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Généralités sur les méthodes

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On oppose généralement les méthodes de l’éducation populaire au modèle traditionnel de l’enseignement ; cours magistral, maître/élève. Education que Paulo Freire appelle "éducation bancaire". Pour l’éducation populaire, il s’agit d’apprendre ensemble, d’apprendre en faisant, d’expérimenter, de co-construire des savoirs, d’échanger, de partager, de créer, d’articuler les dimensions individuelles et collectives, parfois de s’autoformer. C’est une logique participative et non verticale, partant des savoirs et du vécu des gens. Les savoirs sont de différents types (savoir-être, savoir-faire…) et visent à la réflexion et à l’action sur son environnement dans une logique émancipatrice et d’autonomie. Une autre dimension est celle de l’éducation mutuelle ou entre pairs qui se rapporte à un courant plus libertaire de l’éducation populaire. A travers quelques points de vue, cette partie permet une première approche d’ensemble concernant les spécificités des méthodes utilisée par les acteurs de l’éducation populaire. - En ligne - Extrait de "Éducation populaire ou … impopulaire ?", article de Dan Ferrand-Bechmann

"L’une des constantes traversant l’histoire est la question des méthodes, qui constituent la seconde dimension particulière de l’éducation populaire. Elles sont spécifiques, ce ne sont pas des méthodes magistrales. Plutôt que d’être derrière un pupitre, le formateur est plus souvent au milieu du groupe, autour d’une table, échangeant et participant quelquefois par un jeu de questions-réponses. La méthode n’est pas celle du "maître/élèves", c’est une méthode de partage et d’échange des connaissances. La distance entre l’enseignant et l’enseigné devrait être infiniment raccourcie et même échangeable. Il y a là de la difficulté, parce que nous sommes dans des systèmes où la tradition éducative dans ses normes et ses manières de faire est différente. On est souvent labellisé et mesuré à l’aune d’un diplôme, et il peut être commode à un certain moment de se situer sur une case de l’échiquier. Mais ce ne sont pas du tout les méthodes de l’éducation populaire, qui peuvent prendre en compte des modes d’apprentissage individuel comme l’autodidaxie (Verrier 1999), ou des formes d’éducation mutuelle d’inspiration libertaire où chacun donne et reçoit.

L’éducation populaire se réfère fréquemment aux méthodes nouvelles, qui ont été généralement tenues à l’écart en France par les représentants de l’Éducation nationale. L’éducation populaire possède toutefois des méthodes propres, qu’on ne peut assimiler totalement à l’éducation nouvelle (Medici, 1941). Les pédagogies dites actives sont un détour pédagogique, au service de l’autonomie que doit conquérir le public des "apprenants" (…).

La troisième grande dimension de l’éducation populaire, ce sont les "non-programmes" : le choix de ce que l’on veut apprendre et l’appropriation des savoirs, des limitations de ces savoirs et des connaissances (Ferrand-Bechmann, 2004 b). Les savoirs que l’on va chercher dans l’éducation populaire sont des savoirs allant du loisir à la culture savante, et ce sont aussi des savoirs techniques et des savoir-faire. Nous y reviendrons, mais soulignons dès maintenant cet objectif de savoir-être, savoir-faire et même savoir-pouvoir et savoir d’action (Barbier, 1996)." Extrait de l’interview de Denis Adam (document disponible)

"Je ne sais pas si l’éducation populaire à des méthodes propres, elle articule méthodes, démarches et objectifs. Puisqu’elle prône l’émancipation, elle ne peut que favoriser les méthodes d’éducation actives ou participatives. Il s’agit en permanence de réfléchir, d’échanger et de produire, de créer (c’est pourquoi on pourrait parler de l’articulation "de l’atelier et de l’agora"). Des méthodes participatives dans une démarche d’éducation populaireL’étude de cas, le jeu de rôle, le stage, le cercle d’étude, le théâtre forum, l’entraînement mental sont-elles des méthodes spécifiques de l’éducation populaire, je ne le pense pas. Mais mis en oeuvre dans le cadre d’une démarche de découverte, de compréhension du monde et de possibilité d’agir sur son évolution, ces outils permettent une véritable appropriation des découvertes, une construction collective de connaissances, la possibilité de faire oeuvre de créativité et d’expression.

Aujourd’hui de nouvelles méthodes peuvent exister ou être inventées, la réappropriation de l’espace public, l’utilisation des TIC… peuvent être au service de l’éducation populaire si elles servent ses finalités."

Extrait de l’interview de Jean Bourrieau (document disponible) Les méthodes sont ce qui caractérise l’éducation populaire "Les méthodes de l’éducation populaire sont d’abord ce qui caractérise l’éducation populaire.

