"Culture et télévision" : le mouvement Peuple et Culture et la télévision
Peuple et Culture s’est également intéressé aux potentialités de la télévision à partir de 1955 notamment, en créant l’association Culture et télévision. Pour Joffre Dumazedier et Joseph Rovan, fondateurs du mouvement, la télévision avait un potentiel d’éducation populaire très important.
A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un entretien avec Catherine Beaumont (février 2005). Catherine Beaumont est responsable du secteur communication de Peuple et Culture
"Joffre Dumazedier trouvait que la télévision c’était un instrument extraordinaire de diffusion de la connaissance. On l’utilisait mal, mais lui il n’arrêtait pas de dire, regarde en Amérique, il y a des télés éducatives tout au long de la journée, ça veut dire que la ménagère peut repasser et préparer à manger en apprenant une langue étrangère."
Catherine Beaumont
L’association Culture et télévision (qui disparaît autour de 1985), a édité un bulletin en trois langues intitulé "Télévision et éducation populaire" et des fiches de télévision (sur le modèle des fiches de lecture éditées par Peuple et Culture) destinées aux télé-clubs et a développé un télé-club international.
Ainsi, pour Jean-François Chosson, Culture et Télévision "a représenté la tentative la plus cohérente de synergie entre les formes de télévision et le secteur de l’éducation populaire".
A LIRE CI-DESSOUS :
"Dans les années 52-53, les premiers postes de télévision font leur apparition dans les foyers. D’emblée, les responsables de Peuple et Culture comprennent l’importance de l’enjeu pour l’éducation populaire et prennent contact avec le premier directeur de la TV, Jean d’Arcy, qui accueille très favorablement ce rapprochement. Un premier séminaire, à Noël 1953, réunit, outre les responsables de Pec, des réalisateurs tels Etienne Lalou et des personnalités de l’UNESCO comme Cassirer et Dieuzeide, pour étudier les modalités d’action commune. Une expérimentation de télé-clubs est entreprise dans l’Aisne par Roger Louis, avec l’appui de l’UNESCO.
Puis, en 1955, Joseph Rovan suscite la création de Culture et Télévision, association d’éducation internationale qui publiera un bulletin en trois langues : “Télévision et éducation populaire”. Tous les mois, une "fiche de télévision", sur le modèle des fiches de lecture, est rédigée en collaboration avec l’auteur de l’émission, à l’intention des télé-clubs. Un télé-club international propose chaque mois un débat autour d’une émission représentative d’un pays étranger. Pour cette opération, Rovan devient expert UNESCO en Italie.
Culture et Télévision a représenté la tentative la plus cohérente de synergie entre les formes de télévision et le secteur de l’éducation populaire mais a cessé ses activités depuis une dizaine d’années…Pourtant, le problème est plus que jamais actuel à l’heure des chaînes câblées et de l’avènement des autoroutes de l’information."
EN JEU TÉLÉ
Association d’éducation populaire pour la télévision. En 1990, les Cemea et les Francas fondent ensemble l’association "EN Jeu TÉLÉ " : "ENfants, JEUnes et TELEvisions".
Cette défunte association éditait une publication intitulée "ZAPP". Le site des Cemea garde une trace de cette publication, il est donc possible de lire les articles réalisés.
Site mémoire de ZAPP : http://www.cemea.asso.fr/zapp
EN JEU TÉLÉ était à la fois :
- un lieu d’expression des jeunes à propos de la télévision,
- un lieu de rencontres et de réflexions,
- un partenaire des décideurs et des professionnels de la télévision.
EN JEU TÉLÉ visait à :
- favoriser et diffuser l’expression des jeunes à propos de la télévision et agir pour que ceux-ci soient reconnus comme acteurs dans l’espace télévisuel,
- élaborer des actions en partenariat avec les décideurs et les professionnels de la télévision,
- susciter des événements tels que colloques, campagnes d’information, etc.
L’association éditait aussi des vidéocassettes pour accompagner des actions de formation ou de sensibilisation à propos de la télévision et de la vidéo, accompagnée de documents pédagogiques.
A lire sur EN JEU TÉLÉ : http://cemeantc.chez-alice.fr/enjeu…
"La vie en plus" : l’éduc pop à la télé
Entre 1996 et 1997, la Cinquième a diffusé tous les samedis un magazine d’actions citoyennes réalisé avec des acteurs d’éducation populaire. Une expérience unique et brève dans l’histoire de la télévision et de l’éducation populaire !
"La vie en en plus", émission diffusée hebdomadairement sur la Cinquième entre 1996 et 1997, représente un exemple rare de partenariat entre acteurs de la télévision et mouvements d’éducation populaire pour produire une émission. Il s’agissait d’un magazine d’actions citoyennes se voulant le reflet des actions menées partout sur le territoire par le monde associatif. Cette émission donnait la parole aux acteurs investis dans les cités, dans les villages ou dans les quartiers. Un regard croisé sur un même thème était proposé chaque semaine.
