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Faire vivre la diversité culturelle en France

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Donner vie, en France, à la Convention internationale de l’Unesco sur la diversité culturelle revient à réinterroger les politiques publiques en matière d’éducation. Exercice obligé au pays de Jules Ferry. Et pour cause : cette convention a été voulue et adoptée par la France.

Le ministère de la Jeunesse des Sports et de la Vie associative et celui de la Culture et de la Communication ont organisé les 12 et 13 juin 2006 à l’Injep, un séminaire sur l’application en France de la Convention internationale sur la « protection et la promotion des expressions culturelles ».

Adoptée par l’Unesco en novembre 2005, notamment sous l’impulsion de la diplomatie française, cette convention affirme non seulement le caractère spécifique des biens culturels en légitimant les politiques de soutien aux activités, à la production et à la diffusion de biens culturels, mais elle pose également à chaque État la question du dialogue entre les cultures au sein d’une même nation.

Question brûlante dans un pays comme la France où la tradition d’intégration et de libre expression des cultures s’affirme dans un cadre républicain, très éloigné des modus vivendi communautaires des pays anglo-saxons.

« À l’aune de cette convention, les principes de laïcité et le cadre républicain qui veut que chaque enfant suive une scolarité gratuite, obligatoire, en français font l’objet d’un questionnement, estime Benoît Paumier, délégué au Développement et aux Affaires internationales du ministère de la Culture et de la Communication. Plus largement, ce texte interroge la légitimité des politiques publiques en matière d’éducation ».

Diversité culturelle inconstitutionnelle ?

Lois 1901 et 1905 sur le droit d’association et la séparation de l’Église et de l’État, interdiction du port de signes ostensibles religieux à l’école, place de la langue française dans la République, le corps institutionnel hexagonal contient un certain nombre de dispositions qui s’opposent à une application stricto-senso de la convention internationale. Gageons que dans un avenir proche, elles devraient donner lieu à modifications ou interprétations.

En effet, « s’il paraît facile de présenter la laïcité comme un cadre permettant le pluralisme des religions » fait valoir Emmanuel Decaux, professeur de Droit à Paris II, la question de la diversité linguistique se pose avec acuité dans un pays où la charte des langues régionales ou minoritaires, « voulue par le Conseil de l’Europe et signée par la France, n’a pas été ratifiée par le Conseil constitutionnel ». Celui-ci s’est appuyé sur l’article 2 de la Constitution qui stipule que la « langue de la République est le français » pour motiver sa décision.

Une autre exception française

Alors, enfermés dans une conception « universaliste », ces Français qui s’appuieraient absurdement sur leur apport à la déclaration des Droits de l’Homme de 1948 pour s’interdire de tirer profit de toutes les richesses de leur espace national et se fermer au monde ? À l’instar de Hervé Latimier, de la direction de la Jeunesse et de l’Éducation populaire, qui cite l’essayiste Alain Renaut pour mettre en garde contre un « universalisme intenable, façon facile et violente d’occulter les problèmes réels », nombre de participants pointent les limites d’une telle vision.

Entre refus d’un jacobinisme étroit dans un monde globalisé et défiance vis-à-vis des replis communautaires, émerge dans le débat franco-français l’idée selon laquelle la diversité culturelle s’inscrit dans un patrimoine commun, garanti par un cadre démocratique qui en permet l’expression. Les Droits de l’Homme ne pouvant être sacrifiés à la diversité, la tradition française préfèrera le terme d’ « interculturalité » à celui de « multiculturalité » qui vise davantage l’interaction et le dialogue entre les cultures. En même temps qu’elle ferme la porte aux tentations communautaires et identitaires, cette interprétation « à la française » semble mieux correspondre au projet d’organiser sur un territoire le dialogue entre les diverses cultures. Fera-t-elle école ou comptera-t-elle parmi ces exceptions françaises qui savent si bien provoquer tantôt l’envie tantôt l’irritation de nos partenaires internationaux ? L’avenir nous le dira.

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Mise en ligne le jeudi 29 juin 2006
Modifiée le jeudi 29 juin 2006

Mot(s) clé(s): Culture, Droit, International, Laïcité
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