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Cinq jeunes aubagnais à l’école de l’engagement associatif avec l’Injep

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Ils souhaitaient échanger avec d’autres jeunes sur l’engagement associatif dans les quartiers. Avec le soutien de l’Injep, des jeunes d’Aubagne ont rencontré les acteurs d’expériences réussies en Ile-de-France.




Cinq jeunes issus des quartiers difficiles d’Aubagne (Bouche-du-Rhône) ont été reçus récemment à l’Injep pour une mission d’échange de pratiques et d’information sur les expériences associatives réussies en île-de-France.

Accompagnés d’un des responsables animateur du service des Sports de la municipalité et d’un éducateur de prévention, ils ont échangé avec les animateurs des associations Oxygène à Mantes-la-Jolie, R’Style (Paris 19e) et de l’Espace jeunes de Noisy-le-Roi.

La rencontre entre Ebry, Kader, Medi, Moussa, Noël et l’Injep remonte à un an en arrière. Jean-Claude Richez et Chantal de Linares, respectivement responsable et chargée d’étude et de recherche à l’unité de la Recherche des Études et de la Formation de l’Injep, intervenaient au cœur de la ville natale de Marcel Pagnol, dans le cadre d’une recherche-action menée par l’Injep sur l’accueil des 11-15 ans en centres de loisirs.

"Convivial et symbolique, le four populaire marque la synthèse des modes de vie des enfants de Bastia, d’Oran, d’Erevan, de Tizi-Ouzou, de Gênes ou de Salonique"







Les deux cadres de l’Injep sont alors conviés par leurs partenaires à participer à une fête autour d’un four populaire en plein air, réhabilité par des jeunes de quartier. Pourquoi un four populaire ? Parce que ce qu’on peut y cuire aussi bien la pizza que le pain arabe, le Kmaj, le tian de courgettes ou la tarte de viande arménienne, le Lahmadjoun, le kebab ou le fiadone corse. Convivial et symbolique, il marque la synthèse des modes de vie des enfants de Bastia, d’Oran, d’Erevan, de Tizi-Ouzou, de Gênes ou de Salonique. L’acte de ces jeunes est ouvertement militant. Il affiche cette volonté de vivre ensemble qui transcende les conflits identitaires, les replis xénophobes ou religieux.

Rencontrer d’autres jeunes pour comparer les pratiques

Pour le collectif de jeunes ayant participé à cette opération, pas question de s’arrêter là. Outre une opération de collecte de linge pour les sinistrés d’Algérie, et un grand repas festif pour des SDF, ils ont souhaité rencontré d’autres jeunes, issus, eux, de la banlieue parisienne, pour confronter leurs pratiques et réfléchir à de nouvelles modalités d’engagement à la lumière des expériences réussies ailleurs. « Pour nous, il s’agissait d’une initiative un peu atypique, puisque notre travail s’exerce en priorité auprès des professionnels de jeunesse, explique Chantal De Linares. En même temps, il est indispensable de ne pas perdre le fil avec le public auquel se destine notre action. Je tiens d’ailleurs à remercier les personnels de l’Injep, et particulièrement, Gérard Marquié, chargé d’études et de formation, qui ont sollicité leurs réseaux et mobilisé nos infrastructures pour que ce séjour soit le plus prolifique possible ».



Accueillis à l’Injep et accompagnés par un animateur et un éducateur de quartier, les cinq jeunes ont d’abord rencontré Mounir Aït Outaleb, le fondateur de l’association sportive « Oxygène », dans le quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie. La structure forme aujourd’hui parmi les meilleurs boxeurs d’Ile-de-France et a acquis au fils des années, légitimité et crédibilité. Mais ce parcours vers la reconnaissance des acteurs institutionnels ne s’est pas fait en un jour. Le responsable de l’association a dû composer, intégrer les rapports de force politiques qui s’exercent à l’échelle du territoire et privilégier les actions à forte plus-value sociale pour convaincre ses interlocuteurs.

Dynamique participative

Forte de ce témoignage, l’équipe a ensuite rendu visite aux au responsable et aux jeunes de l’Espace jeunes de Noisy-le-Roi. Ici, la banlieue est cossue. L’habitat, essentiellement composé d’habitations individuelles alignées sur des rues en damiers, au cœur des Yvelines, entre Versailles et Saint-Germain-en-Laye. Stupeur d’abord. Mais très vite les jeunes aubagnais y découvrent une politique de jeunesse ancrée sur une dynamique participative. Les jeunes de la commune sont associés à l’ensemble des actions menées par la municipalité, de l’architecture de l’espace juqu’aux activités et manifestations qui les concernent. Et parmi ceux qui s’investissent le plus dans la vie locale et associative certains ne sont pas les plus favorisés. Loin s’en faut.

"L’envie de faire génère l’action collective, puis vient le stade de la prise de conscience. Celui qui fait dire à un jeune aubagnais : "Ensemble on est plus forts". Enfin, avec la compréhension des enjeux apparaît la notion de projet"









L’équipe a ensuite emprunté le boulevard périphérique avant de piquer vers le dix-neuvième arrondissement de Paris, terrain de jeu de l’association, R’Style, dirigée par François Gautret. Celle-ci promeut la culture hip-hop sous toutes ses formes, de la danse au graff’, en passant par le documentaire. Le témoignage de ce dirigeant associatif est édifiant : « Lorsqu’ils se sont lancés dans l’aventure François Gautret et ses amis n’y connaissaient absolument rien en matière de droit associatif, de gestion de budget, ils ignoraient totalement les contraintes institutionnelles. Ils ont tout appris sur le tas. Leur réussite tient pour une bonne part à une détermination sans failles à se faire connaître et reconnaître », commente Chantal de Linares. « La découverte du paysage institutionnel, la négociation permanente, 10 ans d’acharnement et la reconnaissance qui arrive sans qu’on s’y attende, telles sont schématiquement les étapes de ces « success-stories » associatives, estime Chantal de Linares. En tant que professionnels de jeunesse, avec certains collègues, nous nous interrogeons. Y-a-t-il un sens à demander à des jeunes de se présenter à nous avec un projet ficelé ? Le parcours de François Gautret semble indiquer que c’est l’action qui précède le projet. L’envie de faire génère l’action collective, puis vient le stade de la prise de conscience. Celui qui fait dire à un jeune aubagnais : « Ensemble on est plus forts » . Enfin, avec la compréhension des enjeux apparaît la notion de projet ».

Et comme pour démentir l’idée d’une faible mobilité des jeunes des cités, une visite des gars de Mantes-la-Jolie à Aubagne est désormais programmée par des jeunes des cités de la région parisienne.

Mise en ligne le lundi 7 mai 2007
Modifiée le jeudi 10 mai 2007

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