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Chronologie Etat - Mouvements d’éducation populaire

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Initiatives privées et bénévolat

Des initiatives privées

Depuis le 19ème siècle et jusqu’en 1936, l’éducation populaire cheminait de manière relativement autonome sans que l’Etat l’intègre aux politiques publiques. Elle était très largement le fait d’initiatives privées et fonctionnait sur la base du bénévolat et du volontariat. Il faut souligner que l’éducation populaire était cependant bien vivante depuis la fin du 19ème siècle (universités populaires, ciné-clubs, cours du soir, scoutisme, mouvements de jeunesse, mouvements chrétiens…).

Début de l’institutionnalisation

L’Etat se mêle des loisirs, du temps libre, de l’extra scolaire

Mais au cours du 20ème siècle, les milieux de l’éducation populaire rentrent dans un processus d’institutionnalisation. Ces milieux seront tout d’abord véritablement dynamisés par la période du Front populaire (1936) qui voit le développement du temps libre et des loisirs (loi sur les congés payés et loi sur la semaine de 40 heures en juin 1936), et se mettre en place le sous secrétariat des Loisirs et des Sports dirigé par Léo Lagrange. Ce dernier va s’attacher à développer les auberges de jeunesse (qui existaient depuis 1929), le sport, les loisirs culturels et la santé.

Vichy et l’après-guerre : confirmation du processus d’institutionnalisation

Le processus d’institutionnalisation se confirmera ensuite par le biais du système d’agrément et de subventions instauré sous Vichy, puis par la mise sous tutelle ministérielle. Sous le régime de Vichy, deux secteurs éducatifs distincts vont se développer, d’un côté les mouvements officiels (essentiellement les politiques jeunesse de Vichy), de l’autre, les mouvements issus de la résistance. Ces deux pendants formeront un certain héritage de l’éducation populaire de l’après-guerre jusqu’à nos jours. De nombreux mouvements d’éducation populaire seront donc issus de la résistance puis de la Libération.

L’apparition de véritables dispositifs institutionnels

L’après Libération confirme le rôle grandissant de l’Etat dans les secteurs de l’éducation populaire et de son institutionnalisation. L’Etat développe alors des centres régionaux d’éducation populaire et de sport ; les CREPS et un institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire : l’Injep (en 1946).

A LIRE CI-DESSOUS

Extrait d’un entretien avec Jean-Claude Richez, (février 2005) ancien adjoint éducation populaire à la mairie de Strasbourg, directeur de l’Unité recherche, études, formation à l’Injep

"Après la guerre, l’Etat s’empare de la question de l’éducation populaire en créant une Direction de l’éducation populaire ; les CREPS au niveau régional et un institut national qui est l’Injep va connaître les fluctuations de l’éducation populaire. D’abord institut surtout d’éducation populaire, il va faire une place de plus en plus grande à l’animation socioculturelle et ensuite se pencher plutôt sur les questions de jeunesse. En particulier dans les années 60, l’Injep occupe une place très importante dans le développement de l’animation socioculturelle. Puisque les cadres des MJC dans les années 60 vont être formés pour une large part dans le cadre de l’Injep dans une logique plus d’animation socioculturelle professionnelle que d’éducation populaire."

Jean-Claude Richez

A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un article de Françoise Tétard, "De l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie, un siècle d’éducation populaire", publié dans la revue Esprit, Quelle culture défendre ?, mars-avril 2002

Il y a eu, dans l’ensemble, continuité de la politique en direction de la jeunesse et éducation populaire sous le gouvernement de Vichy et à la Libération ?

"Ce n’est pas si simple. Il a fallu tout de même établir des commissions qui ont eu pour rôle de remettre de l’ordre dans les rangs. Leur appellation est sans ambiguïté : Commission de la Hache et Commission de la Guillotine… Néanmoins, il est vrai qu’il y a "reconduction" d’un certain nombre de mesures prises sous Pétain, et notamment le titre 4 des subventions accordées aux mouvements de jeunesse et d’éducation populaire ; c’est en 1943 que le gouvernement de Vichy avaient versé les premières subventions (jusque là, les mouvements vivaient de leurs propres ressources, adhésions ou dons) et accordé les premiers postes de mis à disposition (pris essentiellement sur les effectifs du ministère de l’Education Nationale) dans ce secteur. Il fallait cependant procéder à quelques éliminations nécessaires ; elles furent opérées à partir de l’ordonnance sur l’agrément "Jeunesse et Education Populaire", préparée par le gouvernement d’Alger et promulguée le 2 octobre 1943. Cet agrément devenait obligatoire pour toute association souhaitant recevoir une subvention. C’est ainsi que ce qui n’était encore qu’un faisceau d’initiatives privées dispersées devint un secteur d’intervention de l’Etat, régi sur le principe d’un pluralisme contrôlé."