Le comité éditorial de "La vie en plus" comptait plusieurs mouvements d’éducation populaire :
- les Cemea,
- l’Anacej,
- les Francas,
- La Ligue de l’enseignement
- et la Fédération des centres sociaux
L’animation était confiée à Jérôme Bouvier, journaliste à Radio France.
>>>Parcours médias Document n°6 : "Citoyenneté et télévision : une alliance en devenir". Article publié dans Les idées en mouvement (revue de La Ligue de l’enseignement) n° 50, juin-juillet 1997.
La cinquième : un nouvel espoir
"La vie en plus" diffusé pendant un an sur la Cinquième a donc constitué une expérience unique. La Cinquième et ensuite ARTE ont fait naître beaucoup d’espoir dans les milieux de l’éducation populaire. Il s’agit de chaînes avec une volonté éducative, se voulant "télévision populaire" mais pour autant, cela a-t-il contribué à développer l’éducation populaire ? S’agit-il de la même conception de l’éducation populaire ?
A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un entretien avec Denise Barriolade (janvier 2005). Denise Barriolade a longtemps été au ministère de la Jeunesse et des Sports et a fait partie du comité de pilotage de l’offre publique de réflexion sur l’éducation populaire (OPR)
"Quand Jean-Marie Cavada était président de la Cinquième, on a eu beaucoup d’espoir parce que c’est quelqu’un qui parle volontiers d’éducation populaire. C’est d’ailleurs à ce titre-là qu’un jour on lui a demandé d’être président du CIDJ.
Mais quand il parle d’éducation populaire, il en parle d’une façon 19ème siècle, c’est-à-dire que pour lui il s’agit que tout le monde ait accès à la culture, à la connaissance etc. c’est tout juste si ce n’est pas apprendre à lire ! J’ai participé pendant des années à l’université d’été de la communication à Hourtin, et j’y ai souvent entendu Jean-Marie Cavada parler d’éducation populaire. Je me suis rendue compte qu’il y avait un écart de langage important."
Denise Barriolade
En 1994, dans le contexte de la naissance d’Arte, chaîne "d’accès au savoir", l’éducation populaire encore une fois prend acte et s’investit en se faisant le médiateur entre le monde des médias et les publics.
Ainsi, l’Injep (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) édite en mai 1994 un dossier pédagogique consacré à la naissance d’Arte : "Dossiers pédagogiques n°1, mai 1994 : "De la chaîne éducative… à la chaîne d’accès au savoir". Injep, Pierre Duriez, Tome 1
Il s’agit d’un dossier documentaire destiné au grand public, mais avec un propos destiné aux professionnels de la télévision qui est pour résumer : il faut prendre en compte le monde associatif qui est sur le terrain et les publics dans la mise en place de cette nouvelle chaîne, et un propos destiné aux mouvements associatifs et d’éducation populaire qui vise à les investir dans un travail en commun avec les professionnels de la télévision ; une occasion de réconcilier éducation populaire et médias audiovisuels.
A LIRE CI-DESSOUS : Extraits des Dossiers pédagogiques n°1, mai 1994 :
"Ce projet a donné lieu en quelques mois, à un ensemble foisonnant de réflexions, d’études, de rapports, de prises de position. Foisonnant, mais circonscrit à quelques milieux : celui des administrations centrales et du monde politique, celui des professionnels de l’audiovisuel et des médias. Cette matière reste, pour l’essentiel, encore trop étrangère aux futurs téléspectateurs de cette nouvelle chaîne. Trop éloignée, aussi, des professionnels du terrain, animateurs, éducateurs, enseignants, formateurs, responsables associatifs ou médiateurs sociaux, lesquels seront pourtant les premiers intéressés au bon usage de cette nouvelle chaîne d’accès aux savoirs.
Trois considérations ont amené l’Injep à mettre en chantier un outil d’information et documentaire sur la chaîne éducative, à destination des professionnels de l’animation et des responsables associatifs.
L’idée même de cette chaîne manque, pour une grande partie du public, de corps et d’identité. Cette situation est probablement normale, s’agissant d’un projet en gestation ; son maintien serait un handicap lors de l’ouverture effective des écrans…, s’agissant d’une initiative prônant l’interactivité et une logique de service (audiovisuel) à une simple logique de produit.
Il pourrait être utile, pour combler ce déficit de filiation et d’identité, que les organisations intermédiaires qui ne sont pas celles du champ de la production télévisuelle (probablement plus en phase avec ce projet), ne restent pas en marge (mouvements associatifs, professionnels de l’animation et de la formation, publics des jeunes eux-mêmes…).
