Présentation du projet Webtrotteurs des quartiers sur le site
http://www.webtrotteurs-quartiers.org
En France et dans le reste du monde, le réseau des Webtrotteurs des quartiers se développe. Coordonné par l’association UrbanProd, l’opération a pour objectif d’initier les jeunes aux technologies de l’information et de la communication par la pratique du reportage multimédia.
Qui sont les webtrotteurs des quartiers ?
Ce sont des jeunes de 15 à 25 ans qui, au sein d’un espace public numérique, s’initient aux outils informatiques, à l’Internet et acquièrent des notions journalistiques de base. S’inspirant de leurs aînés de la rédaction multimédia de Radio France, les webtrotteurs couvrent des événements culturels, traitent des sujets d’actualité, ou mènent l’enquête sur des phénomènes de société. De la définition de la ligne éditoriale jusqu’à la mise en ligne, en passant par la réalisation d’interviews multimédia, les webtrotteurs sont des acteurs - producteurs du web. Tous leurs reportages sont mis en ligne sur le site du réseau.
Les ateliers webtrotteurs des quartiers
Permettre aux jeunes de devenir acteurs de l’Internet à travers un usage innovant des technologies de la communication requiert un apprentissage et un processus pédagogique original. Les pratiques éducatives classiques s’en trouvent enrichies et les structures d’accueil se transforment le temps des vacances ou de façon plus régulière, en salle de rédaction multimédia, accueillant des ateliers webtrotteurs.
Sous la forme d’une intervention ponctuelle ou inscrit dans la durée, l’atelier webtrotteur regroupe 5 à 8 jeunes encadrés par un animateur multimédia. L’atelier débute par l’explication détaillée du projet (ses enjeux, ses étapes, ses acteurs) et définit l’implication des jeunes dans son déroulement. Sensibilisés et initiés aux outils du projet (Internet, logiciels, appareil photo numérique, enregistreur minidisc) et aux notions d’écriture multimédia, les jeunes réalisent eux-mêmes une série d’interviews, prennent des photos numériques, rédigent le contenu des articles et participent à la mise en forme et en ligne des reportages. L’atelier webtrotteurs devient alors l’occasion de susciter des débats entre jeunes, de découvrir des événements, des lieux, des métiers, de favoriser les rencontres entre générations, bref, de découvrir sa ville autrement. En plaçant les jeunes comme acteurs d’un projet, l’atelier favorise l’appropriation de nouvelles connaissances et contribue au développement de leur capacité d’expression, de rédaction, d’écoute et d’organisation.
Le réseau s’étend sur six pays :
La France bien sûr, qui compte près de 80 structures, mais aussi la Belgique, l’Algérie, les Comores, le Sénégal et le Québec (Canada). Ce sont au total plus de 120 structures qui ont participé aux ateliers des Webtrotteurs des Quartiers, et qui ont alimenté l’ancienne plateforme web du projet, lorsqu’elle était portée par Initial, en réalisant des web reportages.
"Webtrotteurs, éducation populaire et société de l’information"
Article de Jean Pouly ; initiateur du projet "Webtrotteurs des quartiers" au sein de l’association Initial (qui a cessé ses activités depuis août 2004), mis en ligne en 2002. En ligne sur le site de l’association i3c : http://www.i3c-asso.org/article.php…
"La société de l’information renouvelle les pratiques de l’éducation populaire. L’expérience des webtrotteurs des quartiers montre un décloisonnement des pratiques pédagogiques et la nécessité d’éduquer aux nouveaux médias. Le "fossé numérique" est aujourd’hui un fourre-tout pratique pour recouvrir en deux mots la réalité multiple et complexe de l’accès inégal aux outils et aux contenus des TIC. Cette réduction du débat à un simple slogan évince souvent l’ensemble des enjeux qui sont liés aux risques d’une société de l’information "à plusieurs vitesses". Un de ces enjeux est la nécessité d’éduquer les jeunes aux nouveaux médias. L’association Initial, basée à Marseille, explore depuis 1997 le champ de la "médiation multimédia" pour tenter de mettre en rapport des publics "défavorisés" et les outils du multimédia et de l’Internet, afin de produire de nouveaux usages collectifs ayant une dimension sociale, pédagogique ou culturelle. De ses nombreux projets, issus d’une pratique quotidienne de l’animation multimédia, un projet en particulier a permis de faire naître une expérience originale sur "l’expression interactive" des 15-25 ans : les Webtrotteurs des quartiers.
