Deux grandes tendances se dessinent dans l’étude des rapports médias/éducation populaire ; d’un côté une tradition d’utilisation et de l’autre, de l’autre, un questionnement teinté de méfiance. Ce qui dans les extrêmes, donne d’un côté, une fascination pour la technique (mais cela n’est pas propre à l’éducation populaire), et de l’autre, un rejet méprisant. Cependant, la situation est loin d’être aussi caricaturale ; au sein de ces tendances coexistent bien entendu des sous tendances qui seront brièvement esquissées dans cette introduction ; et illustrées dans ce parcours par des cas pratiques, des documents historiques, des interviews etc.
1) En effet, d’un côté, l’histoire et l’actualité nous montrent que les milieux de l’éducation populaire se sont depuis toujours intéressés aux médias (presse, cinéma, radio, puis télévision, viennent ensuite l’informatique, les réseaux numériques et les technologies d’information et de communication ou "TIC"). Beaucoup se sont appropriés et s’approprient encore leurs enjeux mais aussi concrètement leurs usages. En outre, au-delà de cette appropriation, nous verrons que les milieux de l’éducation populaire sont aussi à l’origine d’innovations originales dans ce domaine.
On peut donc parler de relations traditionnelles avec les médias dans le champ de l’éducation populaire ; en termes d’intérêt et d’attention, en termes d’utilisation, d’expérimentation et d’innovation, mais aussi en termes de questionnement (la communication et les médias mis en débat). En effet, quelle que soit leur position, la plupart des mouvements d’éducation populaire se sont questionnés sur les outils de communication et d’information.
Comment pourrait-il en être autrement ? Rappelons-le au risque de dire une évidence ; les médias, avec cette double mission ; outils pour la démocratie (indispensables au fonctionnement démocratique) et outils de démocratisation des savoirs, correspondent bien aux idéaux humanistes et démocratiques des acteurs de l’éducation populaire.
Cependant, toute la question a été et reste celle des manières de faire, des façons de s’approprier les médias, de les utiliser dans le sens des démarches d’éducation populaire. C’est d’abord et avant tout la finalité éducative et plus encore, éducative dans le sens éducation populaire, qui est recherchée par les mouvements d’éducation populaire dans l’utilisation des médias quels qu’ils soient.
2) Pour autant, une partie de ces mouvements restera toujours méfiante par rapport aux innovations technologiques et aux nouveaux médias, non par ignorance mais souvent avec un sentiment de défiance important. Comme si le monde des médias était totalement étranger au monde de l’éducation populaire ; les façons de faire des grands médias trop en décalage avec les méthodes de l’éducation populaire.
Cette idée reste à discuter mais certains éléments peuvent déjà expliquer cette défiance. Une des raisons à cette défiance peut s’expliquer par le sentiment d’un décalage entre le modèle de production, transmission, diffusion et réception des médias de masse et les spécificités pédagogiques et méthodologiques de l’éducation populaire. En effet, les médias de masse des 19ème et 20ème siècle permettaient-ils de développer des démarches d’éducation populaire (collaboratives, collectives, réciproques, expérimentales, conflictuelles, etc.) ? Qu’en est-il aujourd’hui avec le développement des réseaux numériques et des TIC ?
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