Quelles sont les tendances générales du rapport aux médias de l’éducation populaire ? Quelles sont les expériences d’éducation populaire autour des médias en général ? Quelques pistes apportées par Denis Adam sur les différentes approches possibles et le rôle spécifique que peut avoir l’éducation populaire sur la question des médias.
A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un article de Denis Adam : "Nouvelle querelle de Valladolid : l’homo médiaticus a-t-il (encore) une âme ?"
"Pistes d’analyse : Le bon, la brute et…les truands"
L’accès à l’information : une condition de la citoyenneté
Il faut réaffirmer qu’il n’y a pas de démocratie sans libre accès à l’information, pas de citoyenneté sans capacité à l’expression, pas de société humaine sans communication libre. Si l’information et la communication intéressent autant, si leurs médias posent questions, c’est qu’elles sont inhérentes à l’expression de notre humanité consciente. À ce titre, elles sont porteuses du meilleur comme du pire. Dans tous les cas, c’est-à-dire quelle que soit leur utilisation, elles sont porteuses de pouvoir, celui de l’échange entre les hommes.
La part de la violence, physique, mais aussi psychologique et morale : Parmi les questions récurrentes liées aux médias modernes, le rapport à la violence est certainement celui qui a le plus mobilisé les chercheurs, penseurs, décideurs, censeurs… Cette approche est surtout développée à partir de l’image, de sa capacité à montrer, du risque de confusion entre le réel et le virtuel, du souci que fiction et réalité ne se mêlent dans une banalisation de la violence et ce particulièrement chez les plus jeunes. Il faudrait certainement beaucoup nuancer cette approche qui par des messages trop simples en est parfois devenue simpliste. Il faudrait aussi l’étendre aux autres médias qui s’ils montrent moins directement (à vérifier) disent ou écrivent tout aussi crûment des actes de violence qui, pour ne pas être physiques, n’en sont pas moins dangereux.
Désinformation, manipulation, difficultés de trouver les sources, on trouve aujourd’hui tout et son contraire, le meilleur et le pire : comment trier ? Puisqu’il y a pouvoir avec les médias, il y a forcément enjeux dans leur maîtrise, leurs contenus et leurs utilisations. Le risque est donc que l’information soit manipulée, la communication guidée. La multiplication de l’accès rend difficile voire impossible la vérification des sources et donc rend dépendant là où on pouvait rêver d’émancipation. La maîtrise, le coût, la possession des tuyaux comme de ce qu’ils véhiculent, crée une nouvelle hiérarchie et introduit de nouvelles fractures entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui sont dépendants et ceux qui dirigent : de nouveaux analphabétismes apparaissent aussi excluant que les précédents.
Tentatives d’action : Et l’éducation populaire dans tout cela ?
Dans un tel contexte, l’éducation au sens large et plus spécifiquement l’éducation populaire ne peut que se sentir concernée par cette nouvelle donne sociétale en pleine accélération.
Articuler approche technique et approche pédagogique : Le risque pour les pédagogues est double : d’une part la tentation du technicisme conduisant l’éducateur à devenir le spécialiste de l’outil afin, le croit-il de mieux échapper à sa dépendance, de l’autre le risque du tout éducatif triant parmi les médias et leur contenu ce qu’il est bon d’entendre, de voir, de lire, et ce qu’il faut éviter. Les deux démarches exacerbées ne mènent qu’au même piège : une fuite. Or les médias et leurs évolutions existent, il revient donc aux éducateurs de les prendre tels qu’ils sont afin déjà de les connaître et de comprendre leur impact : tout comme la suppression du thermomètre est sans influence sur les variations de température, la fabrication de son propre média ou le refus, de consommer du média au rabais, n’empêche pas TF1 d’exister ! L’interrogation ne peut donc être que dans une articulation du technique et de l’éducatif, car la réalité relève essentiellement d’un enjeu politique.
Replacer l’accès aux médias dans une approche culturelle plus large : L’accès à l’information et à la communication ne peut alors s’inscrire que dans un domaine plus large qui concerne globalement l’accès à la culture. Non pas uniquement à la Culture sacralisée, mais à la culture partagée, vécue au quotidien, au sens anthropologique du terme. Il s’agit de pouvoir concevoir à la fois la reconnaissance de la culture de chacun, agir pour sa valorisation et proposer sa qualification.
