de cette histoire, dans une filiation politique, historique mais pas technique. Ce que je fais, c’est de l’animation populaire à visée politique et pas de l’animation divertissement : un travail sur la parole et des rencontres entre milieux qui s’ignorent. L’éducation populaire est plus importante pour les gens qui parlent que pour les gens qui font (beaucoup n’ont pas besoin de termes ou de cases pour faire de l’éducation populaire).
4) Au sujet de l’actualité de l’éducation populaire, penses-tu qu’il y ait un renouveau ? Quels en sont les signes et les raisons selon toi ?
Il y a un renouveau des pratiques militantes (cf. revue Tumultes consacrée à la question), pas spécifiquement éducation populaire, mais une excitation intellectuelle autour du concept "porteur" (au sens noble autant que récupération minable) d’éducation populaire.
Des signes : flashmobs, bookcrossing, grand don, slam, Hakim Bey (Zone d’autonomie temporaire), sous commando Marcos, Miguel Benasayag, Atelier d’architecture autogéré, Yes Men, CIRCA (armée clandestine des clowns rebelles), "La ville est à vous" (Genève)…entre autres
Des signes avant coureurs : repas de quartier, S.E.L, MRERS, réquisition de richesses par les chômeurs, 1995.
Des raisons : là où il y a danger, là aussi croît ce qui sauve (Hölderlin). Je crois dans les cycles. A un moment, il faut créer, c’est humain. Il y a toujours des gens pour inventer des solutions quand la plupart pensent qu’on ne peut rien faire.
Blog de l’association Matières Prises http://matieresprises.blogspot.com
Agenda