"Les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire constituaient désormais un corps intermédiaire, ils étaient devenus les interlocuteurs obligés d’un Etat qui avait besoin d’eux pour exercer ses politiques éducatives. Le traumatisme de la guerre est présent dans tous les esprits, et le risque d’embrigadement de la jeunesse ne peut être pris : faire appel à la palette la plus large possible des courants de pensée apparaît comme une garantie nécessaire. La contrepartie est que l’Etat s’interdit de mener toute action directe s’adressant à la jeunesse, dont on pense à l’époque qu’elle est fragile et influençable. Une relation duelle entre l’Etat et ses jeunes serait vécue comme potentiellement dangereuse pour toute éducation en dehors et à côté de l’école, école qui elle-même, depuis Jules Ferry, était majoritairement publique…"

Françoise Tétard

Mise sous tutelle ministérielle

En 1945, Jean Guéhenno sera chargé de la Direction de l’Éducation populaire, "la première véritable organisation officielle de l’éducation populaire" au sein de gouvernement du Général De Gaulle. Un corps officiel d’instructeurs spécialisés sera constitué. Les politiques de jeunesse vont se multiplier, elles formeront avec celles d’éducation populaire, un secteur à part entière désigné sous le sigle JEP (Jeunesse et Education Populaire). Les deux axes de ce secteur seront très souvent confondus.

Le champ des loisirs, de la jeunesse, de l’animation s’autonomise. Dans cette logique, seront créés un Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports en 1958 (décret du 27 septembre 1958) puis un Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports en 1963 (décret du 29 juin 1963).

Le rôle des différents ministères

Si le ministère de la Jeunesse et des Sports (crée en 1967), et avant lui le Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports et le Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, est celui qui a joué le plus grand rôle dans le développement de l’éducation populaire, il n’est cependant pas le seul à y avoir contribué. Selon les périodes et les axes politiques, d’autres ministères ont pris en charge une partie des activités liées à ce secteur : il en va ainsi du ministère de l’Agriculture, de la Culture, de l’Education Nationale, de la Justice (Protection Judiciaire de la Jeunesse) ou encore des Affaires étrangères.

Les actions dites d’éducation populaire recouvrent en effet plusieurs champs d’activités qui ne sont pas réductibles à telle ou telle politique ministérielle. Mais, le projet d’un ministère de la culture qui a vu le jour en 1959 a mis de côté l’éducation populaire, dont certaines associations ont d’abord été intégrées au ministère de Malraux puis sont retournées en 1962 vers le ministère Jeunesse et Sports. Ce revirement montre que les enjeux sont importants et que la vision de la culture portée par l’éducation populaire diffère de celle d’un ministère de la Culture, tout comme les méthodes de l’éducation populaire se distinguent globalement des méthodes de l’enseignement scolaire.

Le tournant des années 60 et 70 : cogestion, nouveaux projets et professionnalisation

Avec les années 60 et 70, qui verront se développer les lois sur la formation permanente (1971), l’animation socioculturelle et l’action culturelle, le processus d’institutionnalisation sera renforcé par l’équipement et la professionnalisation (animateurs professionnels versus bénévolat).

En effet, la nouveauté des années 60, tient dans la planification des équipements culturels, socio-éducatifs et sportifs et la formation d’animateurs professionnels ; deux composantes qui institutionnaliseront plus encore les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. Les grandes fédérations étaient également demandeuses de ces équipements ; une certaine complicité s’érige entre l’Etat et les mouvements, ce sont des à présent de véritables partenaires engagés dans une politique de cogestion.

Le FONJEP et la cogestion

Dans cette optique est créé en 1964, le Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire (FONJEP) sous la forme d’une association de la loi de 1901. Il réunit des financeurs publics et des associations, et a pour but de faciliter la rétribution des personnels permanents remplissant des fonctions d’animation et de gestion, employés par les mouvements de jeunesse, les associations d’éducation populaire, les organismes de droit privé à but non lucratif concourant à l’action sociale.

A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un entretien avec Denis Adam, secrétaire général du SEP (Syndicat d’éducation populaire) (octobre 2004)

"Le FONJEP, c’est l’argent ; c’est l’idée d’aider les fédérations d’éducation populaire, on est vraiment dans la cogestion. Le FONJEP, c’est l’Etat qui paye des postes d’animateurs sur des projets des fédérations. Un poste FONJEP, c’est une subvention de l’Etat sur un poste. Alors, ça s’est un peu dévoyé dans le sens où à une époque c’était que jeunesse - éducation populaire, aujourd’hui, il y a des postes FONJEP sports, politique de la ville etc."

