Pourquoi le gouvernement français s’est-il intéressé aux apéros géants ?
Au printemps 2010, plusieurs apéros géants se sont déroulés dans différentes grandes villes de France. Des milliers de jeunes s’étaient réunis pour faire la fête et l’un d’entre eux a malheureusement trouvé la mort à Nantes. Au-delà de ce tragique évènement, ces apéros géants ont mis en lumière les nouvelles façons de faire la fête des jeunes et ont fortement interpellé les pouvoirs publics, les collectivités locales et d’une manière plus générale, l’opinion publique. Le gouvernement s’est saisi de cette question et a mis en place un groupe de travail « Accompagnement des apéros géants et des rassemblements festifs » réunissant des représentants de différents ministères (Santé, Jeunesse, Intérieur…), des associations de jeunesse et d’éducation populaire, des représentants de mouvements de jeunes (syndicats étudiants…), des opérateurs dans le champ du secours aux personnes, des élus et des sociologues. Compte tenu de mon expérience et de mon parcours, j’ai été invité à y participer pour présenter le travail de médiation effectué dans le Cher (cf. encadré). Ce groupe de travail national s’est réuni à différentes reprises au cours du premier semestre 2010.
Quelles ont été les conclusions du groupe de travail « Accompagnement des apéros géants » ?
Nous avons dans un premier temps effectué un diagnostic de la situation puis nous avons établi un certain nombre de recommandations. Les apéros géants du printemps dernier ont fortement fait appel à des réseaux sociaux comme Facebook pour assurer leur promotion. Il a été difficile pour les organisateurs de maîtriser la fréquentation de ces événements. Or, les questions de santé, d’ordre public ou d’accompagnement des comportements à risque ne sont pas les mêmes lorsque l’on réunit une centaine de jeunes, 2 000, 5 000, ou 30 000 jeunes. Notre objectif n’est pas de stigmatiser les pratiques et comportements festifs des jeunes, nous nous situons davantage dans une optique d’accompagnement. Nous préconisons un travail en amont avec le jeune ou le groupe de jeunes désirant organiser un rassemblement festif en facilitant notamment leur rencontre avec les différents services de l’État et les collectivités locales. L’événement, quelle que soit sa nature, doit être bâti dans le respect du sens de la fête, des habitants, des sites choisis et de la sécurité des personnes.
Pourriez-vous nous présenter les principales recommandations annoncées par le ministère suite aux travaux du groupe « Accompagnement des apéros géants » ?
Les ministres ont souligné, en septembre 2010, que l’ensemble de ces mesures venaient témoigner d’une démarche ouverte des pouvoirs publics et d’une volonté de conciliation des besoins des jeunes de pouvoir participer et organiser des moments conviviaux et, d’un nécessaire rappel et respect des règles de sécurité et de prévention.
Plusieurs mesures ou recommandations ont été annoncées par le gouvernement dont celle de nommer, à la fin du mois de septembre 2010, un référent national des rassemblements festifs organisés par des jeunes afin de pouvoir assurer la transition. Cette mission m’a été confiée. Jusqu’à présent, au niveau national, je n’ai été saisi qu’à trois reprises par des jeunes porteurs d’un projet de rassemblement mais les différents événements festifs débutent plus tardivement, aux alentours du mois de mai.
Mon premier travail a été d’organiser, avec de nombreux partenaires, une rencontre nationale intitulée « Fêtes, Jeunesses et Territoires » qui s’est déroulée du 20 au 22 avril dernier pendant le Printemps de Bourges. Des élus de toute la France, des sociologues, des chercheurs, des professionnels travaillant dans le champ du travail social, de la jeunesse et de l’éducation populaire y ont participé. Cette rencontre a été construite comme un temps de réflexion, d’échange et de formation sur tous les types de rassemblements festifs organisés par les jeunes (apéros géants, festivals, rave-party, Teknivals, multi sons…).
Madame Jeannette Bougrab, secrétaire d’État en charge de la jeunesse et de la Vie associative a annoncé, lors de l’ouverture officielle du colloque, qu’elle allait bientôt transmettre aux préfets une circulaire sur les événements festifs organisés par les jeunes. Elle sera accompagnée d’une Fiche réflexe rassemblant une série de conseils et de préconisations. Dans chaque département, le préfet nommera un médiateur parmi les agents de l’État. Celui-ci aura pour mission de faciliter le rapprochement entre des jeunes ayant un projet de rassemblement festif, les élus et les services de l’État et, de servir d’interface avec les associations de prévention et de secourisme.
Zoom sur le parcours professionnel d’Éric Bergeault
Chef du service Intégration sociale, politiques de jeunesse et de prévention à la DDCSPP [1] du Cher / Référent national des rassemblements festifs organisés par des jeunes
Fonctionnaire du ministère en charge de la jeunesse, Éric Bergeault travaille depuis 1995 dans le département du Cher. L’organisation sur ce territoire d’un festival de grande ampleur, le Printemps de Bourges, l’a poussé à s’intéresser très rapidement aux questions relatives aux addictions et aux pratiques culturelles. Il s’est peu à peu vu confier la coordination des actions de prévention sur l’ensemble du festival et sur les rassemblements électro organisés en marge du Printemps de Bourges. En 2003, Éric Bergeault a été désigné médiateur État en milieu techno par le Préfet du Cher. Cette nomination l’a amené à travailler sur de nombreux rassemblements festifs de nature et d’ampleurs différentes. Parallèlement à son travail, il suit entre 2007 et 2008 la formation de Cycle de consultants en politique de Jeunesse de l’INJEP et rédige dans ce cadre, en 2009, un mémoire intitulé « Politiques de jeunesse et musiques électroniques. Entre rave-party et Teknival, quelle évolution des grands rassemblements ? ». Suite aux débordements rencontrés par les premiers apéros géants organisés au printemps 2010, Éric Bergeault a tout naturellement été invité à participer à un groupe de travail sur cette question. Quelques mois plus tard, Marc-Philippe Daubresse, ministre en charge de la jeunesse à cette période, le nomme référent national des rassemblements festifs organisés par des jeunes, mission confirmée par Jeannette Bougrab, secrétaire d’État en charge de la jeunesse et de la Vie associative.
Contact : eric.bergeault@cher.gouv.fr
Agenda




