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Compte-rendu de la conférence-débat sur le moment école

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Le 16 décembre 2010, l’École supérieure de travail social (ETSUP) accueillait l’INJEP pour une conférence-débat sur l’informel à l’école à l’occasion de la parution du numéro 55 de la revue Agora débats/jeunesses «  Le "moment école" : la vie en milieu scolaire comme expérience  ». Les coordinateurs du numéro, des chercheurs et des professionnels de l’éducation étaient invités pour débattre de cette thématique.

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Bernard Bier, chargé d’études et de recherche à l’INJEP et coordinateur de ce numéro, nous explique justement que "le moment école" qui participe de l’éducation informelle fait encore peu l’objet d’analyses en France. La forme scolaire de l’école est le sujet sur lequel tout le monde porte son attention : les parents plus focalisés sur les performances scolaires des enfants et la recherche qui a tendance à se pencher sur les thèmes liés à la ségrégation sociale ou territoriale, à l’échec ou à la réussite scolaire, aux apprentissages… Pourtant, l’école est aussi une expérience avec son lot de rencontres, d’amitiés, d’inimitiés, de transgressions… L’informel à l’école permet aux jeunes de sortir progressivement de la famille, d’aller à la découverte du monde et à la rencontre de leurs pairs dans un espace possédant ses propres spécificités. Bernard Bier positionne ce dossier comme un travail exploratoire invitant à ouvrir des recherches sur le thème de l’informel à l’école.

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Alain Vulbeau, sociologue, professeur à l’université Paris-Ouest Nanterre et coordinateur de ce dossier, a présenté les quatre points essentiels mis en avant dans ce numéro :
1. le concept d’expérience (subjective et objective) au sein de l’école  ;
2. le rapport complexe entre les processus de socialisation et de sociabilité. Face au déclin de l’institution, le processus de socialisation est inversé, il commence d’abord par l’autonomie. La sociabilité renseigne sur les espaces laissés vacants par les adultes et la manière dont ces derniers sont remplis par les enfants ;
3. élargir le concept d’éducation en le distinguant de l’enseignement pour rappeler la place des autres éducations (familiale, sociale…) et les articulations entre l’éducation formelle et informelle ;
4. la place des enfants et des jeunes à travers le regard de l’École et la place politique des usagers de l’école à la recherche d’espaces publics, des lieux où l’officiel pourrait rencontrer l’officieux.

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Benjamin Moignard, sociologue et maître de conférence à l’université Paris-Est Créteil et à l’IUT de Melun-Sénart-Fontainebleau, s’est interrogé sur la place de l’informel. Médiatisée par le sociologue Guy Vincent, la forme scolaire s’organise autour de plusieurs éléments s’articulant les uns avec les autres. L’école s’inscrit donc dans un espace et un temps spécifique, une relation spécifique entre un maître et un élève, au pouvoir et aux savoirs. Ces particularités font de l’école française un espace coupé du monde extérieur ayant de plus en plus de mal à gérer les difficultés scolaires et l’hétérogénéité des publics. Cette forme scolaro-centrée, oubliant tout ce qu’il y a autour de l’école, participe au développement des inégalités scolaires. Elle tend à se normaliser et même à se généraliser dans des pays où l’informel avait une place importante dans l’éducation.

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Hélène Vandelle, conseillère principale d’éducation (CPE) au collège Louis Pergaud à Maurepas, regrette quant à elle que les services administratifs de l’école soient relégués au statut de la gestion de l’informel. Elle prône une articulation entre formel et informel et aimerait notamment que les équipes de la vie scolaire soient d’avantage associées aux politiques éducatives, notamment en travaillant sur une médiation entre pairs et sur la notion de conflit pour reconstruire du lien.

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Jean-Manuel De Queiroz, sociologue et professeur à l’université Rennes II, a conclu ce débat en axant ses propos sur le scola-centrisme de l’école. La réduction de l’enfant et de l’adolescent au statut d’apprenant est l’effet du résultat d’un agencement historique. La construction de l’école en France, et plus particulièrement l’instauration de l’école laïque - où les particularismes politiques, religieux… sont par définition exclus - ont contraint le monde éducatif à définir l’élève par soustraction. Ce que font les élèves en dehors des moments d’instruction est ignoré. Pourtant, la part proprement scolaire de ce que vivent les jeunes est incluse dans leur processus de construction identitaire. L’image que l’enseignant renvoie aux élèves interagit forcément avec les autres processus de construction identitaire des jeunes. Malheureusement, cette image est globalement négative et intervient au moment de l’adolescence, là où les jeunes doutent le plus d’eux-mêmes et ont besoin d’avoir confiance en eux. Selon Jean-Manuel De Queiroz, l’informel a une forme. Il y a des codes, des règles, des rites oraux qui codifient l’informel. Comme elles ne sont pas écrites, ces formes ne sont pas prises en compte par l’institution. Elles mettent en jeu un langage oral d’action à l’opposé du langage scolaire savant. Pour situer l’informel, Jean-Manuel De Queiroz fait un parallèle avec les travaux de Michel de Certeau sur les stratégies de pouvoir. L’informel se déroulerait donc dans les interstices temporels et spatiaux (pendant les inter-cours, dans les couloirs…). Une critique de l’informel est toutefois émise. Une partie contribuerait à reproduire les structures sociales de notre société et plus particulièrement ses inégalités.

Pour aller plus loin

Agora débats/jeunesses n° 55 : «  Le "moment école" : la vie en milieu scolaire comme expérience  »

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Ce dossier s’inscrit à contre-courant de l’idée qui tend à réduire la vie à l’école à la question scolaire. L’hypothèse du « moment école » est qu’il est, entre autres, un lieu de l’« entre-pairs ». C’est un lieu de rencontres ouvert à d’autres proximités sociales, résidentielles et à d’autres formes de contrôle que celles de la famille. Souvent ignoré, il est irréductible à celui des centres de loisirs ou de la rue. Pour les plus jeunes, le moment école permet de sortir de la famille et, pour les plus âgés, c’est un lieu néanmoins sécurisé ou à tout le moins différencié par rapport à la rue, où les bruits du monde entrent mais feutrés.

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Mise en ligne le mardi 21 décembre 2010
Modifiée le vendredi 24 février 2012

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