  • Puisqu’elles s’appuient sur les savoirs et les connaissances dont les gens sont porteurs,
  • Puisqu’elles construisent une expertise citoyenne à partir des expertises d’usage,
  • Puisqu’elles permettent à chacun de prendre pied dans le débat politique, etc…

Mais là encore, il faut être vigilant pour que sous une étiquette on ne modifie pas ce qui se fait. J’ai vu un jour un instituteur qui se revendiquait Freinet dire "vous avez 1 h pour faire un texte libre sur vos vacances". Ca pour moi, c’est la capacité de nuisance du libéralisme alliée à la bêtise. Il y a déjà des associations dites d’éducation populaire qui organisent la concurrence à l’emploi entre les chômeurs, qui organisent la concurrence à la réussite scolaire entre les enfants et leurs familles."

Extrait de l’interview de Jérôme Guillet (document disponible)

De l’éducation populaire au premier degré "Ce que je fais est de l’éducation populaire au premier degré, populaire au sens d’accessible à la population dans sa diversité, populaire également au sens de orienté vers des classes populaires, des activités qui trouvent plus particulièrement un écho dans les quartiers de grands ensembles, même si ce travail est plus récent. La parole donnée, recueillie, libère quelque chose dans le regard des gens et leur parole mise en public apporte autre chose. Je n’ai pas encore de mots précis pour en parler mais je l’éprouve à chaque intervention. Cela ne dure qu’un temps mais c’est particulièrement palpable chez tous ceux dont les paroles pèsent peu d’ordinaire : jeunes, tout vieux, gens de quartier, …

"Je crée des interactions" Sur le lien entre mouvements d’éducation populaire et mon travail, j’ai gardé de ma formation un concept (qui est en fait un concept de pédagogie et d’éthologie peut-être) que j’utilise pas mal : l’interaction spontanée entre les personnes et leur milieu : je créé de l’activité spontanée en apportant dans un milieu ordinaire des dispositifs nouveaux ; je crée des interactions.

Penses-tu qu’il y ait des méthodes spécifiques à l’éducation populaire, lesquelles ?

Toutes les méthodes…Aucune méthode ; toutes les méthodes. Il n’y a pas de disciplines dans l’éducation populaire, il y a ou non l’intelligence de trouver les outils adaptés aux projets et contraintes. Des gens sans imagination et sans conviction vont vite conclure que leur public (élèves, jeunes, adultes) n’est pas un "bon" public.

Te réfères tu à l’éducation populaire pour décrire tes actions ?

De l’animation populaire à visée politiqueOui, je fais partie de cette histoire, dans une filiation politique, historique mais pas technique. Ce que je fais, c’est de l’animation populaire à visée politique et pas de l’animation divertissement : un travail sur la parole et des rencontres entre milieux qui s’ignorent. L’éducation populaire est plus importante pour les gens qui parlent que pour les gens qui font (beaucoup n’ont pas besoin de termes ou de cases pour faire de l’éducation populaire)."

Extrait de l’interview de Michel Erlich (document disponible)

Une méthode ; la participation Un rôle ; s’ouvrir à la complexité "L’offre n’est pas le problème, ce qu’il faut faire c’est l’éducation critique. La méthode a peu changé, c’est la participation. (…) Aujourd’hui tout le travail à faire c’est repérer les réseaux. Il faut une méthodologie pour ça, pour redéfinir les acteurs, repérer les choses qui fonctionnent. (…) On a besoin d’utopie. On manque de théoriciens, sur la complexité ; l’éducation populaire doit faire une introduction à la complexité et travailler sur les méthodes pour faire cela. Le monde est devenu incompréhensible, on se réfugie dans des choses comme l’intégrisme car on n’a pas besoin de réfléchir avec ce genre de refuges. L’éducation populaire, c’est exactement le contraire de l’intégrisme. C’est l’ouverture à la compréhension de la complexité, c’est fuir le binaire."

Extrait de l’interview de Jean-Pierre Pinet (document disponible)

ATD ; ne pas faire à la place des gens "En France, le Mouvement ATD Quart Monde a aussi une reconnaissance en termes d’éducation populaire mais j’ai toujours senti qu’à la fois nous étions très proches et en même temps que nous gardions quelques distances. Nous avons toujours gardé constante cette volonté de ne pas faire à la place des gens, de ne pas être ceux qui, d’une façon ou d’une autre, prennent le pouvoir sur les pauvres pour leur dire ce qu’ils ont à faire. Et d’avoir des relations de partage du savoir : ils sont citoyens comme nous, nous sommes dans une interrelation.