Quelle que puisse être l’évolution qui sera donnée à ce projet d’envergure, il s’inscrit probablement dans la durée, justifiant ainsi un travail foncier d’analyse et de compréhension des enjeux, dès aujourd’hui, et demain, du contenu et des programmes, afin d’en permettre l’accès au plus large public possible.
Ces deux premiers tomes ne se justifieront totalement, cependant, que par l’élaboration d’un troisième : celui consacré à l’organisation qui sera retenue pour cette nouvelle chaîne télévisée, à sa ligne éditoriale, à la grille et aux contenus des programmes. Ce travail est d’ores et déjà engagé. Il couvrira cette période décisive de neuf mois, comprise entre la nomination de Jean-Marie Cavada comme Président de la chaîne (avril 1994), et l’ouverture effective des écrans, annoncée pour la fin 1994.
Mais, ce troisième dossier en gestation ne remplira son objectif que si son élaboration est l’occasion d’un travail en commun entre l’Injep et l’ensemble de ses partenaires de champ Jeunesse/Education populaire, qui auront l’intuition que la chaîne éducative, ce nouveau venu dans le paysage audiovisuel français, peut constituer une formidable occasion de réconciliation entre l’éducation, la formation et le monde des médias audiovisuels."
Télés locales, de proximité, communautaires, libres…
La généralisation de l’audiovisuel léger, les courants de décentralisation et les différents plans gouvernementaux sur les nouvelles technologies, ont permis aux réseaux câblés, chaînes locales et télévisions associatives de se développer. Conçues comme un outil de contre-culture face à des médias de masse dominants dans les années 70 ; les télévisions de proximité sont aujourd’hui présentes dans les campagnes et les villes et regroupent des activités de production et de diffusion. La plupart refusent la logique purement marchande et plaide pour une communication de proximité démocratique et indépendante.
Elles sont notamment représentées au niveau national par la Fédération nationale des vidéos des pays et des quartiers (FNVDPQ) qui existe depuis 1986. La FNVDPQ est un acteur important dans le milieu des "médias du tiers secteur" et cherche à valoriser le rôle de ces médias à côté des médias de masse. La Coordination permanente des médias libres regroupe aussi ces médias du tiers secteur.
Site de la FNVDPQ : http://vdpq.free.fr
Site de la Coordination permanente des médias libres : http://www.medialibre.org
La position singulière de ces médias et leurs revendications sont bien résumées dans le dernier "Appel de Marseille pour les médias du tiers secteur" du 8 mai 2006, disponible en ligne : http://vdpq.free.fr/site_VDPQ/docum…
Les télés de proximité ont bien souvent une activité de production et de diffusion ; elles sont généralement axées sur les territoires, le local, les quartiers, les pays et visent à l’expression des habitants. La diffusion des magazines, reportages, journaux se fait par des cassettes distribuées aux habitants ou dans les lieux publics (c’est ce que l’on appelle une télébrouette), ou sur les antennes collectives des immeubles, ou encore par le câble. L’internet permet une diffusion de plus en plus élargie et représente une opportunité très intéressante pour les télés locales.
Quelques télévisions locales :
Vidéon : association créée en 1988 en région parisienne, qui vise à promouvoir "toute action non commerciale de création ou de diffusion audiovisuelle, dans l’intérêt d’un développement culturel ou social". Vidéon produit des films et des rubriques, diffuse des programmes sous forme de télévisions de proximité, soutient l’émergence d’autres télévisions de proximité. Vidéon est également un centre de ressources et offre une banque de programmes libres de droit. Site de Vidéon : http://www.videontv.org
Télé Millevaches : télévision locale installée sur le plateau de Millevaches, fait figure de précurseur, créée en 1986. Site de Télé Millevaches http://telemillevaches.free.fr
Télé Bocal : télévision libre parisienne née en 1995, diffusée notamment dans les bars parisiens et sur canalweb. Site de Télé Bocal http://www.telebocal.org
Zalea TV : télévision libre nationale créée en 2000 diffusée sur le câble et le satellite (en attente pour la TNT). Site de Zaléa TV : http://www.zalea.org
Télévision et éducation populaire : un rendez-vous manqué ?
Malgré ces diverses expérimentations, et l’espoir d’une télévision servant l’éducation populaire, les relations entre télévision et éducation populaire restent à l’état de rendez-vous manqués selon l’expression de Guy Gauthier, spécialiste de cinéma, ancien responsable de l’UFOLEIS et du service culture et communication de la Ligue de l’enseignement. Il résume, dans un article concis et riche paru dans la revue Les idées en mouvement, l’histoire de ces rendez-vous manqués.
