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Conférence sur la participation des jeunes euro-méditerranéens

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Plus de cent cadres de jeunesse du Nord et du Sud de la Méditerranée se sont donné rendez-vous à l’Injep. Objectif : dresser un panorama des réalités euro-méditerranéennes en matière de participation des jeunes. Et promouvoir les projets soutenus par l’Europe, encourageant la participation des moins de 30 ans.

Du 12 au 16 novembre 2008, plus d’une centaine de cadres de jeunesse venus des deux rives de la Méditerranée se sont donné rendez-vous à l’Injep pour participer à une conférence sur la participation des jeunes dans les contextes euro-méditerranéens.

Cette manifestation, organisée par le réseau de coopération des agences nationales du programme Jeunesse en Action du Sud de l’Europe, avait pour but de dresser un panorama des réalités euro-méditerranéennes en matière de participation des jeunes, thématique jugée prioritaire par les concepteurs du programme européen Jeunesse en Action. Autre objectif : proposer aux participants les multiples opportunités offertes par l’Union européenne (UE), pour réaliser des projets encourageant la participation des jeunes dans le cadre des programmes européens dédiés aux jeunes.

Temps forts

Parmi les temps forts : des ateliers de présentation de diverses institutions (Ligue arabe, parlement euro-méditerranéen de la jeunesse, Forum européen de la Jeunesse, euroMed platfom, le Creccide — Carrefour régional et communautaire de la citoyenneté et de la démocratie conseil —), une foire aux projets sur la participation ainsi qu’une plénière rassemblant des spécialistes de la question : Bernard Roudet (chercheur à l’Injep), Vincenzo Cicchelli (Maître de conférences en sociologie à l’université Paris Descartes, co-auteur de l’ouvrage Adolescences méditerranéennes édité par l’Injep et L’Harmattan) et Assia Boutaleb (Maître de conférences en sciences politiques (Paris VIII).


Bernard Roudet, sociologue et chercheur à l’Injep


Rappelant le lien fort entre démocratie et participation aux yeux des « régimes démocratiques européens [qui] posent fréquemment la question des conditions et des modalités d’une telle participation », Bernard Roudet a pointé des différences régionales en matière de participation sociale et politique des jeunes entre le Nord et le Sud, ou encore entre l’Ouest et l’Est du vieux continent.

« Au sein de l’Europe des Quinze, a noté Bernard Roudet, les données disponibles mettent en évidence les contrastes entre une jeunesse méditerranéenne et une jeunesse nordique, opposant le poids culturel du catholicisme au Sud, à l’influence des protestantismes au Nord, révélant aussi des différences de développement économique et d’organisation institutionnelle, notamment en ce qui concerne les rôles attribués à l’État providence. » Pour le sociologue de l’Injep, « les jeunes du Nord de l’Europe (Suède, Danemark, Pays-Bas, Allemagne) restent nettement plus politisés et nettement moins abstentionnistes que ceux du Sud (Espagne, Portugal, Italie, Grèce, France). Si la participation protestataire a augmenté en vingt ans (…), sa progression a été plus forte dans les pays d’Europe du Sud (Espagne, Italie, Grèce). En Europe centrale et orientale, les actions protestataires sont nettement moins fréquentes et la participation associative plus faible. Les pays scandinaves, ainsi que les Pays-Bas, se caractérisent ainsi par le maintien d’une forte culture civique et d’un vif sentiment d’appartenance collective qui n’a pas son équivalent en Europe du Sud, ni dans les pays d’Europe centrale et orientale. Ces derniers paraissent s’en remettre davantage aux pouvoirs publics pour prendre en charge les besoins collectifs ».

Ambiguïté à l’égyptienne

Changement de cap, avec Assia Boutaleb dont le regard sur la participation des jeunes a passé au crible la situation égyptienne, et in extenso, celle du « monde arabe qui n’a jamais été aussi jeune et ne le sera jamais plus ». L’Égypte, à l’image de nombre de nations du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, affiche le profil d’une société composée, pour les deux tiers, de moins de 30 ans, gouvernée par un régime politique volontiers autoritaire et dominé par les aînés. Dans ce contexte la jeunesse, et plus précisément, les politiques publiques dédiées à cette population, constituent « un enjeu majeur, et même une question de survie, pour le pouvoir qui a compris que l’absence de prise en considération des aspirations de la jeunesse ouvre un boulevard aux Frères musulmans », a fait valoir Assia Boutaleb. La rhétorique du parti présidentiel opère un vrai virage dans les années 1999/2000 « en mettant en avant l’idée d’un contrat social reliant l’État, la société et les jeunes sous la thématique de la responsabilité réciproque ». Par ailleurs, les autorités égyptiennes ont ouvert des milliers de centres de la jeunesse, lesquels théoriquement, devraient être ouverts dans chaque localité de plus de 5 500 habitants. Mais ces signes d’ouverture restent marqués du sceau de l’ambiguïté.