Denis Adam

Le CNAJEP : interlocuteur de l’Etat

Parallèlement, en 1968, est crée le CNAJEP : Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire. Il s’agit d’une coordination d’associations, d’unions, de fédérations et de mouvements nationaux de jeunesse et d’éducation populaire qui se veut interlocuteur de l’Etat.

A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un entretien avec Denis Adam, secrétaire général du SEP (Syndicat d’éducation populaire) (octobre 2004)

"Le CNAJEP… représentation des associations, mais en même temps, contre pouvoir, en tout cas interlocuteur si on ne veut pas dire contre pouvoir, interlocuteur de l’Etat. C’est-à-dire qu’à un moment donné à la Libération la grande idée, ça a été la cogestion. Cogérer, c’est les mouvements d’éducation populaire et l’Etat qui gèrent ensemble. Très vite, l’Etat dit, c’est moi qui décide. Les autres, s’ils veulent peser, de tout leur poids, en disant d’accord c’est vous qui décidez, c’est vous qui financez, mais on voudrait quand même avoir quelque chose à dire sur la façon dont vous dépensez votre argent, il faut qu’ils fassent poids. S’ils y vont chacun de leur côté, ils ne font pas suffisamment masse, donc il faut un collectif qui monte au créneau des ministères. Du coup, c’est ça le CNAJEP. C’est un espèce de lobbying."

Denis Adam

La formation des adultes : un nouveau marché

Ensuite, avec les lois de 1971 sur l’éducation permanente, de nombreux organismes de formation vont venir concurrencer le terrain sur lequel agissaient les associations d’éducation populaire (alphabétisation, rattrapage scolaire, initiations culturelles, formation). La formation devient un marché et les critères de rentabilité et d’efficacité prennent le pas sur la volonté de démocratisation.

Evolution des modes de financement

Progressivement, le passage d’une politique de subventionnement à une politique de convention va influer sur le fonctionnement des mouvements qui auront des relations plus contractualisées avec les pouvoirs publics ; réduisant de la même manière leur marge de liberté. Avec la décentralisation, l’Etat se désengage peu à peu depuis les années 80 (suppression de postes, diminution des subventions, etc).

De la reconnaissance à l’instrumentalisation

La reconnaissance de l’Etat a été largement revendiquée par les mouvements d’éducation populaire, objet de convoitise, elle est cependant de plus en plus remise en question. Cette reconnaissance institutionnelle, de par les compromis qu’elle suppose, a mis à mal la volonté d’autonomie des mouvements. Régulièrement, le danger de l’instrumentalisation des mouvements par les pouvoirs publics est stigmatisé. Il est vrai que les associations et mouvements peuvent être le relais de l’appareil d’Etat. Ainsi, on peut dire que les rapports Etat - mouvements sont souvent ambivalents.

Aujourd’hui, les critiques de ces mouvements s’adressent à l’Etat qui se désengage, notamment avec la décentralisation, les subventions sont considérablement réduites et les postes habituellement attribués aux grandes fédérations sont supprimés. Cette désimplication a été progressive ; en effet, depuis les années 60, l’éducation populaire est taxée de ringardise. Cette stigmatisation s’est en partie nourrie du clivage entre le culturel et le socioculturel qui prend ses racines avec la politique culturelle de Malraux.

Conclusion

Globalement, depuis la deuxième guerre mondiale, l’Etat et les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire entretiennent des rapports ténus, marquant un besoin réciproque, menant parfois à une dépendance pour les mouvements. Cette dépendance aurait généré une diminution d’initiatives et de projets de la part des mouvements qui auraient surtout cherché à répondre aux offres publiques.

A partir des années 60, tout un pan de l’éducation populaire se confondra avec l’animation socioculturelle, l’éducation permanente, les politiques d’insertion…etc. Ainsi, basés au départ sur le militantisme et le bénévolat, les mouvements et les acteurs de l’éducation populaire se voient peu à peu professionnalisés et intégrés à des dispositifs publics. Pour beaucoup d’observateurs, cette évolution marque le déclin de l’éducation populaire : instrumentalisation, professionnalisation, spécialisation, fonctionnalisation.


Ressources

>>>Parcours Etat Document n°1  : Article de Manuel Boucher "L’éducation populaire, la "nouvelle question sociale" et son projet d’émancipation ?"

>>>Parcours Etat : Bibliographie  : Bibliographie du parcours "Etat"

Mise en ligne le lundi 4 février 2008
Modifiée le jeudi 3 avril 2008

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