Au départ, les reporters professionnels de Radio France inventent le concept du "Webtrotteur" ou reporter multimédia mobile. Ce néologisme recouvre en fait une nouvelle activité en plein défrichage : le "web journalisme". Convaincu que le reportage multimédia pouvait constituer un moyen pertinent de déclencher la pratique des TIC chez les jeunes, Initial décide de donner à des centaines de jeunes provenant de quartiers populaires de 25 villes françaises, les moyens d’être eux aussi, des Webtrotteurs. Equipés d’appareils photo numériques et d’enregistreurs minidisc, encadrés par des animateurs multimédia, ces adolescents peuvent se confronter aux exigences du web journalisme : comités de rédaction, prise de rendez-vous, interviews multimédia, écriture multimédia, manipulation des images, du texte , des hyperliens et du son, mise en page et mise en ligne. Un ensemble de partenariats presse permet une diffusion importante et valorisante des reportages produits par les jeunes. L’opération est récompensée par le premier prix du Prix Multimédia de Radio France décerné lors du dernier Festival Scoop d’Angers.
L’objectif central du projet (déclencher la pratique du web chez les jeunes) est largement rempli et il s’inscrit parfaitement dans la mission de médiation multimédia de l’association. Cependant, Initial a ensuite pris conscience des autres potentialités du concept des Webtrotteurs des quartiers en terme de médiation et d’éducation populaire. Projet de médiation multimédia à l’origine, le projet est également un formidable outil de médiation culturelle et peut donc devenir un outil de médiation d’une manière beaucoup plus générale (scientifique, patrimoniale…). Instrument de médiation entre des publics et des outils, il peut aussi devenir un moyen d’expression particulièrement intéressant. C’est vers cette piste que le projet s’oriente. Ce choix part d’un constat assez simple. Il n’existe aujourd’hui, dans une société pourtant très "médiatique", que très peu de "tribunes d’expression" pour la jeunesse et les opportunités aujourd’hui offertes par Internet sont à notre avis, sous-utilisées ou mal utilisées. Les chats et les forums font généralement l’objet d’usages "pulsionnels", permettant aux jeunes de se "défouler" derrière l’anonymat des pseudonymes. La fréquentation de ces espaces de communication virtuels ne répond pas, dans la majorité des cas, à une pratique éducative, motivée par une recherche de connaissance sur un ensemble de sujets. Cette pratique, si elle reste unique et majoritaire, risque de réduire la communication à une pratique pulsionnelle et de mettre à distance les communicants. Ce constat questionne dans son fondement la notion d’éducation populaire devant les enjeux de la société de l’information. Cette question a été largement abordée lors d’un colloque sur l’éducation populaire, organisée par la Ville de Strasbourg en novembre 2000.
Une des pistes de réflexion mise en avant lors des débats, est de donner à la jeunesse les moyens d’une réflexion critique et subjective sur son "environnement". Concernant la société de l’information, il s’agirait donc de connaître ses outils, ses mécanismes, ses acteurs, ses enjeux… Vaste chantier où se croise l’éducation à l’image, aux médias et à la notion même de communication.
