Combien de formations et de stagiaires ont été ou sont concernés par ces accompagnements à distance ?
Il s’agit de deux promotions de BEATEP (Brevet d’État d’Animateur Technicien de l’Éducation Populaire et de la jeunesse) de 16 stagiaires chacune, qui se sont étalées pendant 18 mois, l’une à partir d’avril 2001, l’autre à partir de janvier 2002. Il y a eu également, à partir de 2003, 17 stages d’adaptation à l’emploi de 2 à 5 jours, avec une moyenne de 12 stagiaires par stage. Trois stages inscrits au Plan national ou régional de formation intitulés, pour les deux derniers, « Animation d’un réseau Internet favorisant la participation des jeunes », avec 2 à 4 jours de présentiel suivis de 6 mois à distance, ont été proposés en 2004 et en 2005. Il s’agit enfin d’une formation en stage d’approfondissement BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animation) cyberactivités organisée avec les Francas. Comme 95% de cet accompagnement à distance est « grand public », c’est-à-dire accessible par Internet sans mot de passe à partir du site du CREPS, on assiste en fait à la constitution d’un réseau entre des stagiaires de différents groupes, qui viennent apporter et puiser des ressources, comme dans un centre de ressources…
Mais n’importe quel internaute peut assister ou même s’introduire dans ces échanges ?
Oui. Seulement 5% des contenus sont protégés par un mot de passe, pour des questions de droit d’auteur. Chaque stagiaire peut également choisir de protéger par un mot de passe une partie des contenus qu’il met en ligne. Le forum de cyberformation est accessible à partir de www.creps-ile-de-france.jeun… ou http://213.56.212.135/PNF, qui sont des adresses relativement confidentielles. Peu de gens y tombent en fait par hasard à moins d’utiliser des mots clés très spécifiques dans Google. Et il est possible de s’identifier, instantanément et gratuitement, en ligne.
Un internaute peut ainsi rentrer sans préalable dans le fil de cet accompagnement à distance ?
Disons qu’il peut surtout y assister et éventuellement participer aux échanges et bénéficier d’un soutien ponctuel à distance de type hotline technique, pédagogique ou institutionnelle dans le champ de l’information délivrable couramment par les personnels techniques et pédagogiques du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative. Sur une question pointue ou engageant un accompagnement particulier, on le renverra vers les services appropriés : les Directions départementales Jeunesse et sports, le site des droits des jeunes (www.droitsdesjeunes.gouv.fr) proposé à l’Injep, etc. S’il souhaite vraiment s’inscrire dans un des parcours pédagogique du CREPS, on lui propose d’abord de participer à une session en présentiel.
Pourquoi avoir mis en route cet accompagnement à distance ?
Cela a donc commencé avec les stagiaires BEATEP, qui résidaient partout en France, et suivaient une formation en alternance (1 semaine de présentiel par mois) de longue durée. Cette relation à distance était un moyen de garder contact entre deux sessions pour s’assurer de la continuité de leur mobilisation pour la formation et expérimenter l’individualisation des parcours demandée par les BP JEPS en animation socioculturelle (Brevet professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport), diplômes qui remplacent aujourd’hui progressivement le BEATEP. La plupart des stagiaires étaient alors en contrat Emploi-Jeune dans un Point Cyb. Ils étaient familiers d’Internet, et en même temps demandeurs d’être aidés par le CREPS pour monter des projets multimédias dans leur Point Cyb.
En quoi consiste cet accompagnement ?
Il s’agissait d’abord de mettre en ligne des supports de formation (méthodologie de projet, histoire de l’éducation populaire, travaux de groupe sur le lien entre l’information jeunesse et l’animation multimédia…) et des informations très pratiques (sur les contrats Emploi-Jeunes, les conventions de stages, les emplois du temps, le calendrier de formation…). Puis le cœur des échanges et des contenus est devenu le forum de cyberformation, que j’anime toujours sans aucune censure mais dans le cadre d’une charte de confiance avec les stagiaires. C’était, en 2001, le seul outil réactif et interactif à ma disposition car il permet de se passer de webmestre. Depuis 2005, le forum est rythmé par une discussion en direct de deux heures toutes les 3 semaines. Je relance les stagiaires par mail 3-4 jours à l’avance, en leur proposant une thématique de travail : un exercice technique (si possible amusant) à effectuer en synchrone, lors des deux heures de rencontre, et une réflexion davantage pédagogique, à développer en synchrone également ou en asynchrone.
Quels comportements constatez-vous chez les stagiaires ? Créent-ils des contenus réutilisés par d’autres ?
Le forum vit des hauts et des bas, mais je ne constate pas forcément un decrescendo avec le temps. Depuis les forums en direct, les stagiaires sont devenus créateurs de contenus pédagogiques : ils enrichissent la foire aux questions, apportent des infos dans le forum ou par mail, avancent dans la création de leur propre plateforme de formation à distance, qui est l’objet des formations PNF.
