Expérimentation
On retrouve dans une grande partie des méthodes de l’éducation populaire la notion d’expérimentation. Si de nombreuses méthodes comportent une part d’expérimentation, certaines la mettent en œuvre plus que d’autres. L’idée d’apprendre en faisant est une composante importante des méthodes utilisées ou créées par les acteurs de l’éducation populaire.
C’est le principe même des méthodes liées au jeu, au théâtre forum ou encore aux méthodes mises en œuvre dans les mouvements développant la culture scientifique et technique. Ainsi, "La Main à la pâte" (http://www.inrp.fr/lamap/), opération développée par le prix Nobel de Physique Georges Charpak ou encore les mouvements d’éducation populaire ; Planète Sciences (http://www.planete-sciences.org/) et Les petits débrouillards(http://debrouillonet.dyndns.org).
Le jeu
Le jeu est très présent dans les méthodes et activités d’éducation populaire. Les théories de Winnicott sur le jeu pour connaître et appréhender le monde ou encore la pédagogie de l’expérimentation de Célestin Freinetont largement inspiré les acteurs de l’éducation populaire et de l’éducation nouvelle.
Il est impossible d’inventorier ici toutes les pratiques mettant en œuvre le jeu, présent dans le théâtre forum, les centres de vacances, les stages de réalisation, la culture scientifique et technique, la pratique artistique et bien d’autres encore.
Certaines associations se sont, quant à elles ; spécialisées dans le développement du jeu comme outil éducatif, nous verrons ici comme introduction à la méthode "jeu" le cas de La Maison des Jeux de Grenoble, association affiliée au réseau Peuple et Culture, qui développe une approche d’éducation populaire par rapport au jeu.
"L’association utilise divers supports : initiations, formations, expositions, publications, conférences, manifestations publiques. Pour ses militants, le jeu permet la convivialité, mais aussi la réussite scolaire, la tolérance, prévention de la délinquance et insertion sociale. Le jeu a des effets sur le comportement collectif, et de découverte de soi et des autres. Si le jeu est fabriqué par les enfants eux-mêmes ; il permet aussi d’éviter l’animation – consommation et faire appel à la créativité. A côté des aspects éducatifs, le jeu peut aussi être un instrument d’action sociale de par son implantation dans les quartiers, rencontres des cultures autour de jeux venus d’autres cultures.
Dans ce sens, la Maison des Jeux a souhaité créer autre chose qu’une ludothèque ou un club de jeux pour passionnés ; c’est un lieu ouvert à tous, lieu de vie et de rencontres. Le jeu a ceci de particulier qu’il ne donne pas des solutions, mais développe des aptitudes et dans ce sens prend part au processus de construction de l’autonomie et de l’identité. La Maison des Jeux édite des livrets sur l’histoire des jeux et les techniques pour prolonger les pratiques réalisées lors des interventions."
Source : "Le jeu au service de la formation et de l’éducation du citoyen. L’exemple de la Maison des Jeux" Extrait de la Lettre de Peuple et Culture, n° 13, été 95.
Une charte liée à la Fête du jeu a été développée par un collectif national de plusieurs associations. Ce collectif crée en 2001 regroupe : ACE (Action Catholique des Enfants), ALF (Association des Ludothèques Françaises), CLE (Confédération des Loisirs de l’Esprit), EEDF (Eclaireuses Eclaireurs de France), les Francas, et Peuple et Culture.
Site de la Fête du Jeu : http://www.fetedujeu.org/
Extrait de la charte (http://www.fetedujeu.org/)
"L’objectif de cette journée nationale est de faire reconnaître le jeu comme :
- activité essentielle pour le développement de l’enfant,
- outil d’apprentissage, de transmission de savoirs et d’éducation pour tous,
- expression culturelle favorisant les rencontres interculturelles et intergénérationnelles,
- créateur de lien social et de communication,
- occupation de loisir et source de plaisir."
