Les troubles psychiques sont les problèmes de santé les plus fréquents chez les jeunes. Aux pathologies diagnostiquées s’ajoute en effet une souffrance souvent latente, qui nécessite une écoute préventive pour éviter toute dégradation. Un travail d’autant plus délicat que ces souffrances s’expriment par une grande diversité de comportements, « dépassant l’effervescence adolescente ordinaire », souligne Dominique Versini, la Défenseure des enfants. Dans son rapport 2007 consacré à cette problématique, cette dernière rappelle que le mal-être des jeunes entre souvent en résonnance avec celui des adultes et d’une société fragilisée par la montée de la précarité et de l’exclusion, la crise du lien social, la rupture avec les modèles familiaux traditionnels.
Illustration Séphanie Mercier - copyright Injep
« Alors que la crise adolescente se traduisait auparavant par la révolte, elle passe aujourd’hui par le repli sur soi et l’auto-destruction, note Dominique Versini. Les jeunes se plaignent de trop de pression, de la société, des parents, de l’école. » À l’image de Renaud, l’un des jeunes cités par le rapport : « On se pose trop de questions, en deux ou trois ans on doit décider de notre avenir, de ce que l’on va faire plus tard. On a trop de pression qui pourrit les jeunes », dit cet ado’. Conséquence, constatée par le docteur Xavier Pommereau auprès des jeunes du Pôle aquitain de l’adolescent : « Ils se disent anxieux et demandent des médicaments pour lutter contre l’angoisse et les troubles du sommeil. Pour eux le cannabis fait office de somnifère ou d’anxyolitique. »
Troubles alimentaires
Parmi les manifestations de cette souffrance, deux troubles progressent depuis cinq ans, note Xavier Pommereau : les scarifications, qui touchent 11,3 % des filles et 6,6 % des garçons — plus encore chez ceux qui sont suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse — et les conduites boulimiques avec vomissements provoqués, surtout chez les filles. Comme les tentatives de suicide et la consommation de substances psychoactives, les troubles alimentaires sont une marque importante de souffrance. La prévalence de l’anorexie mentale en France entre 11 et 20 ans est de 0,1 % et celle de la boulimie de 1 à 1,1 % (rapport Sommelet). Dans des formes modérées, ces troubles toucheraient, selon le docteur Pommereau, 10 % des adolescents, « qui, dans une société de consommation et des apparences, expriment leur mal-être par des comportements qui interrogent la consommation et le corps ». De fait, plus d’un tiers des 12-18 ans déclarent avoir connu un comportement alimentaire perturbé dans les derniers mois, selon l’enquête de l’Observatoire régional de la santé (2005-2007). Enfin, la souffrance psychique des jeunes s’exprime, de façon plus diffuse, par une multiplicité de comportements qui sont autant d’appels à l’aide : fugues, absentéisme scolaire voire, décrochage, violence, y compris sexuelle, cyberdépendance. Mais le manque de données épidémiologiques en France ne permet pas d’évaluer de façon certaine la prévalence de la dépression chez les jeunes.
Illustrations. Stéphanie Mercier - Copyright Injep.
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Dossier documentaire n° 27 : La santé des jeunes
Dossier documentaire en deux volumes, il permet dans le premier tome de faire un état des lieux de la santé des jeunes : mal-être, troubles alimentaires, toxicomanie et addictions. Enfin, un chapitre est consacré à la santé des étudiants, révélant une précarité et une dégradation dans l’accès aux soins. Le tome 2 est consacré aux mesures de prévention. Il présente les politiques, dispositifs proposés et détaille les actions mises en œuvre.
Pour aller plus loin
- Adolescents en souffrance, plaidoyer pour une véritable prise en charge, rapport thématique 2007 de la Défenseure des enfants.
- Santé, adolescence et familles, rapport préparatoire à la Conférence de la famille 2004.
- Rapport sur la santé des jeunes, X. Pommereau (La Documentation Française, 2002).
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