Quelles sont leurs motivations pour poursuivre cet accompagnement en ligne ?
Elles sont différentes en fonction des formations et des personnes. Pour les formations BEATEP, l’objectif de réussir un examen est une motivation forte. Plus généralement, je constate que le forum de cyberformation est un outil parfois utilisé par des stagiaires en situation de crise au niveau professionnel (problèmes avec leur hiérarchie, volonté de changement professionnel, par exemple). Les rendez-vous en direct toutes les 3 semaines sont par ailleurs appréciés pour le fait de se retrouver ensemble et de réaliser un exercice amusant. Pour les stagiaires en formation « Animation d’un réseau Internet favorisant la participation des jeunes », le forum est un outil de coaching pour leur projet pédagogique personnel : il viennent y chercher des conseils pour la création de leur site.
Quelle(s) dimension(s) d’éducation populaire voyez-vous dans vos accompagnements à distance ? Et, au fait, pouvons-nous appeler cela de la formation à distance ?
Je crois que dès lors qu’il y a démarche pédagogique, parcours de formation et relation à distance utilisant ou non des outils informatiques, on peut appeler cela « formation à distance ». La première dimension d’éducation populaire est à mes yeux l’ouverture à tout public. Nous en avons déjà parlé. Ensuite, la mise en ligne de contenus pédagogiques accessibles gratuitement en ligne. Je considère que c’est dans notre mission de service public. Si nous ne le faisons, qui le fera ? Le fait que tout ou presque, existe aujourd’hui à distance, a impulsé l’idée sous jacente à toutes ces innovations pédagogiques : contribuer à développer l’éducation populaire à distance. C’est notamment ce qui a présidé à l’idée de la formation d’animateurs de réseaux d’éducation populaire à distance. Engager une démarche d’éducation populaire à distance avec les animateurs socioculturels et les cadres de l’éducation populaire qui s’intéressent au multimédia, c’est leur fournir des éléments, des occasions et des situations de réfléchir à la place prise par les nouvelles technologies dans notre environnement et tenter de leur permettre d’en maîtriser un maximum d’aspects pour pouvoir assurer leur travail d’éducation, de transmission et de démystification de ces techniques envers tous les publics. L’accompagnement à distance s’imposait donc aussi dans l’ensemble de ces formations comme prétexte pour être au plus près de la « modernité des usages techniques » en les connaissant de l’intérieur. Enfin, une autre dimension d’éducation populaire réside à mes yeux dans le fait que nous sommes dans un mode de construction de projets directement confrontés à l’extérieur : les travaux des stagiaires et du formateur s’affichent en cours de réalisation.
Le travail de « tuteur à distance » est-il un nouveau métier pour les formateurs ? Représente t-il des contraintes supplémentaires ?
Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un nouveau métier. Maîtriser un nouvel outil, oui, certainement. Il faut sans doute être technophile pour s’y mettre. Mais lorsque le rétroprojecteur est apparu, tout le monde ne s’y est pas mis non plus… En revanche, le métier change vers plus d’individualisation dans l’accompagnement des stagiaires et les caractéristiques de l’outil facilitent cet accompagnement individualisé puisqu’on peut optimiser sa relation pédagogique alternativement consacrée au groupe ou à l’individu, en créant en permanence des allers retours entre les 2 passant aussi par la création de liens singuliers pour chaque individu. Je dis souvent qu’il est aussi difficile de manager un groupe en présentiel qu’à distance, car l’instauration du lien par le regard étant absent, il faut trouver d’autres manières d’empêcher la rupture du lien, notamment en renforçant son écoute et sa connaissance des stagiaires pour activer les ressorts de leur motivation. On dit fréquemment que les stagiaires décrochent en formation à distance. C’est vrai qu’un important travail du formateur est de réinvestir le lien humain dans cet univers artificiel. Cela passe par une négociation de la relation de formation comme face à une classe désertée ou gagnée par le chahut et le désordre, il faut capter l’attention, intriguer, faire accepter de passer un moment ensemble à tenter de progresser sur le thème choisi ou imposé. Je vois moins de contraintes que d’intérêts à travailler avec Internet : on peut capitaliser ses supports de cours, les actualiser, les illustrer avec les travaux d’autres personnes ou avec des témoignages, on peut les adapter selon les niveaux de lecture des publics, on peut les mettre à disposition des publics que l’on cible, on peut valoriser les travaux des stagiaires anciens et en cours, selon leurs desideratas, etc. L’univers des possibles devient immense pour le pédagogue épris de son métier ! Il n’y a plus de limites techniques à l’idée de réalisation pédagogique, ce qui implique de revenir aux limites éthiques du pédagogue, du formateur en situation professionnelle soumis à des contraintes notamment budgétaires et réglementaires. Il est par exemple important de définir précisément les limites de l’accompagnement individualisé proposé aux stagiaires.
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