L’ambition du projet "Webtrotteurs des quartiers", tel que nous le définissons aujourd’hui, est d’expérimenter, à partir des acquis du projet, un module d’expression interactive, articulé entre la pratique d’une communication de terrain et la pratique d’une communication interactive, sur des supports en ligne. Nous proposons de mettre en place un vaste chantier expérimental sur cette question, dans la région marseillaise et en partenariat avec un ensemble de régions. Autour de plusieurs expériences, nous testons divers ateliers de reportages multimédia, avec un objectif central : permettre la construction d’un discours critique des jeunes sur un ensemble de sujets de société en utilisant les potentialités et les ressources des TIC. A terme, le projet a pour ambition de mettre en place progressivement un réseau de reporters multimédia capables de produire une information propre."
Mettre en place un projet "webtrotteurs de quartier"
La suite du projet ; interview de Raùl Montero ; formateur et animateur d’ateliers "webreportage", de l’association Vecam (http://www.vecam.org/). Interview réalisée par Philippe Cazeneuve pour l’association Créatif, disponible en ligne : http://www.creatif-public.net/artic…
L’association Initial de Marseille a arrêté ses activités en août 2004 … mais les webtrotteurs courent encore !! Raúl Montero, un des piliers de l’équipe, continue à développer les projets webtrotteurs sous une autre bannière, celle de l’association VECAM. Interview réalisée en juillet 2004 à Brest, lors du Forum des Usages Coopératifs.
Les objectifs du projet et le public visé L’objectif premier est le déclenchement de la pratique multimédia : familiarisation avec l’ordinateur, les logiciels, l’appareil photo numérique et l’Internet. Ensuite ce qui découle du travail de reportage, qui est plutôt notre objectif principal : sortir du quartier, ouvrir son horizon, le travail en équipe et la prise de parole. Le projet est proposé à des 15-25 ans, même si dans la pratique on touche les jeunes à partir de 13 ans. On s’adresse surtout à des jeunes qui habitent les quartiers relevant de la Politique de la Ville, qui sont soit en insertion, soit employés ou scolarisés, c’est très variable.
Les points forts du projet par rapport au public "Jeunes" On avait fait le pari de l’ouverture, que les jeunes sortent de leur quartier et aillent voir d’autres choses, et je pense que ce pari est vraiment atteint. C’est quelque chose qui a été constaté plusieurs fois et sur des ouvertures qui restent durables. Par exemple des groupes de jeunes des quartiers Nord de Marseille qui vont pour la première fois à un festival de danse contemporaine et qui après en redemandent, et pendant une longue durée. L’autre point positif, c’est que l’outil Internet ne reste qu’un outil. La publication sur le net, ce n’est pas négligeable, mais le plus important, c’est le processus…. Tout ce qui se passe à travers la création du reportage, le travail d’équipe, la rencontre de personnes en dehors du cercle du centre social ou de l’équipe, le croisement avec des jeunes d’autres équipes… Une des clés du succès de ce projet, c’est que c’est ludique, c’est ouvert à toute proposition, ils peuvent choisir ce qui les intéresse, et c’est évolutif, on commence à un niveau et on évolue au rythme de chaque personne.
L’intérêt de ce type de projet pour les animateurs des structures socioculturelles Pour l’animateur, cela représente une ouverture de ses propres compétences. Il va falloir que la personne soit non seulement animateur, mais qu’elle acquiert en plus de nouvelles compétences de type : gestion de projet, logistique si elle participe par exemple à un festival, … Le résultat valorise le métier de l’animateur et parfois on constate une évolution de carrière à l’intérieur de la structure. Pour les structures, il s’agit d’un projet presque "clés en main". On travaille beaucoup avec des structures qui ont un équipement, mais qui ne savent pas quoi faire en terme pédagogique, mis à part mettre à disposition des ordinateurs pour la consultation. Ça apporte un plus en terme de visibilité, vis à vis des publics tout autant que des partenaires, et cela peut aider pour fidéliser la fréquentation d’un groupe de jeunes. L’appartenance à un réseau de collaboration facilite beaucoup le croisement d’expériences, la possibilité d’organiser des voyages à l’étranger, difficiles à organiser par soi-même.
