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Entretien

Huguette Bonomi, chargée de mission au pôle Culture de la Fédération française des MJC : "La culture, support pédagogique essentiel"

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Injep : Quelle place la culture occupe-t-elle dans le projet des MJC ?
Dès leur création, en 1948, les MJC affirmaient le rôle central de l’action culturelle pour l’éducation et la construction individuelle des jeunes. L’assemblée générale constitutive déclarait : "Tout acte éducatif en direction des jeunes doit se construire dans une démarche culturelle et intergénérationnelle". Notre démarche éducative, qui expérimente une pédagogie pour rendre les jeunes acteurs de leur vie, trouve dans la culture, dans les pratiques artistiques, un support essentiel. Tout simplement parce que la connaissance du monde et des œuvres – la culture au sens large – est indissociable de la constitution de la personne. Elle est un bon support, un intermédiaire avec le monde. Il est plus facile pour les jeunes de s’adresser aux adultes par le biais artistique. C’est pourquoi aujourd’hui, même si les politiques publiques tendent à orienter notre action vers la prévention, ou l’offre d’activités "occupationnelles", nous réaffirmons notre priorité pour la culture.

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La Semaine des Jeunes Créateurs à Voiron : l’éducation artistique au sein des collectivités

Depuis 15 ans, chaque printemps voit la ville de Voiron (20 000 habitants), entre Lyon et Grenoble, se parer des couleurs de la jeunesse. La Semaine des jeunes Créateurs – spectacles vivants, projections de films, expositions – est le point d’orgue annuel de la politique d’éducation artistique menée par la Ville tout au long de l’année. Un travail qui réunit, autour de la direction des Affaires culturelles et de la salle de spectacle du Grand Angle (scène régionale), des établissements scolaires, les animateurs Jeunesse, les associations, les équipements culturels (médiathèque, conservatoire, musée) et des artistes, dans le souci d’offrir aux enfants et aux adolescents une expérience artistique de qualité, au contact de professionnels. Les artistes engagées dans cette démarche de transmission, notamment les créateurs en résidence dans les structures de la ville, animent tout au long de l’année des stages et ateliers, pendant le temps scolaire ou les vacances, avec les animateurs Jeunesse (à travers notamment les dispositifs de type Contrat Enfance Jeunesse) et la MJC. Cette mobilisation commune de tous les acteurs de la politique jeunesse et des structures culturelles a déjà abouti à une participation à la Biennale de la Danse de Lyon, et à l’organisation de grands spectacles de rue.

Injep : Comment cette priorité se traduit-elle en pratique ?
Les deux tiers des ateliers et cours proposés en MJC sont consacrés à l’enseignement des disciplines artistiques. Des week-ends ou des stages de vacances sont dédiés à l’apprentissage d’une technique particulière ou à la préparation d’une création. Depuis une quinzaine d’années les résidences d’artistes se sont beaucoup développées dans les MJC, même si elles connaissent actuellement un essoufflement par manque de moyens. Elles sont emblématiques de notre action, car nous défendons ce lien fécond entre les amateurs et les professionnels. D’ailleurs les MJC sont des pépinières pour de nombreux jeunes talents, y compris pour des artistes aujourd’hui reconnus – qu’on songe à IAM qui a démarré dans nos murs ! Enfin les MJC demeurent un lieu de création et de diffusion important. Elles mettent à disposition des lieux de travail et de représentation, et accompagnent dans leurs projets artistiques de nombreux jeunes. Notons que trois quarts des projets accompagnés comportent une dimension culturelle : c’est très important.

Injep : Comment les animateurs intègrent-ils la culture à leurs pratiques pédagogiques ?
Il faut noter que la demande vient beaucoup des jeunes, et qu’elle évolue selon les générations et les modes d’expression émergents. Il est parfois difficile pour les équipes éducatives ou de direction de s’adapter à des formes d’expression nouvelles, parce qu’elles ne font justement pas partie de leur propre culture. On l’a vu avec les cultures urbaines, ou le multimédia, qui ont souvent été traités comme des activités plus que comme des disciplines artistiques. Aussi la fédération propose-t-elle des modules de formation aux animateurs sur les pratiques artistiques, et notamment les nouvelles formes (musiques actuelles, danse hip-hop, etc). Nous sommes attachés à la pédagogie, parce que c’est à travers l’exigence artistique que se transmettent des savoirs, et que se font des apprentissages essentiels.

Mise en ligne le vendredi 20 février 2009
Modifiée le vendredi 20 février 2009

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