Penser la consommation active : passer de l’autre côté du média : Cette démarche s’inscrit dans un double mouvement de construction de l’esprit critique tant par l’analyse que par la pratique, tant par la consommation critique que par la fabrication. Il s’agit d’être dans l’émergence d’une double éducation active : par l’émergence d’une conscience à vouloir faire et par la capacité à faire.
Éduquer plutôt qu’interdire : Dans ce cadre, la censure ne sert à rien qu’à rendre encore plus attirant le produit censuré…l’éducatif doit savoir se construire d’autres chemins pour parvenir à dire et faire dire, non ce qui m’est interdit, mais ce qui ne me convient pas…
Former les animateurs : La formation des professionnels de l’animation apparaît dans cette approche comme une nécessité, puisque seule elle peut permettre de leur donner les outils de la construction de cette lecture critique sans les laisser livrer à eux-mêmes, à leur propre subjectivité, à leurs propres dépendances…
Comment redevenir curieux de ce que l’on ne connaît pas ?
Enfin, il s’agit de réintroduire le goût de l’inconnu, qui permet de communiquer avec celui que l’on ne connaît pas, de s’intéresser à l’information que l’on ne cherche pas, simplement parce que les médias sont une fenêtre ouverte sur le monde, que chacun peut s’y pencher pour découvrir que l’autre, l’ailleurs est digne d’intérêt, porteur de richesse, qu’il apporte ouverture d’esprit et construction de soi. Il faut repenser l’information et la communication dans une approche interculturelle.
Pour ne pas conclure : Ni diaboliser, ni sanctifier : Nous avons tous du temps de cerveau disponible, il n’est ni forcément à vendre à coca-cola, ni naturellement manipulable par TF1…"
Denis Adam
Une vision élargie de la communication
Pour les acteurs d’éducation populaire, la communication ne saurait se réduire aux seuls médias et la notion de média y est très large. Ainsi le théâtre y a été considéré comme un média populaire. Les secteurs communication au sein des mouvements englobent souvent des activités telles qu’universités d’été ou autres manifestations.
"Pour nous, la musique, le théâtre, l’écriture, la vidéo ; la photo ou les arts plastiques sont autant de médias par lesquels une démarche d’éducation populaire peut développer son originalité et sa pertinence" témoignaient Michel Dehu et Fernand Esteves en 2002 dans le n°1 de le revue Projections actions cinéma / audiovisuel de Kyrnéa.
De même, pour Peuple et Culture, la communication ne se réduit pas aux médias ; ainsi, son secteur communication englobe aussi bien la revue (Lettre de Peuple et Culture), le site internet, les bulletins internes que toute manifestation organisée par le mouvement comme les universités d’été. Il s’agit donc d’une conception élargie de la communication.
Quelques mouvements d’éducation populaire ou associations actives dans ce secteur et leurs actions autour des médias
L’association Medias cité créée en 1998
"Objectif : l’accès pour tous aux usages multimédias, donc à une démarche active vis-à-vis de la société de l’information. Méthode : lever les freins pour rendre possible les projets multimédias à vocation culturelle, éducative, artistique et d’éducation populaire. Forme : mutualisations des ressources, mise en réseaux, partages de savoir-faire, actions transversales, actions collectives & d’utilité sociale"
![]()
Charte de Médias cité :http://www.medias-cite.org/article….
Site de Médias cité : http://www.medias-cite.org
Les Cemea
Les Cemea (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active), mouvement d’éducation nouvelle et association d’éducation populaire, sont très actifs sur la question des médias et des écrans, principalement autour de l’axe enfants/jeunes. En 1990, les Cemea avec les Francas avaient créé l’association En Jeu Télé (Enfants Jeunes et Télévisions). Actuellement, un site internet est entièrement consacré à cet axe : le site "Enfants Ecrans Jeunes et Medias". Les Cemea font partie du collectif interassociatif "Enfance et médias" ; le CIEM créé en 2001 à l’initiative de l’UNAF et de La Ligue de l’enseignement (collectif regroupant 25 associations). Les Cemea participent également au Prix médias jeunesse. Enfin, les Cemea développent des outils pédagogiques pour l’éducation aux médias (Ecrans mômes, Apprendre la télé le JT…).