Dans l’idée de ce qui a été fait avec Quart Monde université et Quart Monde partenaire : un effort d’insérer en y réfléchissant ensemble dans les corpus universitaires des savoirs de personnes très pauvres ; en redonnant à l’expérience une place plus grande qu’elle n’en a par rapport au savoir universitaire. En nous disant l’expérience n’est pas simplement l’expérimentation, c’est-à-dire la mise en œuvre de savoirs élaborés selon des règles mais de retirer de l’action de la vie courante une valeur en soi, un processus de validation en soi. Ce n’est pas le même processus que le savoir universitaire.

Par contre, pour ces populations qui sont en bas de l’échelle sociale, ce sont des choses très importantes car le savoir universitaire représente le savoir dominant et la validation commune d’acquis nés de l’expérience fait exister ceux-ci dans un savoir reconnu. Il y a donc ces liens qui sont très complexes à comprendre : à la fois on veut être dedans mais en même temps on dit il y a des choses qui sont en dehors dont il faut tenir compte.

Le problème c’est que dans l’éducation populaire ; on fait souvent à la place des gens ("éduquer le peuple"). C’est-à-dire que par exemple, les programmes de formation sont offerts, définis à l’avance… les programmes sont définis par d’autres que par les gens eux-mêmes. (…)

Bâtir une action en partant de la personne et de son environnementNous avons cette attitude qui est un peu du "personnalisme". C’est-à-dire partir de la personne en tant que telle, dans son environnement pour bâtir une action. Nous n’avons pas au départ de projet prédéfini, si ce n’est de comprendre et tenter de répondre aux demandes des personnes. Nous essayons de bâtir et de créer des choses nouvelles. C’est un fonctionnement différent. Il n’y a pas opposition aux programmes d’éducation populaire, mais une façon d’agir où nous ne nous retrouvons pas forcément dans les actions existantes de l’éducation populaire."

Extrait du Manifeste de Peuple et Culture sur "la technique de l’éducation populaire" (manifeste de 1945) : cet extrait résume bien la spécificité que peuvent avoir les démarches d’éducation populaire.

"La technique de l’éducation populaire ne doit pas être celle de l’enseignement primaire et universitaire. Il ne s’agit pas seulement de se mettre à la portée de l’auditoire, il faut aussi élaborer une technique nouvelle tenant compte des données psychologiques. "L’éducation populaire doit avoir sa pédagogie." L’éducation populaire doit avoir sa pédagogie, UNE PÉDAGOGIE FONCTIONNELLE. Il ne s’agit pas de faire des cours d’histoire, de géographie politique ou de littérature, mais de préparer des hommes à leurs fonctions individuelles et sociales. L’éducation ouvrière doit faire des militants d’action économique, d’action sociale, d’action culturelle, des militants de loisirs populaires. Ceci exige des cycles éducatifs et non des programmes ; des guides de lectures et non des fichiers d’étude ; des militants d’éducation populaire et non des professeurs.

Mêler les causeries, les cercles d’études, les enquêtes, les travaux pratiques …Les techniques pédagogiques doivent se libérer de l’intellectualisme. Un cycle de formation devrait mêler les causeries et les cercles d’études aux travaux pratiques, aux excursions, aux enquêtes, aux séances de cinéma, à diverses activités collectives. Dans cette éducation, la formation intellectuelle elle-même ne peut se contenter d’être plus concrète qu’au lycée ou à la faculté. Elle ne se conçoit pas sans une technique nouvelle imposée par les lois de l’assimilation intellectuelle des travailleurs.

D’abord développer les facultésCela nous conduit à des méthodes éducatives qui ne devraient pas être sans intérêts pour l’enseignement primaire, secondaire ou supérieur. Mais les problèmes que pose l’initiation du peuple tout entier à la culture nous amènent à rompre nettement avec les méthodes scolaires. À l’école, on tente d’accéder à la culture par l’enseignement. Mais quel profit tirera de connaissances nouvelles un esprit adulte qui n’est pas préparé à les recevoir et à les assimiler ? Le développement préalable de l’activité mentale est la condition indispensable d’une vraie culture. Le mépris de cette loi suffirait à expliquer les déceptions et les illusions nées des essais passés de culture populaire. Il ne s’agit pas de donner à l’esprit des connaissances, mais de développer ses facultés."

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Parcours méthodes Document n°5 : Manifeste de Peuple et Culture, 1945

Mise en ligne le lundi 4 février 2008
Modifiée le mercredi 25 juillet 2007

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