Le travail avec le son et l’image peut attirer un certain public réfractaire à l’écriture. Dans le partage des taches du travail en équipe, les jeunes finissent par toucher peu à peu, de manière progressive, l’écrit, en même temps que les médias qui les éclatent le plus (en mettant des commentaires aux photos, en faisant un résumé de leur entretien audio…) C’est la richesse du support multimédia. Il y a le côté ludique de la prise de photos, de la prise de son, du retraitement sur l’ordinateur… Même si tu as des difficultés pour écrire, ton travail a de la valeur.
Les difficultés principales La lourdeur de l’activité : il faut mobiliser et fidéliser un groupe, il faut lui donner envie de faire le travail jusqu’à la fin pour obtenir un travail achevé. Il faut développer des compétences nouvelles autour du projet (logistique, technique, d’animation, journalistique, travail en réseau, Le nombre de personnes que l’on peut toucher est restreint (4 à 8 jeunes par animateur), donc l’animateur et la structure sont confrontés à un choix, et ce choix peut-être difficile parfois, La fragilité et le manque de moyens humains des structures d’animation auprès des publics jeunes. La durée minimum d’un projet. On a déjà fait des reportages sur une demi-journée, mais dans ce cas tout doit être préparé à l’avance et les conditions réunies pour le faire. On a fait des vidéomatons, ça se fait très vite, avec un dispositif très léger, Les qualités et les compétences requises pour l’animateur :
- Etre capable de réunir les personnes qui puissent l’aider. Ce n’est pas la peine d’avoir soi-même toute les compétences, mais il faut savoir mobiliser celles des autres pour mener le projet à son terme,
- Etre capable d’animer un groupe, de motiver les jeunes, de les faire travailler ensemble, de les amener à écrire (tu peux le faire avec l’aide d’un journaliste, d’un animateur d’ateliers d’écriture, …),
- Avoir un minimum de compétences techniques pour effectuer les reportages : animer un comité de rédaction, aider à rédiger des articles, savoir utiliser un appareil photo numérique, savoir prendre le son (ensuite tu peux te faire aider pour la mise en page et la mise en ligne). Mettre en place des partenariats pour réussir son projet
- Le premier partenariat à mettre en place, c’est un partenariat en interne. Il faut que le porteur de projet soit conscient de la lourdeur d’un tel projet, mais aussi de l’importance qu’il peut prendre. Donc, il faut une bonne coordination en interne pour que l’animateur puisse faire son travail correctement. Il est important de trouver des personnes-ressources au niveau de l’accompagnement à l’écriture, car c’est le manque principal des animateurs qui ont la plupart du temps eux-mêmes des difficultés à écrire ! - Le partenariat avec les médias permet que les jeunes puissent avoir un retour dans la presse à propos de leur travail, qu’il soit valorisé, que le site soit visité, … Les retombées sur la durée de la participation à un tel projet. Certains retours sont encourageants parmi les premiers webtrotteurs de Marseille : on a un jeune qui est aujourd’hui à Sciences-Po pour devenir journaliste, une autre qui fait des études de biologie pour faire de la médiation scientifique dans un musée, … Mais on a des retours plus élémentaires de jeunes qui se disent beaucoup plus sûrs d’eux-mêmes et plus à l’aise par rapport à l’oral, aux relations avec les autres, par rapport au travail à l’école, … On a eu des jeunes au chômage, qui après l’expérience avec les webtrotteurs ont trouvé du travail grâce à leurs nouvelles compétences dans l’utilisation de l’ordinateur, …
Contact : raul.montero@vecam.org
L’association Urbanprod (multimédia de proximité) basée à Marseille : http://www.urbanprod.net/ a repris le projet Webtrotteurs depuis fin 2005, Raul Montero en est le président.
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