![]()
Site des Cemea : http://www.cemea.asso.fr
Site "Enfants Ecrans Jeunes et Medias : http://www.cemea.asso.fr/multimedia…
Site (mémoire) ZAPP / EnJeu télé : http://www.cemea.asso.fr/zapp/index.htm
>>>Parcours médias Document n°1 : Les Jeunes et les médias : position des Cemea
La Ligue de l’enseignement
La Ligue de l’enseignement, association d’éducation populaire centenaire, a organisé pendant 25 ans l’Université d’été de la communication (UEC) à Hourtin (de 1980 à 2005). La création de cette université en 1980 répondait à la volonté de regrouper les animateurs de la Ligue de l’enseignement autour de la vidéo. Peu à peu, cette université est devenue le haut lieu de la communication et de l’innovation technologique. La dernière édition de l’UEC a été annulée ; elle aurait du avoir pour thème : "Comment l’information et la communication peuvent servir l’humanisme et l’émancipation".
La Ligue de l’enseignement a été à l’origine de la création du mouvement des téléspectateurs (MTT) de 1989 à 1998, du collectif interassociatif "Enfance et médias" (CIEM) créé en 2001, du prix "Médiations" de la communication citoyenne et du Prix médias jeunesse avec les Cemea et le CIEM.
Pendant de nombreuses années, La Ligue de l’enseignement a également développé de nombreux cinéclubs sur tout le territoire (UFOLEIS), puis dans les années 60, l’éphémère mouvement des télé-clubs. En 1974, la Ligue de l’enseignement lance sa revue intitulé "Pourquoi", remplacée en 1992 par le mensuel "Les idées en mouvement". Ces revues ont toujours consacré une ou plusieurs rubriques aux médias et à la communication. De plus, depuis 18 ans, la Ligue de l’enseignement a dédié une vingtaine de dossiers spéciaux et de couvertures à la communication et aux médias. Concernant le cinéma, la Ligue de l’enseignement coordonne 26 réseaux Cinéligue.
Site de la Ligue de l’enseignement : http://www.laligue.org
Les Pieds dans le PAF
Association créée en 1989, se situe entre éducation populaire traditionnelle et les mouvements d’opinion nés dans les années 80 et 90. Par des actions d’éducation aux médias, la défense des téléspectateurs, des interventions auprès des décideurs politiques ou de l’audiovisuel, l’association Les Pieds dans le PAF vise à faire connaître le fonctionnement des médias et à faire entendre la voix des citoyens - consommateurs de médias.
Site Les Pieds dans le PAF : http://www.piedsdanslepaf.org
Peuple et Culture
Peuple et Culture est un réseau d’associations (union) et mouvement d’éducation populaire, crée en 1945 et issu de la Libération. La question de la communication et des médias n’y est pas omniprésente, mais apparaît comme un objet de questionnement de manière irrégulière. Joffre Dumazedier un de ses fondateurs, s’était prononcé de manière favorable sur le potentiel de la télévision, il a d’ailleurs publié un ouvrage intitulé "Télévision et éducation populaire" en 1955. La même année sera créée l’association "Culture et Télévision" ; expérience qui se terminera dans les années 80.
Mais pour Peuple et Culture, la communication ne se réduit pas aux médias. Ainsi, son secteur communication englobe aussi bien la revue (Lettre de Peuple et Culture), le site internet, les bulletins internes que toute manifestation organisée par le mouvement comme les universités d’été. Il s’agit donc d’une conception élargie de la communication.
Dans les années 90-2000, Peuple et Culture s’interroge sur les TIC. Un numéro de la Lettre de Peuple et Culture en 1999 s’intitule "Nouvelles technologies et éducation populaire : quels enjeux ?", année pendant laquelle a été également mis en place un groupe de travail sur les technologies d’information et de communication.

