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"Et d’une !" - Interview de Jacques Rongère, formateur à distance pour le concours CEPJ

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Isabelle Ferracci et Jacques Rongère, formateurs en CREPS respectivement à Ajaccio et Montpellier, ont accompagné entre octobre 2004 et janvier 2005 une vingtaine de candidats inscrits à - c’est une première expérimentale - la préparation à distance de l’écrit du concours CEPJ. Premières impressions de Jacques…

Question : Alors, Jacques, content ?

JR : De mon point de vue, ce n’était pas gagné d’avance. Je savais que cette formation à distance allait se passer, mais j’avais peu de vision sur comment cela allait se passer. J’ai pu compter tous les jours de ces trois mois ! Chaque jour a consommé un peu de ma "mémoire vive", même pendant les vacances de Noël ! Comme dans une formation en présentiel, nous (les deux formateurs) avons été "accros". Au bout du compte, je suis très heureux d’avoir fait cela avec les stagiaires et Isabelle, ma co-formatrice.

Les points négatifs sont d’une part la déperdition importante de stagiaires en cours de route et, d’autre part, l’éventuelle solitude des stagiaires et des formateurs devant leur écran. Nous avions sous-estimé ces deux aspects.

Les points positifs sont que les stagiaires qui ont suivi la préparation jusqu’au bout ont bénéficié, d’après leur évaluation, d’un accompagnement très poussé, sans doute davantage qu’en présentiel, et qu’une réelle communauté d’entraide s’est formée entre certains stagiaires, sans jamais qu’ils ne se rencontrent.
Cette solution de préparer le concours CEPJ à distance me paraît donc être une possibilité intéressante pour des candidat(e)s qui ne peuvent participer à des sessions en présentiel, soit parce qu’ils travaillent, soit parce qu’ils sont trop éloignés des lieux de préparation, soit parce qu’ils recherchent une formule plus souple que le présentiel.

Ce stage de préparation à distance du concours CEPJ comportait 20 places. Les demandes ont été trois à quatre fois plus nombreuses. Les taux d’abandon sont importants dans les formations à distance. Pour votre groupe, un quart des stagiaires ont abandonné très rapidement et seulement un tiers étaient encore "actifs" le troisième mois, les autres ayant abandonné ou observant mais sans participer aux travaux ou aux échanges. Comment analysez-vous cela ?

JR : Une spécificité est liée à cette préparation au concours CEPJ à distance : la responsabilité des stagiaires est importante. Notre rôle ne consiste pas à les relancer à tout prix en cas d’abandon - nous avons cependant interrogé à plusieurs reprises celles et ceux qui "décrochaient", afin de comprendre quelles étaient leurs raisons.

Certains avaient un accès difficile à une connexion, et cela les a bien sûr beaucoup gênés. D’autres ne se représentaient peut-être pas l’investissement à fournir. Nous n’avons pas pris le temps de dialoguer suffisamment avec chacun(e) sur ses motivations et sa disponibilité. D’autres encore ont surestimé leur capacité à travailler seul face à leur écran. C’est beau l’isolement et la souplesse de pouvoir préparer le concours quand et où l’on veut (ou peut). Mais il y a aussi les moments de doute…

Pour la prochaine préparation à distance à l’automne 2005, nous veillerons à permettre aux stagiaires une prise en main plus rapide de l’outil (entre autres en proposant une journée en présentiel) et nous nous assurerons que chacun a accès pendant ces trois mois à une bonne connexion adsl ou modem. Nous serons encore plus attentif à ce que le plus grand nombre de stagiaires se "jette à l’eau" dès les premiers jours, car plus on prend de retard, moins on n’ose le rattraper…

Comment les stagiaires se sont-ils mis dans le rythme de cette formation ?

JR : Nous avions découpé ces trois mois en trois temps :

  • un mois de révision du socle des connaissances,
  • un mois de travail sur la méthodologie de l’écrit du concours,
  • un mois d’entraînement aux épreuves écrites.

