« Coexist » : une injonction à la tolérance particulièrement mal orthographiée ? Non : une pédagogie de lutte contre le racisme et l’antisémitisme particulièrement bien pensée. À l’heure où les violences entre bandes que certains disent « ethniquement homogènes » défraient tristement la chronique dans le XIXe arrondissement de Paris, l’Injep a décidé de pousser les feux sur le projet « Coexist », en lui consacrant un ouvrage entier de la collection Les Cahiers de l’Action.
Déconstruire les stéréotypes
« Coexist, une pédagogie contre le racisme et l’antisémitisme » est une immersion dans un programme d’intervention contre le racisme et l’antisémitisme en milieu scolaire. C’est aussi l’histoire d’une collaboration originale entre l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et les Clubs Convergences, qui fédèrent des Français issus de l’immigration maghrébine et africaine, autour d’une volontée partagée de déconstruire les stéréotypes là où s’exercent les apprentissages communs : l’école.
Du constat de l’ethnisation des conflits entre bandes de jeunes, à l’élaboration d’un programme et d’une pédagogie pour mettre en œuvre ses objectifs, l’ouvrage, en croisant les témoignages et les analyses des acteurs, met progressivement à jour les rouages d’un projet ambitieux qui mobilise depuis quatre ans militants associatifs, médiateurs et enseignants.
Éviter la stigmatisation
Le livre souligne également le travail d’une équipe de professionnels et de bénévoles, en particulier Judith Cohen-Soal, Joëlle Bordet (les coordinatrices du livre) Orly Lugassy, Aude Lecat, Auriane Abecassis, convaincue que la lutte contre les préjugés auprès des adolescents impose un travail sur le lien étroit entre l’émotionnel et le cognitif, ouvrant ainsi les portes de la prise de conscience. « Le travail sur les préjugés permet d’éviter les logiques de stigmatisation et de ciblage afin, sans concession ni naïveté, de pousser chacun à travailler sur ses propres stéréotypes », écrit Dominique Sopo, président de SOS Racisme.
Impliquer les nouvelles générations
Ce dernier loue par ailleurs la méthode pédagogique qui « évite la leçon morale et professorale » (…) et laisse des traces bien plus profondes dans l’esprit des élèves que ne le ferait une intervention « classique » (c’est-à-dire, dans le cadre scolaire français « non participatif ») ».
Le dernier et non des moindres, le projet Coexist autorise l’implication de nouvelles générations d’intervenants en milieu scolaire. Ce faisant, elle permet de toucher l’ensemble des composantes de la population, de « mener la bataille contre le racisme et l’antisémitisme auprès des jeunes générations », tout en contribuant « à offrir à la société des agents du vivre ensemble », estime Dominique Sopo. « Exprimentée en milieu scolaire, Coexist est une démarche transférable aux collectivités ou aux associations. D’où l’intérêt que nous lui portons », précise Bernard Bier directeur de la collection Les Cahiers de l’Action. Depuis 2004, 150 classes ont pu bénéficier d’une intervention des médiateurs du programme Coexist. En 2007, le prix des valeurs de la République lui a été attribué.
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