Danièle Demoustier est socio-économiste, maître de conférence à l’institut d’études politiques de Grenoble, et auteur de plusieurs publications sur l’économie sociale et solidaire.
Injep : Comment verriez-vous les modalités d’un nouveau partenariat entre l’État et les associations ?
Avec les pouvoirs publics, il serait intéressant de mettre en œuvre ce qu’on pourrait nommer une « coopération conflictuelle » : l’association doit pouvoir coopérer avec les pouvoirs publics, refuser des projets, proposer des alternatives. Pour y parvenir, il faut du temps, des moyens financiers et humains. Ce modèle est celui d’une démocratie vivante, où les associations ne sont ni enfermées dans un rôle de prestataire, ni uniquement dans un rôle de contre-pouvoir. Cela nécessite des lieux, des temps de débat, entre les élus, les responsables associatifs, et les techniciens. Les interlocuteurs ont besoin de temps pour discuter et ajuster leurs objectifs.
Injep : Les associations, et notamment les petites structures locales, gagneraient-elles à un renforcement de la représentation associative au niveau national ?
La représentation de la CPCA et du CNVA serait effectivement à renforcer, car le secteur associatif est émietté et insuffisamment fédéré. Paradoxalement, les associations défendent leur autonomie à tous les échelons, du local au national. Au niveau local, il existe un enjeu fort, car les associations sont en concurrence. Chacune croit s’en sortir à court terme, mais à moyen terme elles en ressortent affaiblies et donc toutes perdantes. Une régulation coopérative est donc plus intéressante qu’une régulation concurrentielle. La régulation coopérative s’appuie sur la notion de « coopétition », c’est-à-dire la capacité à faire exister la coopération et les aspects positifs de la compétition.
Injep : Doit-on changer de modèle, et regarder outre-Manche ce qu’il s’y fait ?
Le modèle britannique est évoqué à plusieurs reprises dans les rapports Langlais et Morange. Mais la France et l’Angleterre, ce n’est pas la même culture. J’observe d’ailleurs que ce modèle évolue avec une tendance à plus de présence de l’État. Au Royaume-Uni, le secteur non lucratif a une grande autonomie, est très organisé, avec de grandes associations structurées qui négocient avec l’État, sont reconnues, installées, et plus fortes qu’en France, où l’on ressent une forme de méfiance réciproque, et des interrogations sur le secteur associatif et ses liens avec l’État.
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