Ensuite, il y avait le rythme hebdomadaire : le programme de semaine diffusé le lundi, des travaux et échanges les jours suivants, un "forum hebdo" le mercredi ou jeudi et une synthèse hebdomadaire mise en ligne en fin de semaine.

Sur la progression du travail, Isabelle et moi avions à l’avance une vision claire des étapes à suivre. Les stagiaires ont réussi à suivre ce timing sur les trois mois. Par contre, nous avions sous-estimé le temps nécessaire pour qu’ils apprivoisent la plateforme, malgré sa simplicité. Nous étions un peu aussi, nous-mêmes, dans l’expérimentation. Rapidement s’est dessiné un fonctionnement dans lequel nos principaux outils de communication ont été le forum de discussion et la "bourse aux documents", véritable trésor de la plateforme qui permet tant aux stagiaires qu’aux formateurs de déposer d’un clic des documents utiles au groupe. La communauté de stagiaires s’est créée et a vécu sur le forum. L’alchimie de la constitution d’un groupe se produit donc aussi à distance. Des sympathies se sont créées, des informations précieuses ont été échangées, des stagiaires ont proposé à d’autres de relire leur devoir, etc.

Vous n’êtes pas un spécialiste d’Internet et de l’informatique. Comment s’est passé, dans le feu de l’action, votre découverte de la plateforme de formation Injep ?

JR : Je me faisais une idée compliquée de l’utilisation de la plateforme, même après l’avoir vue en démonstration et pratiquée un peu. Mais l’inhibition part très vite à partir du moment où l’on décide de plonger. J’ai réussi assez rapidement à mettre moi-même des chapitres en ligne. J’apprécie la simplicité et sa souplesse de l’outil Ganesha.

Quel volume de travail cette formation a-t-elle représenté, en "rythme de croisière", pour les deux formateurs ?

JR : Sept à huit heures hebdomadaires pour Isabelle et pour moi, que nous décomposons ainsi :

  • une heure de forum hebdomadaire,
  • une heure de point téléphonique,
  • une heure de conception pédagogique [1],
  • une à deux heure(s) pour l’écriture et la mise en ligne du programme et de la synthèse de semaine ; nous passions pas mal de temps sur la synthèse, pour essayer de bien rendre l’atmosphère de la semaine écoulée,
  • une heure trente de correction des travaux des stagiaires (fiches thématiques, plans détaillés, devoirs en ligne) ; nous assurions Isabelle et moi une double correction,
  • une heure trente de réponses aux questions sur le forum ou la messagerie.

Nous avions prévu, Isabelle et moi, de nous relayer tous les quinze jours sur la plateforme. Au bout de trois jours, nous y étions tous les deux ensemble ! Nous nous répartissions la conception du programme et de la synthèse une semaine sur deux.

Envie de recommencer ? Si oui, avec des souhaits particuliers ?

JR : Nous avons testé que ces rythmes mensuel et hebdomadaire sont adaptés à une préparation en ligne sur trois mois. Oui, je suis plus que partant pour une seconde expérience, avec des modalités de recrutement des stagiaires plus fines et un "contrat de départ" plus clair incluant la journée en présentiel, avec également le désir de faire encore mieux au niveau graphique et ergonomique pour nos chapitres en ligne. Cette première expérience va nous permettre de minimiser le temps de prise en main technique de la plateforme pour les prochains stagiaires.

Cet article alimente les réflexions sur la journée d’échange de pratiques du 9 mars 2006 à l’Injep. Le thème de cette manifestation gratuite et ouverte au public porte sur "L’éducation populaire & la formation à distance et comment les TIC peuvent-elles enrichir les pratiques d’éducation populaire ?

Publiées sous la licence Creative Commons « paternité, pas d’utilisation commerciale et reproduction à l’identique », les contributions reproduites n’engagent l’avis et la responsabilité que de leur auteur. http://creativecommons.org/licenses…

[1] Le "gros" de la conception pédagogique ayant été déjà réalisé par Isabelle, Jacques et leurs collègues préparateurs du concours, pour les préparations en présentiel.

Mise en ligne le mardi 14 juin 2005
Modifiée le lundi 19 mars 2007

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