Site de Peuple et Culture : http://www.peuple-et-culture.org
Le Conseil national de la jeunesse
Sur la thématique jeunes et médias, le Conseil de la jeunesse a mis en place en 2000 une commission "jeunes/médias" et a réalisé une étude sur l’image des jeunes dans les médias publiée en 2003.
Site des Conseils de la jeunesse : http://www.conseilsdelajeunesse.org
Le mouvement ATD Quart Monde
Le mouvement ATD Quart Monde ne fait pas partie de l’histoire institutionnelle de l’éducation populaire, mais ses actions sont proches des idéaux d’émancipation et de démocratisation de cette notion. ATD Quart Monde se caractérise surtout par la volonté de ne pas faire pour, mais de faire avec. Certains de ses militants voient là une divergence avec les acteurs de l’éducation populaire, tout en demeurant sensibles à la notion d’éducation populaire.
Le mouvement ATD Quart Monde a développé dès les années 80, sur le modèle des bibliothèques de rue, des ateliers informatiques de rue. Depuis, ATD Quart Monde a conçu des sites web, un cdrom réalisé avec des enfants ("L’enfant sans nom") et s’est investi dès le départ dans les négociations au Sommet mondial pour la société de l’information (SMSI) en prônant "une société de la connaissance pour tous" (en 2003).
Les revues du mouvement ont consacré plusieurs numéros aux réseaux d’information et de communication : "Passeport pour l’informatique" dès 1986, "Des @utoroutes pour tous" en 1997 et "Internet au service de qui ?" en 2003. Plus récemment, ATD a lancé le projet "Internet de rue" qui vise à "recréer du lien social à partir des TIC, en allant au-devant des familles les plus pauvres ".

Site d’ATD Quart monde : http://www.atd-quartmonde.org
Site du projet Internet de rue : http://reso.blogs.com/crealiens
Interview de Jean-Pierre Pinet
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF)
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF) a consacré plusieurs numéros de la revue "Ouvertures" à la communication depuis les années 90 : "La communication locale" en 1992, "L’insertion et les TIC" en 1993, "Communiquer avec la presse" en 1995, "Voyage sur internet" en 1998, "Communication sociale" en 2002, "Usages sociaux du multimédia" en 2003.
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de Paris, avec le développement de nombreux espaces publics numériques, est investie depuis quelques années dans l’informatique pour tous. Par ailleurs, le coordinateur espaces publics numériques de cette fédération cherche à faire partager en interne les problématiques liées aux logiciels libres et au travail en réseau avec l’idée sous-jacente d’une intelligence collective.
Site de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France : http://www.centres-sociaux.asso.fr
Site des Espaces publics numériques des centres sociaux de Paris : http://epn.centres-sociaux-paris.org
APTE
APTE, association créée en 1986 basée à Poitiers, se revendique comme "mouvement d’éducation populaire aux médias". APTE s’intéresse aux médias du quotidien (télévision, radio, internet) et s’adresse à tous les publics et travaille dans tous les champs, dont l’éducation populaire. Il s’agit de la seule organisation nationale d’éducation aux médias travaillant avec l’école, les parents, le domaine de l’insertion et le domaine socioculturel.
Activités d’APTE :
- conception de dispositifs pédagogiques ("Watching the media", "Fais voir"…)
- conseil et accompagnement (lutte contre l’illettrisme, parents, centres sociaux, espace culture multimédia…)
- formation (dans le cadre du DIF)
- conférences et ateliers
- médiation artistique et culturelle
Site de l’association APTE : http://www.apte.asso.fr
VECAM
L’association Vecam, née en réaction au G7 sur la société de l’information en 1995, développe des réflexions originales allant dans le sens d’une réappropriation citoyenne des enjeux liés à la société de l’information. Vecam souhaite "mobiliser les technologies de l’information et de la communication au service de la transformation des sociétés" . Vecam a soutenu le développement des Webtrotteurs des quartiers et développé le projet I-Jumelages.
Site de Vecam : http://www.vecam.org
Site du projet I-Jumelages : http://www.vecam.org/i-j
Site des Webtrotteurs des quartiers : http://www.webtrotteurs-quartiers.org
>>>Rubrique International Zoom n°4 : Le projet I-Jumelages
Agenda