Jeu et éducation populaire
Analyse sur les rapports entre le jeu et l’éducation populaire issue du rapport d’expérimentation "Dynamiques associatives, jeu et éducation populaire" janvier 2002, réalisé par l’association Peuple et Culture.
Document disponible en ligne en version intégrale : http://www.peuple-et-culture.org/IMG/pdf/doc-71.pdf.
Elle repose sur le constat qu’à l’ère du divertissement, la pratique ludique a tendance, dans nos sociétés occidentales, à s’appauvrir
Soucieux de ne pas tomber dans une "instrumentalisation" ou une institutionnalisation des pratiques ludiques, les acteurs des "Maisons des Jeux" et autres associations semblables sont particulièrement attentifs à ce que leurs interventions enclenchent des processus de réappropriation par les participants. Ils espèrent ainsi contribuer à l’émergence de projets ludiques autonomes, qu’ils peuvent alors accompagner en exerçant une fonction de "centre de ressources" sur le patrimoine ludique traditionnel et/ou contemporain (diffusion d’informations sur les jeux, prêt de malles de jeux, livrets et ateliers de fabrication…) ou en proposant des espaces de formation.
Ainsi, les acteurs qui ont été impliqués dans ce travail se situent dans la mouvance d’une éducation populaire revisitée, réaffirmée dans ses fondements et inscrite dans son temps. La "Charte des adhérents" de la Maison des Jeux de Grenoble, d’ailleurs reprise par celle de Nantes, en est l’illustration. L’inscription durable de l’équipe de la Maison des Jeux de Grenoble dans Peuple et Culture, au-delà de ce qui était au départ un partenariat de circonstance avec Peuple et Culture Isère, se fonde sur la constatation et la revendication d’une ambition de transformation sociale partagée. Et ce n’est pas un hasard non plus si deux des créateurs d’associations ludiques que nous avons interrogés (Bertrand Vignon à Nantes et Hélène Drévillon à Brest) ont été formés par les CEMEA, qui ont une antériorité dans ce domaine, et ont conservé avec eux des liens privilégiés.
Même si tous ceux que nous avons rencontrés n’utilisent pas le même vocabulaire et ne revendiquent pas forcément d’appartenance à un mouvement social, ils partagent la conviction que le jeu (et non ses succédanés de la Française des Jeux ou de la télévision) doit avoir toute sa place dans cet espace du vivre et de l’agir ensemble qu’est "la cité", et que des initiatives comme les leurs y contribuent. Les qualités du jeu qui sont mises en avant sont donc la convivialité et la rencontre : entre individus, entre générations, entre catégories sociales, entre cultures. Et c’est - nous semble-t-il - en ces termes que l’on pourrait définir le coeur, le noyau dur d’un projet d’éducation populaire dans le champ du développement des pratiques ludiques. Un débat (à poursuivre) à propos de la dimension “éducative” du jeu. Si la dimension sociale est reconnue et affirmée dans des termes convergents par les différents acteurs de notre expérimentation, il n’en va pas de même du rapport entre "jeu" et "éducation". (…)
Ainsi, les fondateurs de Peuple et Culture voulaient réconcilier la culture et la vie, les savoirs populaires et les savoirs savants. Certains préféraient, dès lors, parler de culture populaire plutôt que d’éducation, et la notion de "résistance culturelle" semble mieux partagée dans les générations actuelles que la dimension proprement "éducative".
Ressources
- Article "Le jeu, créateur de lien social" Lettre Peuple et Culture n°21, juillet 1999
- Article "Le jeu au service de la formation et de l’éducation du citoyen. L’exemple de la Maison des Jeux" Lettre de Peuple et Culture, n° 13, été 95.
- Rapport d’expérimentation "Dynamiques associatives, jeu et éducation populaire" janvier 2002. http://www.peuple-et-culture.org/IMG/pdf/doc-71.pdf
- http://www.fetedujeu.org/
- http://www.maisondesjeux.com
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