Institut national de la jeunesse et de l'Éducation populaire english français Retour a l'acceuil Ministere
Chantal Dahan, responsable du pôle Culture à l’Injep

"De l’Hiver à l’été", à la rencontre des pratiques culturelles des jeunes

Imprimer l'article  | Partagez cet article  ›› 

L’Injep réunit ses partenaires institutionnels et de terrain pour dresser un état des lieux des pratiques culturelles des jeunes. Des rencontres placées sous le signe de l’ouverture et du pragmatisme.

Chantal Dahan est responsable du pôle Culture de l’Injep. Avec des partenaires tels que l’Association nationale Culture et Départements, la Confédération des Maisons des Jeunes et de la Culture de France (CMJCF) ou la Fédération nationale des Collectivités pour la Culture, il organise un nouveau cycle des rencontres De l’Hiver à l’Été dédié aux pratiques culturelles des jeunes. Universitaires et acteurs de terrain sont invités à développer une réflexion et à enrichir leurs pratiques.


Q : Après la culture à l’épreuve des territoires, qui interroge sur le rôle de chaque acteur dans le domaine éducatif et culturel suite à la décentralisation, l’Injep se penche sur les pratiques culturelles des jeunes, au travers d’un nouveau cycle des rencontres De l’Hiver à l’Été. Pourquoi ce choix ?

Chantal Dahan : Parce que nous avons senti au pôle Culture la nécessité de nous recentrer sur le coeur de nos missions et de faire le point sur l’état des connaissances dans ce domaine. Les pratiques culturelles des jeunes concernent l’ensemble des métiers que l’on tente de réunir dans le cadre de ces rencontres. Qu’ils soient chercheurs, enseignants, animateurs, sociologues, statisticiens, professionnels de la culture, conseillers d’éducation populaire et de jeunesse (CEPJ)… tous sont amenés à s’interroger sur la culture des jeunes générations et sur les pratiques qui en découlent. Or, l’éventail des compétences nécessaires est si large que les professionnels du champ de la jeunesse, du social et de la culture ont naturellement tendance à n’envisager ces nouveaux langages artistiques qu’au travers du prisme de leur métier et de leur quotidien. La lorgnette est alors un peu mince pour analyser, comprendre et saisir les enjeux de ces nouvelles formes d’expression comme celles issues de la culture hip-hop (danses, graf’, d’jing, rap…) et les visions du monde qu’elles proposent. En même temps, l’urgence de comprendre s’impose aux praticiens chargés de l’accueil ou de l’accompagnement comme aux théoriciens que sont leschercheurs, les sociologues, les ethnologues…

Q : À vous entendre, il semble que la multidisciplinarité relève moins du credo que d’une méthode de travail et d’une approche pragmatique.

CD : C’est juste. L’intitulé de ce nouveau cycle de rencontres est d’ailleurs clair sur nos objectifs et notre méthode : « Les pratiques artistiques et culturelles des jeunes : mieux connaître pour mieux accompagner ». Les rencontres De l’Hiver à l’Été vont à contre-courant de la logique institutionnelle qui consiste à segmenter le temps de vie du jeune. Nous réunissons l’ensemble des acteurs dans un même espace pour que chacun exprime sa vision et s’enrichisse de celle des autres. Cet exercice de synthèse, cet état des lieux des connaissances théoriques et pratiques accumulées, est d’autant plus nécessaire que nous travaillons sur des pratiques investies par les jeunes et dont les institutions culturelles ne se sont pas emparées. Et là où il y a décalage, il y a forcément méconnaissance. Or, je fais partie de ceux qui pensent que chaque jeune est un projet global en soi, qu’il mérite l’attention et la mobilisation de tous les acteurs autour de son parcours.

IED : N’est-ce pas le propre de chaque génération nouvelle que de porter une culture innovante en décalage avec la culture institutionnalisée ?

CD : C’est peut-être même souhaitable. Mais il me semble que les fossés se creusent dangereusement et qu’ils révèlent des souffrances liées aux discriminations, à la rupture du pacte générationnel, à l’absence d’autonomie, à un besoin de reconnaissance qui ne sont pas contrebalancés par des réponses éducatives à la hauteur du phénomène. Ce qui caractérise les nouvelles générations dans leur rapport à la culture est qu’elles sont plus dans l’expérimentation que dans la reproduction d’un modèle et que cela commence très tôt, parfois dès 10, 12 ans. Elles ne reproduisent ni modèle, ni discours, elles en créent et recréent sans cesse de nouveaux, sans doute aussi parce que la transmission par les anciens est en panne. Ce qui les guide, c’est la nécessité de s’exprimer, de trouver un nouveau langage qui les représente dans leur questionnement constant en face d’un monde qu’ils ont du mal à investir. Avant de produire du sens ils s’essaient à faire et à montrer. hip-hop, graf’, Yamakazi, musiques électroniques… l’invasion des nouvelles technologies, a réellement bouleversé aujourd’hui la danse, la création graphique, les espaces de création… Beaucoup de jeunes ont acquis une supériorité technologique sur les adultes, et se sont emparés de ces moyens sans même chercher à en saisir les enjeux. Pour les acteurs de l’éducation populaire il est indispensable de mieux appréhender ces phénomènes, de comprendre à quelles notions de l’action collective ils renvoient et quelles nouvelles opportunités pédagogiques ils offrent. Si cela n’est pas fait, on risque de le payer cher dans les années à venir. On l’a vu avec la télévision bêtifiante que l’on a. Les opportunités offertes par la télé ont été insuffisamment prises en compte en leur temps par les acteurs éducatifs et culturels ou les intellectuels au cours des dernières décennies, et c’est l’industrie de l’image et de la pub qui a occupé le terrain. Aujourd’hui que les jeunes ont détrôné la télé au profit du Net, on pourrait peut être profiter de cette opportunité pour ne pas répéter les mêmes erreurs.

Mise en ligne le lundi 19 mars 2007
Modifiée le lundi 19 mars 2007

Mot(s) clé(s): Culture, Éducation
L'Injep en direct sur
l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep) sur facebook twitter es flux rss de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep)
Nos lettres d'information
En vous inscrivant à nos lettres d'information, vous serez en permanence informé(e) sur nos actions.


Prochains événements