Vincenzo Cicchelli (Maître de conférences en sociologie à l’université Paris Descartes) et Assia Boutaleb (Maître de conférences en sciences politiques (Paris VIII)

« Comment en effet stimuler la participation politique en limitant drastiquement la création de nouveaux partis, prôner l’activisme politique tout en maintenant l’interdiction de rassemblements politiques », s’est interrogée Assia Boutaleb. Dès lors, les jeunes délaissent le jeu traditionnel des urnes pour s’engager sur des temps ponctuels ou des lieux particuliers : les élections syndicales à l’université (organisées en « familles » proches du pouvoir ou des Frères musulmans pour cause d’interdiction du syndicalisme étudiant), activités de bienfaisances en lien avec la Mosquée, pic de mobilisation à l’occasion de la deuxième Intifada en Palestine, etc. Enfin, les changements générationnels à la tête de l’État coïncident avec l’émergence de « nouvelles opportunités participatives, à travers le foisonnement de blogs politiques » qui offrent un vecteur d’expression que le champ traditionnel n’a pas su proposer aux générations montantes.

"Les pouvoirs publics n’ont jamais autant parlé de la responsabilisation des jeunes, tout en encourageant des mécanismes sociaux diamétralement opposés à cette volonté affichée : élévation de l’âge moyen du salarié, chômage massif des jeunes, allongement de la scolarité… " Vincenzo Cicchelli.

Paradoxe de ces deux rives de la Méditerranée, où les pays jeunes se désintéressent de la jeunesse et où les nations vieillissantes s’en préoccupent davantage. « Comme s’il fallait attendre que le poids démographique de la jeunesse soit très faible pour que les décideurs l’intègrent massivement dans leurs politiques publiques », s’est exclamé Vincenzo Cicchelli. « Cela étant, a-t-il noté, les innombrables jeunesses qui composent le pourtour méditerranéen ont en commun de former un âge de la vie qui commence plus tôt, vers 12 ans, et dure longtemps, jusqu’à trente ans, parfois plus ». Cela se traduit par un étirement de la responsabilité sociale et un discours du politique « totalement contradictoire », a jugé Vincenzo Ciccheli, arguant que les « pouvoirs publics n’ont jamais autant parlé de la responsabilisation des jeunes, tout en encourageant des mécanismes sociaux diamétralement opposés à cette volonté affichée : élévation de l’âge moyen du salarié, chômage massif des jeunes, allongement de la scolarité… » Il résulte de cette « rhétorique schizophrène » un grand discrédit du politique chez les moins de 30 ans.

Manière de dire que l’injonction à la participation n’a de valeur que si elle apporte, au moins partiellement, des réponses à la demande, massive et commune, des jeunesses des deux rives qui « réclament plus de reconnaissance et désespèrent de ne pas trouver leur place dans la société à laquelle elles sont sensées appartenir ».

Car cette cette distorsion entre la réponse des pouvoirs publics et les attentes des jeunes favorisent des phénomènes auxquelles nos sociétés ne savent pas répondre, « comme l’immigration clandestine, la rupture avec le champ politique, le développement de solidarités juvéniles constituées contre les formes d’autorité institutionnelles ou parentales. Et les flambées de violences qui, des banlieues françaises aux localités de Kabylie, ébranlent nos sociétés toutes entières », a averti Vincenzo Cicchelli.

En savoir +

L’un des principaux objectifs de cette rencontre était également de proposer aux participants les multiples opportunités offertes par l’Union européenne (UE), pour réaliser des projets encourageant la participation des jeunes, une des priorités et actions fortes dans le cadre des programmes européens dédiés aux jeunes. Avec les programmes communautaires Jeunesse en Action (PEJA) et EuroMed Jeunesse, l’UE favorise la mobilité des jeunes (Echanges de groupes de jeunes), les activités de volontariat dans des organisations à but non lucratif (Service Volontaire Européen à partir de 18 ans) et soutient les acteurs de jeunesse (associations, collectivités…) dans leurs actions de mise en réseau et de formation. Le PEJA apporte également un soutien aux projets européens favorisant la citoyenneté active des jeunes et l’eur engagement dans leur communauté locale (Jeunesse pour la Démocratie) et le dialogue avec les décideurs (Séminaires de jeunes).

• Pour connaître les différentes actions du Programme européen Jeunesse en Action, consultez le site web de l’Afpeja : www.jeunesseenaction.fr
• Pour en savoir plus sur le programme EuroMed Jeunesse, consultez le site web www.euromedyouth.net

Et encore…

Sur le site www.ressourcesjeunesse.fr

Mise en ligne le mercredi 19 novembre 2008
Modifiée le jeudi 20 novembre 2008

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