A LIRE CI-DESSOUS : Extrait de
"Au cours des années 60-70, de nouveaux appareils se partagèrent de facto le territoire de l’éducation populaire : la télévision, résultat d’un essor sans précédent des techniques de communication ; la formation permanente, qui visait à mettre la main d’œuvre à niveau des nouvelles exigences du marché du travail ; l’animation socioculturelle, destinée à résorber partiellement la crise dite depuis "des banlieues", alors à l’état naissant.
Contrairement à l’opinion dominante, c’est la télévision qui était le mieux à même de reprendre le flambeau de l’éducation vraiment populaire. Les militants et les enseignants, accueillirent fraîchement ce concurrent par nature rebelle au partage. Les uns décidèrent de l’ignorer, d’autres de le combattre ou de le neutraliser, d’autres de s’en accommoder. La télévision, omniprésente au cœur de la vie familiale, prétend, disait-on, assimiler littérature, peinture, cinéma, presse, en bref imposer une norme générale pour des formes qui doivent leur valeur émotive et intellectuelle à leur singularité. Isolant l’individu, elle va à l’encontre du fondement même de l’éducation, la socialisation par le groupe.
Selon d’anciennes observations de la sociologie américaine (Lazarsfeld) démontrant que la télévision n’a de véritable impact que relayée par des groupes primaires informels, les plus optimistes tentèrent de mettre en place des groupes relais institutionnels. Les télé-clubs, organisés sur le modèle des ciné-clubs, eurent un succès éphémère tant que le téléviseur fut un meuble rare. D’autres tentèrent de faire pression sur les programmes, bien que la télévision de ces années-là, exception faite de l’infirmation étroitement contrôlée par le pouvoir, fût d’un bon niveau culturel. Des revues apparurent et disparurent ; des associations de téléspectateurs s’essayèrent au dialogue ; le développement de la vidéo légère et du câble nourrit brièvement l’espoir fou d’une télévision locale faite par les usagers ; des professionnels licenciés de l’ORTF après 1968 tentèrent de confédérer mouvements d’éducation populaire et syndicats en coopératives de production capables d’occuper des temps d’antenne à la faveur d’un nouveau rapport de force.
L’histoire des rapports de la Ligue et de la télévision pourrait s’écrire en commentant quelques titres ou sigles : téléclubs (Ufoleis) ; revues (Télérevue, Antenne) ; associations de téléspectateurs (Alerte, MTT) ; participation à des magazines (Certifié exact) ; rencontres avec des auteurs de télévision ; stages vidéo ; etc.
Le partage entre éducation populaire et télévision ressemblait au partage de Jérusalem, la police israélienne laissant aux Arabes un droit d’accès au Mur des lamentations : les mouvements d’éducation populaire étaient aussi portés à se lamenter que les professionnels de la télévision à exercer le contrôle des passages.
Le contenu n’était pas en cause : il y avait assez d’émissions de qualité pour apporter aux téléspectateurs plus que ce qu’ils pouvaient attendre des structures de l’éducation populaire, pauvres en moyens ; mais, sans finalité précise, sans cohésion et même sans cohérence, la télévision était accusée de favoriser la "culture en miettes", à l’opposé des cultures classiques ou de tradition, plus structurées. Hier comme aujourd’hui, les stratégies de proposition sont radicalement différentes : la télé¬vision de masse veut séduire tout de suite, au risque de l’in¬signifiance ; l’éducation populaire entend ouvrir de nouveaux horizons, au risque de l’ennui."
Guy Gauthier
Ressources
EN JEU TELE : http://cemeantc.chez-alice.fr/enjeu…
Site mémoire de ZAPP : http://www.cemea.asso.fr/zapp
Site Les Pieds dans le PAF : http://www.piedsdanslepaf.org
Télé Millevaches : http://telemillevaches.free.fr/
Télé Bocal : http://www.telebocal.org
Zalea TV : http://www.zalea.org
Site de Vidéon : http://www.videontv.org
Site de la FNVDPQ : http://vdpq.free.fr
Site de la Coordination permanente des médias libres : http://www.medialibre.org
>>>Parcours médias Document n°4 : "Télévision et éducation populaire : les rendez-vous manqués". Article (reproduit) de Guy Gauthier, Les idées en mouvement n° 51, août-septembre 1997
>>>Parcours médias Document n°6 : "Citoyenneté et télévision : une alliance en devenir". Article publié dans Les idées en mouvement (revue de La Ligue de l’enseignement) n° 50, juin-juillet 1997
>>>Parcours médias Document n°5 : "Qu’est ce que l’observatoire critique national de MTT ?". Article publié dans Les idées en mouvement (revue de La Ligue de l’enseignement) n° 33, novembre 1995
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