J’étais dans le mouvement de la communication sociale des années 80. En 1974, j’étais à New York, j’ai observé le mouvement communautaire. C’était l’époque des télés câblées, du mouvement de la vidéo, j’étais aussi un peu au Québec. Tout cela n’existait pas en France.
Au départ, je viens de l’image, de la photo, du cinéma. Mais je n’ai jamais appartenu à un mouvement. Dans les années 70/80, je ne connaissais pas le Ministère Jeunesse et Sports. La vidéo me semblait être un bon outil d’intervention sociale et un outil d’analyse critique. J’ai été prof de vidéo aux Beaux-Arts, c’était encore rare en France, la vidéo. Je deviens aussi réalisateur pour des associations, c’est une utilisation militante, pour la cause du peuple. C’était une époque assez animée et militante. Fin des années 70, je suis en Algérie quelques années.
Quand je reviens dans les années 80, le monde a changé. Je travaille dans la formation de travailleurs sociaux, je fais de l’initiation à l’audiovisuel, j’utilise toujours les outils techniques pour l’intervention sociale, dans une logique de création. Je fais ça pendant 10 ans. Dans les années 80, il y a eu les télés et radios locales, mais ça s’est vite terminé. Le monde a changé, aujourd’hui il y a l’Internet. Mais je n’ai pas investi l’Internet comme j’ai pu investir la vidéo.
En 81/82, je participe aux "Ateliers de la communication sociale", il s’agit de structures expérimentales. Il y a un appui de l’Etat, un budget. Je fais de la vidéo légère, je travaille avec la prison de Fresnes pendant 4/5 ans. A l’époque, c’était facile de trouver de l’argent pour ces expériences innovantes. Après, les acteurs ont changé. Moi, j’ai toujours été en marge, jamais encarté quelque part, sauf à Jeunesse et Sports ! J’ai souvent été au croisement de plusieurs mouvements.
Je suis CEPJ option communication sociale. Maintenant je fais surtout de la gestion de projet, toute l’expérience que j’ai c’est celle du terrain. Je travaille à l’Injep sur des projets comme "Envie d’agir" .
Dans les années 80, la vidéo est donc un enjeu important pour les associations. Aujourd’hui, pour utiliser autrement que dans une logique marchande, pour faire face aux grands groupes et être dans des logiques alternatives, c’est vraiment difficile à mettre en œuvre. Je pense aux EPN, Points Cyb etc. ; on sert d’agent de développement, d’intermédiaires vers le secteur marchand, ce n’est pas du contre pouvoir. L’éducation populaire, normalement, c’est du contre pouvoir. A côté du système libéral, l’éducation populaire est petite. Ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le faire, mais sans une volonté forte de l’Etat, elle ne peut qu’être un petit laboratoire. On est dans une période de confinement de la pensée alternative. L’Etat aurait pu faire des choix différents.
L’apprentissage du regard critique par rapport aux médias et aux images est quelque chose de permanent dans l’éducation populaire. L’école devrait aussi le faire, mais il n’y a pas de lieux. Il y a une première logique, c’est l’accès à la culture. L’autre, c’est de dire qu’il y a un trop plein d’accès en France et que le problème n’est pas là. L’offre n’est pas le problème, ce qu’il faut faire c’est l’éducation critique. La méthode a peu changé, c’est la participation. La philosophie d’Internet correspond bien à l’éducation populaire, il ne s’agit pas d’une culture centrée sur un lieu mais en réseaux.
Par rapport à l’Etat, la décentralisation peut amener à se repositionner sur cette question ; l’éducation populaire bénéficie des périodes de rupture. Aujourd’hui tout le travail à faire c’est repérer les réseaux. Il faut une méthodologie pour ça, pour redéfinir les acteurs, repérer les choses qui fonctionnent. Dans cette démarche, l’éducation populaire peut apporter beaucoup car ce n’est pas une logique verticale. L’éducation populaire peut avoir un rôle d’interface dans une logique où tout est remis en question. Il y a de la place pour les associations qui vont se glisser dans les interstices, et l’Etat perd son côté régalien. Les régions ne veulent plus de donneur d’ordres. C’est une période où les règles se redessinent.
Sur l’international : avec la logique de mondialisation tout va se redéfinir par rapport à ça. L’éducation populaire doit être en mesure de donner aux gens des repères dynamiques. Le rôle à assigner à l’éducation populaire, c’est d’aider les gens à comprendre ce qui se passe. Car ce ne sont pas les médias qui le font ; ils proposent une vue faussée et il faut une échelle plus longue, un regard critique et global. On a besoin d’utopie. On manque de théoriciens, sur la complexité ; l’éducation populaire doit faire une introduction à la complexité et travailler sur les méthodes pour faire cela. Le monde est devenu incompréhensible, on se réfugie dans des choses comme l’intégrisme car on n’a pas besoin de réfléchir avec ce genre de refuges. L’éducation populaire, c’est exactement le contraire de l’intégrisme. C’est l’ouverture à la compréhension de la complexité, c’est fuir le binaire.
Agenda



