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Interview de Denis Adam

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Denis Adam denis.adam8@wanadoo.fr

Présentation rapide Secrétaire général du Syndicat d’éducation populaire (SEP) ; ex chargé de recherche et de formation à l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP) et CEPJ (Conseiller d’éducation populaire et de jeunesse) spécialité communication.

1) En tant que Secrétaire général du SEP, que peux-tu dire du rôle de l’Etat par rapport à l’éducation populaire en France ? L’Etat a été fortement acteur de l’éducation populaire à deux périodes historiques : le Front populaire dont nous fêtons les 70 ans et la Libération. Dans les deux cas, il s’agissait d’accompagner la construction sociale et l’avenir du pays. Aujourd’hui les mêmes questions de vivre ensemble, d’identité et de culture communes, de justice sociale se posent. L’Etat dans sa mission éducatrice doit donc se réinvestir dans une politique d’éducation populaire. Il doit à la fois renforcer ses modes d’intervention dans ce domaine par l’action de ses agents (CEPJ…) mais aussi par son soutien aux associations JEP (Jeunesse et Education Populaire) et par ses orientations politiques dans ce domaine, et inscrire dans une loi-cadre, parallèle à la loi d’orientation sur l’école, le développement de ce secteur et l’articulation des missions des différents acteurs (associations, collectivités territoriales, Etat).

2) Au niveau international ; que sais-tu de l’éducation populaire ailleurs et de ses relations avec l’éducation populaire en France ? Que nous n’en savons pas assez ! Les mots ne sont pas toujours les mêmes, les réalités ne se recoupent pas toujours et pas partout. Pour autant l’éducation populaire est présente partout sous des formes originales selon les pays, davantage marquée par la religion dans les pays scandinaves, plus proche du mouvement ouvrier en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, plus synonyme de solidarité avec les plus pauvres en Amérique centrale et du Sud, aménagée à la réalité locale mais copiée sur l’occident en Afrique. Certains mouvements ont des ramifications européennes ou internationales… pour autant les échanges restent rares, les politiques inexistantes !!! 3) Au niveau actualité, que penses-tu de l’idée du renouveau de l’éducation populaire ? Elle l’est dans les discours. Se développera-t-elle en acte ? La situation actuelle de crise de civilisation nécessite de trouver des réponses, l’éducation populaire en est une. Elle redevient un enjeu politique lié à l’altermondialisme, à la solidarité, aux classes populaires. Le risque c’est qu’elle en reste au discours et à la dérive du populisme : le peuple c’est surtout des électeurs pour des politiques or l’éducation populaire vise à l’émancipation et non à un nouvel embrigadement. Il faut sortir des querelles de chapelles pour savoir si on fait de la vraie éducation populaire ou pas et mettre en oeuvre réellement ses démarches et ses objectifs de transformation sociale.

4) Concernant les méthodes de l’éducation populaire, dans le cadre de ton expérience de CEPJ ou/et de syndicat, peux-tu en dire un mot (méthodes spécifiques à l’éducation populaire…) ? Qu’ont-t-elles de spécifiques ? Lesquelles ? Quelles sont les méthodes qui te semblent correspondre et qui seraient utiles dans le contexte actuel ?

Je ne sais pas si l’éducation populaire à des méthodes propres, elle articule méthodes, démarches et objectifs. Puisqu’elle prône l’émancipation, elle ne peut que favoriser les méthodes d’éducation actives ou participatives. Il s’agit en permanence de réfléchir, d’échanger et de produire, de créer (c’est pourquoi on pourrait parler de l’articulation "de l’atelier et de l’agora"). L’étude de cas, le jeu de rôle, le stage, le cercle d’étude, le théâtre forum, l’entraînement mental sont-elles des méthodes spécifiques de l’éducation populaire, je ne le pense pas. Mais mis en oeuvre dans le cadre d’une démarche de découverte, de compréhension du monde et de possibilité d’agir sur son évolution, ces outils permettent une véritable appropriation des découvertes, une construction collective de connaissances, la possibilité de faire oeuvre de créativité et d’expression. Aujourd’hui de nouvelles méthodes peuvent exister ou être inventées, la réappropriation de l’espace public, l’utilisation des TIC… peuvent être au service de l’éducation populaire si elles servent ses finalités.

5) Par rapport aux médias ; les acteurs de l’éducation populaire ont-il des usages spécifiques ? Penses-tu qu’ils se soient saisis des enjeux liés aux médias dans le temps et aujourd’hui ? Dans le discours les acteurs de l’éducation populaire ont très vite compris le rôle des médias dans l’éducation à la citoyenneté. Lorsque Zola écrit "J’accuse" dans l’Aurore que fait-il d’autre que former des citoyens ! Les actes auront bien plus de mal à suivre. La tentative sera réelle sur la radio mais de courte durée (une petite dizaine d’années à peine). L’approche de la télévision sera un échec avec un repli sur la vidéo. Aujourd’hui on retrouve avec les sites internet le même usage majeur qu’avec la presse écrite : l’idée de faire son média davantage comme moyen d’information qu’outil de communication. Le manque est surtout sur le volet éducatif. Les médias occupent une place essentielle dans notre société, comprendre et agir sur le monde nécessite de connaître les médias, de savoir les décoder, les utiliser… L’éducation populaire a plutôt tendance à s’en méfier ou à s’en éloigner. Même lorsqu’ils fabriquent leurs propres médias les acteurs de l’éducation populaire n’ont ni la formation, ni le réflexe, ni les outils pour réfléchir et construire des médias au service de l’éducation populaire : participatifs, collaboratifs, favorisant l’échange, le débat, la créativité, l’esprit critique,….

6) Enfin, quel rôle peut jouer l’éducation populaire dans l’espace public actuel ? Justement, la question qui se pose à l’éducation populaire aujourd’hui c’est la réappropriation par les gens de l’espace public, justement pour en faire l’agora, le lieu d’échange et d’élaboration des politiques publiques de la cité, donc le lieu d’exercice de la citoyenneté. Or cet espace est confisqué et le peuple pense qu’il n’est pas pour lui. Il faut donc lui permettre de le réinvestir. Ce lieu peut être un espace matériel (la place, la rue, l’école, la mairie…) mais il est aussi un lieu symbolique de l’expression, de l’échange, du faire et du dire… Du coup on voit bien en quoi les médias peuvent jouer un rôle d’espace public…

Mise en ligne le lundi 4 février 2008
Modifiée le mardi 15 avril 2008

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